Egoblog

lundi 19 septembre 2005

La mauvaise tête

A peine deux jours d'existence, et déjà mon blog à moi qui parle de moi (et aussi de moi) tourne au ralenti. Avec une excuse en or, toutefois : une migraine de 8.9 degrés sur l'échelle de l'envie de mourir sans passer par la case 80 balais.

Rien de bien nouveau, hélas, si ce n'est que le rythme des migraines s'est accéléré depuis la leucémie. Je connais bien la chanson : cette épingle à nourrice qui vous transperce le crâne, de la nuque jusqu'à l'oeil, ces supplications infantiles ("Maman!") d'appel à l'aide, cette douleur lancinante, entêtante, vrillante qui vous fait penser plus vite que votre ombre (la migraine donne parfois l'impression d'être un génie), les neurones semblant se cogner les unes contre les autres, puis contre les parois du crâne comme autant de boules dans les couloirs d'un flipper un peu vieilli. Et puis tous ces médicaments essayés (Zomig, Immigrane, Advil, Propofan, Acupan...) qui ne marchent quasiment jamais. Enfin tous ces gens - non migraineux - qui ne comprennent pas, et ne comprendront jamais.

La migraine est une maitresse fidèle, la seule qui me fasse trouver la mort parfaitement tolérable.

dimanche 18 septembre 2005

Dur, dur d'écrire un billet

Romane est sur mes genoux, sa mère regarde Desperate Housewives à la téloche, et moi j'essaie tant bien que mal de rédiger quelques lignes. Sauf que... ma fille ne l'entend pas de cette oreille, et vient de niquer la flèche droite du clavier.

M'en fous, je ne m'en servais jamais.

samedi 17 septembre 2005

LN rentre ce soir

Et je vais lui faire une de ces fêtes.

Soyons tout à fait honnête. Ma chérie m'a manqué, c'est un fait. Mais pas autant que la mère de ma fille, c'est une certitude. Et là, je me dois de poser la question suivante : comment font les femmes, nos mères, pour s'occuper de leur marmaille toute la sainte journée et ne pas avoir l'air totalement épuisé une fois les bambins couchés.

Cela me semble humainement impossible. A 20h30, quand Romane est couchée, moi je suis liquide. Totalement imperméable à toute tentative de verticalisation. Il me faut un fauteuil et un repose-pieds, à tout le moins. Et de bons amis auxquels je peux raconter par le menu mes journées de supplicié. Qu'on en juge plutôt : réveil à 6h30, premier biberon, puis mademoiselle veut jouer, éventuellement se rendormir, mais pas plus d'une heure ; pas même le temps de me refaire un cycle de sommeil. Ensuite, grosse crise de larmes consécutive à un caca qui déchire la stratosphère (et accessoirement déborde de la couche). Puis, on rejoue, encore. On raconte des histoires, entonne quelques chansons. Mais pas longtemps, parce que Romane veut au choix : 1/ se regarder dans la glace 2/ rester debout (alors qu'elle ne sait même pas marcher, ma fille n'est pas logique) 3/ ramasser tout ce qui traine et même ce qui ne traine pas.

Je ne termine pas cet inventaire à la Prévert des occupations de ma fille, ce serait fastidieux. Malgré ma fatigue, je tiens bon la barre et m'impose une règle intangible : ne jamais gueuler sur ma gamine. Même quand j'ai envie de la balancer contre le mur !

LN rentre, donc. On va revivre une vie normale. Je ne suis pas un mauvais papa, mais c'est une maman sublime. Et une chérie de tout premier ordre. Il en faut du courage et du talent, de l'envie et de la déraison pour supporter un gars comme moi. Je ne suis pas bien sûr qu'elle me supporte tant que ça, du reste. Mais elle m'aime, ce qui n'est pas rien.

Pas rien ? C'est immense, mon vieux. Ca n'a aucun sens la vie de couple, ça n'existe pas la personne avec qui tu vas vouloir passer les 50 dernières années de ta vie. Ca n'existait pas. Et puis LN est arrivée. Sans se presser.

