masqueJe suis supposé porter un masque à chaque fois que je vais chercher Romane à la crèche ou que j'emprunte les transports en commun. Partout où folâtrent des miasmes, à chaque endroit où le corps d'un autre (de 7 à 777 mois) a laissé trainer en chemin une foultitude de virus séduit par mon immunité encore faible. Je les vois roucouler d'ici, ces misérables microbes, arriérés et contagieux. Oui, je les vois (pour un peu, je crois les entendre) : s'enorgueillir de leur capacité jamais démentie à ruer dans les brancards pour mieux contaminer le vain peuple et le conduire tout droit au Père Lachaise à plus ou moins brève échéance. Je suis le Don Juan des bacilles, le tombeur de ces germes. Mais je ne me laisserai pas faire, mézigue. Car j'ai mon masque, moi. Celui qui vous fait ressembler à un dentiste sans sa fraise ou celui qui vous fait passer pour un Hannibal Lecter en période d'apprentissage (à gauche sur la photo). Je porte le masque, diantre. Sans peurs et sans reproches. Ici, là et ailleurs.

jacksonFermeture de la parenthèse idéale, la réalité est beaucoup plus triviale. JE NE PORTE JAMAIS CE PUTAIN DE MASQUE ! Je déteste jusqu'à l'idée même de porter un masque. Je suis opposé, réfractaire, indocile, rétif, insoumis, récalcitrant, rebelle à la cause, contre. Tout contre. Très con(tre) ? Oui, sans conteste. Mais je ne veux plus porter de masque. Vous m'entendez ? PLUS JAMAIS porter cet attribut de la déreliction, cet emblème de la maladie, cet accessoire de bandit pestiféré. Je veux être invisible dans le regard des autres, guéri - complètement guéri - dans celui des miens. La transparence rachète mon existence. Je vous expliquerai un jour cet ambitieux concept que j'ai dévoyé.

Je joue avec ma santé, ils disent. Ceux qui ont la métaphore facile, un tantinet primesautière, soutiennent sans rire que j'ai bien installé Kaspersky Anti-Virus sur mon ordinateur portable. Que je n'ai pas fait tout un cirque, hein. Que j'ai même poussé le bouchon à installer quantité de firewalls qui ralentissent ma bécane. Ouais, et alors ? Je m'en cogne sévère qu'on regarde mon ordinateur avec des yeux apeurés, je m'en tamponne le coquillard qu'on prenne mon PC en pitié. Si encore c'était un macintosh, je dis pas... J'ai peur de leur regard. Et j'ai peur de mes peurs.

Donc voilà, je mets le masque aux abris. Je ferme ma gueule, que je barre d'une écharpe. J'ai l'air d'être en bonne santé. Je suis en bonne santé. Je surveille mon image, je me maudis intérieurement. Un peu.

C'est moi Zelig, le caméléon dé-mas-qué.


PS : j'irai à l'exposition Dada. Avec le masque. Ils me prendront pour un élément du décor. God bless Tzara, Duchamp et les autres.

PS2 : ce blog repart en vacances jusqu'à la note suivante.

PS3 : Woody en force !