Adolescent, j'envisageais la vie de manière binaire, et moins si affinités.

Le mal, c'était très mal et les bons étaient très gentils. Les bons étaient de gauche, évidemment. Et tout ce qui était bon pour moi était de gauche, la réciproque n'étant pas nécessairement vraie. Avec mes camarades de beuverie et d'humour potache, nous pouvions passer des heures à identifier les comportements et attitudes spécifiques à l'axe du mal : porter la chemise dans le pantalon, c'était de droite, par exemple. Manger avec les mains, c'était à mort de gauche. Avec les pieds, c'était carrément post révolutionnaire, mais aucun d'entre nous n'a jamais essayé.

Cette grille de lecture valait ce qu'elle valait, mais elle avait le mérite de nous amuser autant que de nous rassembler. Aujourd'hui, le monde est devenu beaucoup plus compliqué. On peut être à droite de la gauche (Fabius avant sa crise de hoquet compulsive) ou à gauche de la droite (Fillon avant qu'il ne devienne complètement con), nos indignations n'ont pas faibli, mais elles ont vieilli avec nous. Nous avons compris que nous ne changerions pas le monde, quoiqu'il nous en coûte... et quoiqu'il lui en coûte.

Nous conservons néanmoins notre capacité à nous indigner comme un trésor précieux. Comme un patrimoine hérité de nos valeureuses années. Et pour ne pas devenir aigris avant l'âge, pas bien frais, un peu rances, nous avons investi d'autres champs : ceux de la famille, du travail et de la patrie. Non, j'déconne.

Nous n'avons pas abandonné la gauche, c'est elle qui nous a un peu laissé tomber.

PS : demain (ou après-demain), j'écrirai des billets plus gais.