Elle est mon ange, ma gardienne, ma saisissante moitié.

vendredi 16 septembre 2005

Romane, ma fille

Je profite que la puce dort pour bourrer un max. Dans la journée, je n'ai plus une minute à moi. Ce qui me change de mes habitudes de glandeur patenté (et même plus tenté, d'ailleurs). Ma convalescence se passe au mieux : dans les jupons de ma fille, Romane, neuf mois et encore aucune dent. Sa mère, ma chérie, a repris le travail, et je suis un père au foyer de classe mondiale. Genre je connais tous les gestes qui sauvent alors que je suis à la base un gros con de papa mysogine pas du tout prédestiné à donner le biberon, changer les couches et jouer avec les doudous. Mais voilà tout s'apprend, et le plus instructif dans l'histoire, c'est que j'aime ça.

Lire la suite

Veuve Tarquine au sommet

Le blog de Veuve Tarquine ne s'appelle pas Veuve Tarquine, mais De bric et de blog. Sauf que moi, j'ai pris l'habitude d'aller lire le blog de Veuve Tarquine, et que de bric et de blog, je ne m'y fais pas.

Bricablog est donc un blog propulsé par Dotclear (il parait que c'est un bon point, que ça vous pose son bloggeur, tout ça, quoi). Je m'en fous un peu, pour tout dire. Il se trouve juste que moi aussi, j'utilise dotclear. Pure coincidence, et rien jusque là qui laisse présager de l'affection immodérée que j'ai pour ce blog.

Vous ne le savez pas, mais c'est grâce à elle que j'existe. Ce blog est né de la lecture de ses billets. J'éprouvais depuis le début une sorte de passion-répulsion pour les blogs. Je sentais confusément qu'il ne s'agissait pas là que d'un phénomène de mode, que quelque chose de plus important s'y jouait, même si je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus. Il m'arrivait plus souvent qu'à l'occasion de piétiner de rage, de piailler dans le vide, d'hurler à l'imposture en lisant les blogs de certains barons de la blogosphère. Les mecs se la jouaient à mort, y croyaient comme des dingues. En même temps, je les enviais d'y croire. J'ai toujours détesté autant que je les aimais les gens qui y croyaient.

J'en étais arrivé à un point de non-retour, et j'ai découvert qu'on pouvait bloguer avec talent et coeur, toutes neurones dehors, sans trop se la raconter. Veuve Tarquine est une veuve, une vraie. Une veuve très vivante qui eu son lot de drames intimes, et en parle sans jamais tomber dans l'impudeur ou la fausse intimité. Elle écrit bien, pas mieux que bien. Juste bien, et ça console. C'est finalement ce que j'aime le plus dans la vie : quand, au détour d'une rue ou d'un blog, on se découvre une fraternité avec quelqu'un qu'on ne connaissait pas cinq minutes plus tôt.

Ca fait deux mois que je la lis tous les jours. Je n'ai jamais laissé de commentaires sur son site. Je n'osais pas. Mais maintenant que moi aussi, je suis rentré dans la cour des blogs, peut-être que je vais faire mon intrépide et lui hurler ma flamme virtuelle, les yeux dans son blog.

Croire ou ne pas croire

C'est bien gentil, ton blog, mon gars. Mais faudrait voir à ne pas trop tourner autour du pot. T'as pas une journée d'existence qu'il faut déjà rentrer dans le vif du sujet. Ouais, c'est comme ça. Et si t'es pas content, ben... t'es pas content. De toutes façons, c'est toi qui décide. Moi, quoi.

Et le vif du sujet, donc, c'est ce en quoi je crois. Dit comme ça, c'est assez pompeux, mais la réponse va vous calmer tout de suite, les enfants. Voilà, je le confesse, je ne crois en rien. Et c'est le drame de ma vie.

Et ta chérie ? Et ta fille ?

