Egoblog

jeudi 29 septembre 2005

Femme au bord de la crise de mère

En deux jours, c'est la deuxième fois que je fais un jeu de mots foireux avec le mot "mère" dedans.

Mais ce qui s'est passé ce matin mérite que je bisse sans états d'âme. Et puis de toutes façons, je fais ce que je veux avec mes cheveux mères (la mienne et celle de ma fille).

Adoncques, nous avions ce matin rendez-vous avec la directrice de crèche pour inscrire Romane dans la section "Petits" à partir du 24 octobre. La directrice nous explique les fondamentaux (l'équipe de puéricultrices, les horaires, les repas, les temps de jeu, de repos... etc ). Jusque là, tout est normal. Sauf que...

... LN nous sort, dans un sursaut de franchise spontané (special tribute to Cuné), la saillie suivante autant que remarquable : "en fait, je n'ai plus du tout envie de mettre ma fille à la crèche."

Silence de mort dans la pièce. Nous faisons partie des 25% de privilégiés qui avons obtenu une place dans ce quartier où les parents seraient prêts à se battre pour semblable faveur. LN sent que tout cela est un peu exagéré, et se reprend : "Je suis ravie que ma fille aille en crèche, mais j'ai quand même une boule d'angoisse à l'idée de... euh... l'abandonner". Stupeur.

La directrice rassure LN comme elle peut. Elle peut peu. Après une visite des lieux, nous rebroussons chemin, et je sens toute la détresse du monde qui s'abat sur les épaules de ma chérie. "Tu comprends, Ari. C'est horrible de laisser sa gamine huit heures par jour dans un endroit qu'on ne connait pas. Et puis elles ne sont que cinq puéricultrices pour 22 enfants. Et puis... et puis... (dernier argument massue) la déco est vraiment moche".

Je calme LN comme je peux. Moi aussi, je peux peu. Elle n'a pas du tout envie d'aller au travail, elle veut voir sa fille (actuellement gardée par une nounou), l'embrasser, vérifier que Romane n'est pas trop affectée par le rendez-vous que ses parents ont eu ce matin. A ce stade d'irrationnalité, je décide de me la fermer, et me contente de plonger ma main dans la sienne. Perso, je suis aux anges à l'idée que ma fille aille en crèche, se fasse plein de potes, découvre un nouveau monde.

Mais moi, je ne suis pas la mère (amère). Je ne suis qu'un pauvre père apathique et indifférent aux besoins d'un bébé de neuf mois.

Midi et demi : Hélène m'appelle du boulot. Elle opte désormais pour une garde partagée ("Tu comprends, ce serait un mélange entre le modèle actuel - une nounou exclusive pour Romane - et la crèche"). Non, je ne comprends pas. Mais je lui promets qu'on en reparlera, que je suis vachement ouvert.

La suite promet d'être amusante.

Sarko Spammeur

Grâce à Internet et à une de ses applications phares (le e-mail), je suis sur le point de me faire un nouveau pote.

Cher Monsieur S...

La France affronte une crise, politique et sociale particulièrement grave. Etant donné les enjeux, il est de mon devoir, en tant que président de l'UMP, de participer à l'oeuvre de redressement, et de préparer les élections législative et présidentielle de 2007.

Pour faire avancer la France après 2007, nous devons désormais préparer le projet politique dont notre pays a besoin. Pour sortir de cette crise, pour restaurer la confiance, nous devons apporter des réponses simples, rapides et efficaces aux questions posées par les Français sur l’emploi, l’immigration, la fiscalité ou la sécurité. C’est pourquoi je vous invite à participer aux débats et aux votes qui décideront du projet qui sera porté par l’UMP en 2007.

Je compte vraiment sur votre implication dans le débat, à mes côtés, et je vous prie de croire en l’assurance de mes sentiments les plus dévoués.

Flippant, non ?

PS : si j'étais l'UMP (Dieu m'en préserve), je demanderais des comptes aux escrocs qui lui ont vendu un fichier d'adresses e-mail aussi mal ciblé.

mercredi 28 septembre 2005

Mes vacances au bord de la mère

Quand je suis tombé malade (décembre 2004), les relations avec ma digne génitrice ont pris une tournure franchement étonnante. De faciles et ordinaires - nous nous voyions à peu près deux fois par mois - elles sont devenues indispensables et pénibles. Ma mère étant une mère, à savoir une louve prête à tout pour défendre sa nichée, elle s'est rapidement imposée comme la seule personne garante de mon état physique et mental. A grand renfort d'incantations particulières - "Tu vas vivre, je le sais" - de présence singulière (elle venait tous les jours. Vous réalisez ? Voir, à 33 balais, sa mère tous les jours ! Damned !), de patience coutumière (je lui ai fait payer son omniprésence et son statut de mère : j'ai souvent été odieux), ma mère a joué tous les rôles pendant la maladie.

