Salut à toi ô voleur,

Je voulais te signifier par le présent billet l'ampleur de ma colère et la nature de mon courroux : en subtilisant la poussette de ma fille, entre hier 20h30 et ce matin 07h30, au mépris de la bienséance et de l'élémentaire civilité, tu t'es aliéné à jamais ma considération par nature débonnaire. Ce n'est pas tant le vol que je déplore que la nature même de l'escamotage. Priver un adulte de sa promenade quotidienne, voilà qui n'est pas un drame. Mais un enfant ! Qui ne sait rien encore de la vacuité infinie de ce monde, qui ignore tout de l'universelle perfidie de la nature humaine. Infâme maraud, abject pignouf, sale con !

Et puis quoi, voler une poussette flambant neuve, c'est très mal mais chouraver une poussette en bout de course, vieillissante et cradingue, c'est parfaitement innomable.

D'autre part, j'aimerais savoir pourquoi NOTRE poussette a eu les honneurs de ton inclination quand celles de nos voisins, qui somnolaient elles aussi en paix près de la cage d'escalier, ont curieusement été épargnées. Vengeance personnelle, dépit amoureux ? Ou impéritie crasse, peut-être ?

Voleur, ô mon voleur, je te donne deux heures pour colmater les brèches béantes, dans nos coeurs, ouvertes par ton forfait. Deux heures, pas une de plus. Si tu as l'audace de séquestrer plus longtemps cette vieillerie anémiée, je tiens à te signaler que je n'hésiterais pas à racheter, cet après-midi même, une Mc Laren de compétition à ma gamine éplorée.

Je te prie d'agréer l'expression de mon antipathie avérée.