Je n'ai pas besoin d'y croire, je les aime, et c'est déjà bien assez. Quand je dis que je ne crois en rien, je veux dire que je n'ai pas remplacé Dieu. Que sans Dieu, la vie n'est qu'un jeu, et que justement, j'ai du mal à me prendre au jeu. Je n'ai pas de passion qui me vampirise, plus de boulot qui me fasse bander, encore moins d'activités chronophages qui me font oublier ma condition de mortel. C'est l'autre drame de ma vie : je vais mourir, et ça ne me va pas du tout. Ca me va encore moins depuis que j'ai failli mourir, l'année dernière. J'ai attrapé une saloperie (une leucémie aigüe ; un truc qui peut vous emporter en trois mois. On en reparlera). Et ce que je déteste le plus dans cette maladie, c'est qu'elle m'a habitué à l'idée que j'allais crever. De mon vivant en pleine santé, déjà j'étais obsédé par la mort. Maintenant que je suis sorti d'affaire, j'ai l'impression épouvantable d'être un petit bout de la mort. Que cette dernière a pris une partie de mon cerveau en otage, y a incrusté de façon profonde et définitive les stigmates de la finitude.

Je ne sais plus quel auteur français écrivait qu'il fallait se croire immortel pour réaliser de grandes choses. Autant dire que je suis condamné à ne réaliser que de petites choses. De très petites choses, même. De l'ordre de l'infiniment petit. Chienne de vie !

C'est comme ça que tout a commencé

J'ai cinq minutes pour vous expliquer.

LN est en séminaire aux Canaries (comprendre qu'elle se bourre la gueule avec ses collègues pendant trois jours), la petite dort du sommeil du juste après avoir sifflé son biberon en moins de cinq minutes, et va immanquablement se réveiller dans trois quarts d'heure.

Les blogs, donc. Au bas mot, je connais la signification du mot blog depuis cinq ans. Je suis tombé dans l'Internet quand j'étais tout petit (déjà, j'avais 25 ans), j'ai bossé dans une start-up qui est devenue grande, j'y ai même rencontré ma chérie. Romane, ma fille, est un enfant des NTIC, et moi, l'indolent, je n'avais même pas de blog. Tout au plus quelques pages Web montées à la va-vite, qui pour parodier un illustre homme politique (j'aurais bien mis un lien, mais je ne retrouve même plus la page), qui pour dénoncer les mirages malfaisants de la télé-réalité. Décadent, j'étais.

Bon, je suis un grand garçon maintenant, et j'ai un blog. Je vais pouvoir vous parler de moi, de mon inutilité chronique, de mon immortalité impossible, du dedans et du dehors, de la leucémie, cette cochonne, qui a failli me bouffer tout cru, de LN qui m'aime en dépit de tout, de ma fille, ma fille, ma fille. Ca n'intéresse personne, donc ça interesse tout le monde. C'est une vie, c'est la mienne.

Et si vous n'êtes pas content, je vous transforme en XHTML.

Des velléités

Après avoir marné pendant des mois, il est donc temps que je m'y mette.

J'ai pourtant vomi sur les blogs, et leurs auteurs, les blogueurs. J'ai décrié en long, large et travers, stigmatisé sans relâche l'égocentrisme boursouflé de la blogosphère, villipendé ses hérauts et crié haro sur le baudet (le blogué ?). Avant de me jeter à l'eau, moi aussi. De reproduire à la nuance près tout ce que je reprochais. Ah l'hypocrite, ah le velléitaire !

Parce que voilà, moi aussi, je suis narcissique. Moi aussi, je m'aime suffisament pour faire de moi le personnage principal de cette histoire. Je lutte. Pas beaucoup, mais tout le temps. Je suis traversé par des courants contraires. L'hémisphère gauche veut bloguer, le droit le supplie de s'arrêter. C'est une bataille pied à pied, une lutte au couteau ; sans merci. Entre moi et moi. Emoi, des mois, aidez-moi.

Je blogge, donc. Sans cynisme ni ambition. Sans gloire ni ostentation.

Parce qu'il est temps d'être moi, et de le faire savoir.