En révolte contre la vie, ma mère s'est fachée avec tout le monde au cours de cette période : sa famille, ses amis, les médecins, les infirmières. Pas moi. Elle a cessé de dormir, refusé de vivre (aucun restau, aucun cinoche, aucune jouissance exprimable pendant la maladie de la marmaille), s'est exclusivement attachée à ce qui était devenu l'absolu essentiel : son fils.

Elle a souvent été lourdingue, casse-couilles, un tantinet paranoiaque. En donnant tout ce poids à la maladie, elle a fait peser une pression presque contraignante sur mes frèles épaules. J'aurais tellement voulu qu'on continue de faire semblant d'avoir une grosse grippe. Elle a surinterprêté chaque signe, simulé l'enthousiasme et l'optimisme avec une maladresse confondante, été malade avec moi. Il n'est pas totalement faux de dire qu'elle m'a rendu chèvre. Plutôt deux fois qu'une. Mais elle a été incroyablement présente et aimante, incroyablement là. Même quand elle n'était pas là. C'était ma maman, quoi.

Le cordon ombilical n'est pas qu'un placenta usé qui ne sert qu'une fois.

mardi 27 septembre 2005

Une bonne et une mauvaise nouvelle

La bonne nouvelle, c'est que je suis en pleine forme (montée bruyante de mes globules blancs et de mes plaquettes au cours des quinze derniers jours). Le professeur qui m'a examiné ce matin a commencé son compte-rendu en murmurant à l'oreille de son dictaphone : "Ari va très bien...".

La mauvaise, c'est que mon lave-vaisselle est mort. Paix à son âme.

PS : ce message est dans la catégorie Mon nombril parce que j'avais des liens étroits avec mon lave-vaisselle, que tous les deux, on se connaissait depuis six ans, qu'il était une excroissance magnifiée de mes mains paresseuses. Et je m'en vais tout droit bouffer à la terrasse d'un troquet parce que l'heure de la confrontation avec du liquide vaisselle n'a pas encore sonné. Merde.

La valeur travail

Depuis que je ne bosse plus (un an et demi, maintenant), j'ai réalisé à quel point le travail était un identifiant social fort, pour ne pas dire le premier. A chaque fois que je rencontre une personne pour la première fois, j'ai le droit, au delà des présentations d'usage, à l'inexorable : "Et tu fais quoi dans la vie ?" - avatar du non moins fameux "Ca va ? (Ouais, et toi ?)" entre gens qui se connaissent depuis au moins deux heures.

Alors évidemmment quand on bosse, on répond sans réfléchir, et puis on passe le plus souvent à autre chose tant le travail réalisé ne dit pas grand chose sur la personnalité du travailleur. Quand on ne bosse pas, on répond vaguement gêné qu'on est actuellement sans travail, mais que cela ne saurait durer. On s'invente une ou deux très bonnes raisons pour justifier cette oisiveté coupable, et puis on passe à autre chose tant l'inactivité ne dit pas grand chose sur la personnalité de l'inactif.

J'ai décidé de renverser le procédé. A chaque fois que je rencontre une nouvelle personne, je fonce bille en tête et questionne avec l'accent un peu chantant : "Et sinon, tu veux des enfants ?".

C'est un sujet que je commence à maitriser.

lundi 26 septembre 2005

Le regard des autres

Ce matin, en me rasant, j'ai pensé non pas à me présenter aux élections présidentielles 2007 mais à la dépendance très humaine au regard de l'autre.

Je ne sais pas s'il y a eu des études sur le sujet, mais je suis certain que les cachalots, les loups ou les hamsters se foutent éperdument du regard de l'autre. Moi, ça fait des années que je me la raconte en prétendant à qui voudra bien l'entendre que je m'en suis affranchi, mais c'est une vaste connerie. La circonstance (presque) atténuante, c'est que j'y croyais sincèrement. Un peu. Que j'avais même fait de gros progrès : je pouvais faire ou dire des choses pour moi. Pas que pour moi, mais aussi pour moi.

