Mes vacances au bord de la mère
Par Ari, mercredi 28 septembre 2005 à 15:50 | Ma leucémie | #29 | rss
Quand je suis tombé malade (décembre 2004), les relations avec ma digne génitrice ont pris une tournure franchement étonnante. De faciles et ordinaires - nous nous voyions à peu près deux fois par mois - elles sont devenues indispensables et pénibles. Ma mère étant une mère, à savoir une louve prête à tout pour défendre sa nichée, elle s'est rapidement imposée comme la seule personne garante de mon état physique et mental. A grand renfort d'incantations particulières - "Tu vas vivre, je le sais" - de présence singulière (elle venait tous les jours. Vous réalisez ? Voir, à 33 balais, sa mère tous les jours ! Damned !), de patience coutumière (je lui ai fait payer son omniprésence et son statut de mère : j'ai souvent été odieux), ma mère a joué tous les rôles pendant la maladie.
En révolte contre la vie, ma mère s'est fachée avec tout le monde au cours de cette période : sa famille, ses amis, les médecins, les infirmières. Pas moi. Elle a cessé de dormir, refusé de vivre (aucun restau, aucun cinoche, aucune jouissance exprimable pendant la maladie de la marmaille), s'est exclusivement attachée à ce qui était devenu l'absolu essentiel : son fils.
Elle a souvent été lourdingue, casse-couilles, un tantinet paranoiaque. En donnant tout ce poids à la maladie, elle a fait peser une pression presque contraignante sur mes frèles épaules. J'aurais tellement voulu qu'on continue de faire semblant d'avoir une grosse grippe. Elle a surinterprêté chaque signe, simulé l'enthousiasme et l'optimisme avec une maladresse confondante, été malade avec moi. Il n'est pas totalement faux de dire qu'elle m'a rendu chèvre. Plutôt deux fois qu'une. Mais elle a été incroyablement présente et aimante, incroyablement là. Même quand elle n'était pas là. C'était ma maman, quoi.
Le cordon ombilical n'est pas qu'un placenta usé qui ne sert qu'une fois.
Commentaires
1. Le mercredi 28 septembre 2005 à 22:19, par Elise
2. Le lundi 3 octobre 2005 à 20:52, par Elise
3. Le lundi 20 mars 2006 à 18:36, par Bérengère
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