Nathan et Philomène
Par Ari, vendredi 7 octobre 2005 à 10:29 | Mon roman | #39 | rss
C'était le titre du roman que j'avais terminé, mais jamais commencé. Voilà, c'est ça. C'était un roman inachevé mais bel et bien terminé. Pardonnez-moi l'erreur de langage du précédent billet.
Donc Nathan et Philomène s'étaient amourachés sur le Net, sur un forum consacré à un chanteur méconnu ou sur un site de rencontres genre Meetic. Ou encore sur un de ces sites de "social networking" qui font florès depuis quelques années. Et pourquoi pas sur la vieille messagerie d'un minitel usé ? Leur situation était d'une banalité affligeante : l'un habitait à Paris, l'autre à Toulouse (je ne dis plus "la ville rose" depuis que j'ai percuté qu'elle était aussi grise que les autres).
Et à force de reculer devant une hypothétique première rencontre, ils ont consumé leur amour sans jamais concrétiser, ni même se voir ; quel horrible gachis, j'en tremble. Bon là, c'est le pitch, et je ne sais même pas pourquoi je prends cette peine vu que je ne compte pas le retravailler.
Si néanmoins, vous voulez lire l'avant-dernier chapitre, cliquez sur le lien suivant. Ca fait pas mal, je vous promets.
Chapitre sans nom (faut quand même pas déconner)
Ce qui me lie à Philomène, c'est ce qu'il y a de plus pur, de plus rare et profond. Une alchimie sans failles. Une empathie viscérale, vertigineuse et violente. Pas de réactions artificiellement provoquées, ni de dévoiements factices pour masquer la vérité.
Ce qui me sépare de Philomène, c'est que l'amour, nous l'avons déjà fait. C'est que cette relation unique, nous l'avons exploitée, déjà usée ; presqu'éventée. C'est que cette harmonie de deux êtres ne résiste pas aux contingences quotidiennes, encore moins à la réalité. Ce qui nous sépare à jamais, c'est que nous avons déjà eu le meilleur.
Ce qui m'attache à Philomène, c'est que j'aime qu'elle m'aime et comment elle m'aime. C'est qu'elle aime la même chose. C'est qu'elle cherche en moi ce que je trouve chez elle. C'est que je cherche la même chose. C'est que seuls, nous sommes bien ; mais qu'à deux, nous sommes mieux.
Ce qui nous disjoint, c'est que lorsqu'elle me cherche, c'est pour se trouver. Et quand je la cherche, je ne trouve que moi.
Ce qui m'arrime à Philomène, c'est que j'aime ses blessures, c'est qu'elle aime mes félures. Que nous les reconnaissons d'emblée, et les acceptons sans préalable.
Ce qui m'écarte de Philomène, c'est que nous sommes tous les deux trop blessés pour panser (et penser) les blessures de l'autre.
Ce qui me rapproche de Philomène, c'est que jamais nous ne nous sommes dit "Je t'aime", mais que nous nous aimons.
Ce qui m'écarte de Philomène, c'est que nous nous aimons, mais ne nous le dirons jamais.
Ce qui m'enchaine à Philomène, c'est qu'elle me manque même quand elle est là, c'est que je lui manque même quand je ne lui manque pas. C'est que Philomène est un autre moi, que je suis un autre Elle, à Philomène.
Ce qui m'éloigne de Philomène, c'est que je lui dis "je" et "tu" quand je lui parle, c'est qu'elle me répond "tu" et "je". Nous ne disons jamais "nous". C'est que notre amour repose sur une erreur, un malentendu tragique.
Ce qui m'amarre à Philomène, c'est que nous n'avons pas d'histoire à partager, mais nous parlons des journées entières sans jamais faiblir.
Ce qui me détache de Philomène, c'est qu'à force de parler, on finira par ne plus rien se dire.
Je sais bien que je l'aime. Pour autant que je m'aime.
Je ne m'aime pas beaucoup, c'est un vaste problème.
Ce qui m'attache enfin à elle, c'est que le matin, je pense à elle. C'est que l'après-midi, je pense encore à elle. C'est que le soir, je pense toujours à elle.
Ce qui me détache de Philomène, c’est que quand j'y pense, je ne sais plus trop bien à quoi je pense, ce que je pense, ce que j'en pense. Philomène est une abstraction pour moi, je suis une abstraction pour elle.
Ce qui me retient à Philomène, et ce qui la retient à moi, c’est qu'à la surface, nous nous aimons.
Ce qui me fera perdre Philomène, c’est qu'au fond, tout au fond, loin de la surface de la vie et des choses, nous jouons à nous aimer, alors que nous n'aimons que nous-même en train de jouer.
Commentaires
1. Le vendredi 7 octobre 2005 à 21:48, par Morticia
2. Le samedi 8 octobre 2005 à 08:28, par Cuné
3. Le mardi 11 octobre 2005 à 14:58, par Falenn
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