Plus ça va (comprendre, plus je vieillis), plus j'ai l'impression que le regard qu'on peut porter sur moi a de l'importance. Que je n'aimerais pas donner une fausse (ou pire, une mauvaise) image de moi-même ; qu'il est important que je reste fidèle à l'image que j'ai de moi-même, mais que ce "moi-même" est notoirement influencé par le regard de l'autre. Ecrit comme ça, ça fait charabia un peu amphigourique, mais je crois bien que vous saisissez.

Du coup, je me demande jusqu'où on peut s'affranchir réellement du regard d'autrui, et dans quelle mesure ça vaut vraiment la peine ? Un homme qui agirait en fonction de ses seuls besoins, de ses seules envies, sans jamais aucune volonté d'en jeter, d'en montrer, de paraitre, d'être un peu ce qu'on attend qu'il soit... Cet homme-là ne serait-il pas refoulé aux frontières de l'humanité ?

A l'inverse, celui qui se dit libre, qui prétend agir sans influences, qui jouit d'une (relative) indépendance par rapport au jugement de ses contemporains, celui-là est-il vraiment sincère ? N'est-il déjà pas dans une posture qui tient de la prétention à être plutôt que de la réalité de ce que l'on est vraiment ? Qui est vraiment libre et quels sont les ressorts de cette liberté ?

Aujourd'hui, c'est lundi, et je m'en pose des questions, didon.

dimanche 25 septembre 2005

Jamais contente

J'ai fait lire ce blog à ma chérie qui s'est écriée, en un élan brutal et incontrôlé :

"La catégorie Mon nombril est la plus sympa. Par contre, tout ce que tu dis sur moi - que tu m'aimes, que je suis parfaite, tout ça - ça manque vraiment de profondeur."

Fallait pas lui faire lire, je l'savais.

Droits et devoirs

Je n'ai pas le droit :

  • de manger des crudités
  • de manger de la viande saignante
  • d'aller au restaurant
  • d'aller au cinéma
  • de fréquenter des endroits... fréquentés
  • d'approcher des gens malades
  • de m'exposer au soleil
  • de me baigner ailleurs que dans une baignoire
  • de jouer avec ma fille dans le sable
  • d'interrompre mon traitement (Neoral, Zelitrex, Orraciline, Mycostatine, Avlocardyl ; tous les jours)

J'ai le droit de me plaindre.

vendredi 23 septembre 2005

Au milieu d'un champ se dresse un beau boulot

J'inaugure avec ce billet la catégorie Mon travail qui, j'en suis convaincu, est promise à un avenir radieux.

Alors voilà, patrons, patronnes, je cherche un nouveau travail à l'horizon 2006. Oui, pas avant 2006, vu que je suis en arrêt de travail jusqu'à la fin de l'année pour (une fois n'est pas coutume) des raisons très valables (cf. ici). Comment peut-on être en arrêt de travail quand précisément on en cherche ? Ne perdez pas trop de temps à expliquer l'inexplicable, il s'agit là d'une subtilité remarquable du droit français ; et je m'en félicite.

Patrons, patronnes, donc. Je suis un profil rare, extrêmement rare.

Si, comme j'ai toutes les raisons de l'imaginer, vous recherchez un profil généraliste spécialisé dans l'éditorial, Internet et la direction de projets, ne respectant aucune forme d'autorité et doté d'une réelle aversion pour tout ce qui ressemble de près ou de loin à un lien de subordination, alors je suis votre homme. Si en plus vous êtes prêt(e) à casquer 3500 euros nets par mois (ou plus, je ne suis pas contrariant), vous avez une sacrée veine d'être tombé(e) sur ce blog.

Merci d'envoyer votre candidature à l'adresse suivante. Epargnez-moi les lettres de motivation longues comme un jour sans pain ou les CV trafiqués : j'ai l'oeil pour déceler ce type d'anomalies.

Je vous prie d'agréer... vous connaissez la suite.

Qui n'en veut des kilos ?

Je suis allé sur un site Web qui promet de régler vos problèmes de poids en moins de deux (heures ? Années ? Siècles ?). J'ai tapé mon poids actuel, puis mon poids souhaité. J'ai laissé mouliner la machine pour obtenir le résultat suivant autant que saisissant : "Le régime Bidule n'est pas adapté aux personnes qui souhaitent prendre du poids."

Ce n'est pas la première fois que je suis victime d'un tel ostracisme. Les maigres n'ont pas voix au chapitre dans nos peuplades ventripotentes. J'ai beau m'insurger (plus le sujet est insignifiant, plus j'ai tendance à m'insurger), rien n'y fait. Rien n'a été conçu pour les filiformes de mon espèce.

