Hélène m'annonce hier que son pote Fernando vient dîner vendredi soir avec sa femme, à la maison.

Passé le premier moment de consternation, je demande à LN ce qui lui a pris d'inviter son ancien collègue américain, végétarien et conservateur dans l'antre gaucho-bobo-carnivore-saucisses-frites. Elle me sort deux ou trois excuses bidon du type : "bah, au fond, je l'aimais bien ce type" ou "Rappelle-toi d'Erika, sa femme, elle est adorable" ou encore "Ca te fera retravailler ton anglais, ça fait une paie quand même".

Comme ce n'est décidément pas le genre de ma chérie, je lui demande, à la recherche d'une explication à ses fantaisies, si elle a déjà partagé la moindre intimité avec ce type. Je veux dire... Quand on invite un ancien collègue à la maison, un gars qui, en conscience, a voté George Bush en 2000 et en 2004, il faut avoir discuté avec lui de choses un minimum intimes, non ? Avoir échangé des choses assez fortes pour passer outre son statut, ses convictions politiques et son régime alimentaire. En guise de réponse, LN me foudroie d'un : "Ouais, l'année dernière, au séminaire juridique, on était en maillot de bain tous les deux, au bord de la piscine". Ah ok, tout est clair maintenant. A ce degré d'intimité (en maillot de bain au bord d'une piscine !), je décide de battre en retraite non sans asséner un dernier propos vengeur : "M'en fous, c'est pas moi qui ferais à bouffer !".

Le calme revient assez vite (je suis un faux nerveux), et je me console en pensant que sans LN, ma vie sociale serait aussi remplie que le soutien-gorge de Jane Birkin ; qu'avant un dîner à plus de deux, j'anticipe toujours le pire, et suis, au final, régulièrement surpris par la tournure que prennent les événements. Et puis oui, Erika, sa femme, est délicieuse. Elle parle un français impeccable, et elle est démocrate depuis sa première Barbie. D'ailleurs, je trouve ça assez stupéfiant qu'un couple tienne sur la durée quand les opinions politiques de l'un sont à rebours de celles de l'autre. Perso, je n'aurais jamais pu partager ma vie, mon lit et tout le reste avec une madeliniste fan de Hayek. Ni avec une crypto-libérale sarkozyste aux tendances sécuritaires. Tout cela me laisse songeur, et je me promets de leur demander sur quel socle commun, quelles valeurs essentielles repose leur couple.

Peut-être est-ce uniquement sexuel ?