Bande de feignasses, va !

jeudi 22 septembre 2005

Un blog, c'est de gauche ?

Adolescent, j'envisageais la vie de manière binaire, et moins si affinités.

Le mal, c'était très mal et les bons étaient très gentils. Les bons étaient de gauche, évidemment. Et tout ce qui était bon pour moi était de gauche, la réciproque n'étant pas nécessairement vraie. Avec mes camarades de beuverie et d'humour potache, nous pouvions passer des heures à identifier les comportements et attitudes spécifiques à l'axe du mal : porter la chemise dans le pantalon, c'était de droite, par exemple. Manger avec les mains, c'était à mort de gauche. Avec les pieds, c'était carrément post révolutionnaire, mais aucun d'entre nous n'a jamais essayé.

Cette grille de lecture valait ce qu'elle valait, mais elle avait le mérite de nous amuser autant que de nous rassembler. Aujourd'hui, le monde est devenu beaucoup plus compliqué. On peut être à droite de la gauche (Fabius avant sa crise de hoquet compulsive) ou à gauche de la droite (Fillon avant qu'il ne devienne complètement con), nos indignations n'ont pas faibli, mais elles ont vieilli avec nous. Nous avons compris que nous ne changerions pas le monde, quoiqu'il nous en coûte... et quoiqu'il lui en coûte.

Nous conservons néanmoins notre capacité à nous indigner comme un trésor précieux. Comme un patrimoine hérité de nos valeureuses années. Et pour ne pas devenir aigris avant l'âge, pas bien frais, un peu rances, nous avons investi d'autres champs : ceux de la famille, du travail et de la patrie. Non, j'déconne.

Nous n'avons pas abandonné la gauche, c'est elle qui nous a un peu laissé tomber.

PS : demain (ou après-demain), j'écrirai des billets plus gais.

On met quoi dans une vie ?

Plus je reprends des forces, plus je suis à la peine psychologiquement.

Forcément, je pensais qu'après une épreuve de ce genre (d'un genre totalement nouveau pour moi), la vie ne serait qu'une constellation de moments parfaits, d'instants précieux, d'heures euphoriques.

En fait de quoi, la vie est la vie. Un patchwork d'émotions imprécises, de motivations (quelquefois) fragiles, de désirs insatisfaits, de décalages inépuisables entre aspirations et réalisations, de joies réelles mais éphémères, d'injustices affligeantes. L'important, c'est la santé, c'est vrai. Mais c'est un pré-requis qui ne se suffit pas à lui-même. La vie ne devrait pas tolérer la médiocrité, et pourtant la médiocrité est omniprésente. Suintante. Ruisselante. Presque parfaite.

Et la vie n'est rien qu'une vie. Que l'on meuble un peu comme on veut, souvent comme on peut. Qu'est-ce qui fait qu'une vie est une vie ? Qu'elle a autant de valeur ? Qu'on la chérit ainsi sans nécessairement lui donner les moyens de bien la remplir ?

Jeune et idéaliste, j'étais. J'ai l'impression que je vieillis.

mercredi 21 septembre 2005

Le poids d'un nombril

J'ai beaucoup maigri pendant que j'étais malade.

J'étais mince, je suis devenu fantomatique. Presque transparent. Comme je n'en suis pas devenu moins nombriliste pour autant, j'en ai déduit qu'un nombril, cela pesait le même poids quelque soit la corpulence du corps qui l'abrite.

Vous avez des idées sur la question ?

mardi 20 septembre 2005

Je suis... ce que je ne suis pas

J'ai un problème. Enfin, pas qu'un seul.

Mais j'ai quand même un gros problème avec la duplicité : j''éprouve une haine immarcescible pour les gens qui se prêtent à un double jeu, disent blanc quand ils font noir, jouent avec la vérité pour obtenir un gain particulier. Je déteste ça. Sur le sujet, je pense souvent à mes anciens chefs, Yvon et Ines : deux êtres humains lamentables sur lesquels je me ferais un plaisir de revenir un de ces jours prochains. Leur cas mérite non seulement qu'on s'y arrête, mais qu'on y fasse aussi une pause prolongée histoirer de bien saisir les mécanismes de la perversité et du jusqu'auboutisme arriviste en entreprise.

Mais là, c'est autre chose qui m'ennuie. Je déteste la duplicité, et il n'y a pas plus agent double que moi. C'est bien simple, j'ai été mélangé dans un shaker à la naissance, et ça a donné un gloubi-boulga improbable de forces centrifuges et centripètes qui passent leur temps à se neutraliser : si je jette un regard lucide, force est d'avouer que je suis rigoureusement tout et son contraire. Courageux et lâche, c'est moi. Timide et extraverti, c'est aussi moi. Conservateur et progressiste, rêveur et pragmatique, psycho-rigide et hyper souple, terroriste et pacifique, normatif et fantaisiste, drôle et sinistre, c'est toujours moi. Mon profil gauche est nettement plus avantageux que mon profil droit, pour un peu j'aurais mérité d'avoir un oeil qui dit merde à l'autre. Raté. Personne n'est à ce point imparfait.

Je n'ai pas à vocation à lister la totalité des adjectifs français et leur antonyme, mais à coup sûr, je m'y reconnaitrais. Charité bien ordonnée commençant par soi-même, il est possible (oui, je peux le faire. Et d'ailleurs, je vais le faire !) de trouver deux-trois petites choses dans ma personnalité qui ne souffrent aucune discussion : mon anti-racisme viscéral, ma compassion infinie (et limite pathétique tant elle génère d'impuissance), mon intolérance à l'injustice et mon absence totale de pulsions suicidaires.

C'est incroyable ce que j'ai envie de vivre, putain.

lundi 19 septembre 2005

Des avantages de la leucémie

Le 16 décembre 2004, j'ai pris mes quartiers à l'hôpital de la Pitié-Salpétrière où je suis resté cinq mois, dont quatre en chambre stérile. La leucémie que j'ai contractée a un drôle d'acronyme : LALA (Leucémie lymphoblastique aiguë de l'adulte). C'est ce que le vulgum pecus - que j'étais moi aussi avant de tomber malade - appelle un cancer du sang. Du jour au lendemain, et sans aucun motif raisonnable, votre moelle osseuse se met à déconner et à produire vos globules rouges et blancs de façon totalement anarchique.

Plus que les faits saillants de ces derniers mois ou même la manière avec laquelle j'ai appréhendé cette épreuve, j'ai plus envie aujourd'hui de dresser l'inventaire des "bienfaits" occasionnés par cette maladie.

En premier lieu, j'ai arrêté de fumer. Ca faisait bien dix ans que je n'arrêtais pas d'arrêter. Là, c'était régime sec à tous les étages : il est effectivement strictement interdit de cloper en chambre stérile, ce qui semble pour le moins logique puisque tout ou presque est... interdit en chambre stérile. A mon retour dans la vraie vie, mes premiers pas se sont contentés de la chaleur d'un soleil pas trop méchant (je n'ai pas le droit de m'exposer au soleil pendant un an), et je n'ai pas ressenti le besoin de fumer dans les plus brefs délais. C'était bon, j'avais arrêté.

Ma fille a obtenu une place en crèche (elle y va d'ici un mois !), ce qui était une gageure tant la natalité dans le quartier où je réside - Montmartre - est forte et inversement proportionnelle au nombre de crèches. Notre dossier - mère au travail, père convalescent après une grave maladie - est passé en Commission comme une lettre à la poste.

J'ai changé de groupe sanguin. Pas sans gain. Puisque de A+, je suis devenu O+, et suis donc désormais un receveur universel. Ceci suite à une greffe de moelle osseuse avec ma frangine pour donneuse. Nous avions une chance sur quatre d'être compatibles, et il fallait ensuite qu'elle accepte de se faire ponctionner 500 ml de moelle au cours d'une opération assez douloureuse. Bon, je ne connais pas d'exemple de frère ou soeur ayant refusé de sauver leur fratrie quand cela était possible, mais ma soeur est vraiment une chouette fille, et elle n'a pas morflé que psychologiquement pendant la maladie.

Last but not the least, les relations avec ma chère et tendre se sont encore renforcées. Notre petite affaire marchait plutôt pas mal, AVANT. Nous étions un couple solide, bien dans nos pompes de couple après avoir tous les deux fricoté assez longuement avec le célibat. Nous sommes devenus bien plus que cela. Elle a été exceptionnellement exceptionnelle, voyez-vous. Elle n'aime pas trop que je dise cela. Elle considère que tout ce qu'elle a fait était normal. Qu'il n'est pas nécessaire d'en rajouter, tout ça, quoi. Mais, de mon point de vue, c'est impossible de ne pas en faire tout un flan : c'est quand même la femme de ma vie qui a été parfaite à un moment crucial de ma vie.

Pour le moment, c'est un peu près tout ce que je vois comme avantages réels et sérieux. Je m'étendrai probablement un jour sur les aspects purement négatifs de la LALA.

Ta ta ta.