Egoblog

lundi 7 novembre 2005

K.O. technique

J'blogguerais bien, mais j'peux point.

Je compte les secondes libres sur les doigts d'une main salement amputée. J'ai passé trois journées entières à faire des tas de vraies choses. Même pas deux minutes pour se vautrer dans l'aboulie et le désoeuvrement.

Je reprends mes bonnes habitudes de blog(land)eur dès demain.

vendredi 4 novembre 2005

A nos âges canoniques

Un compagnon de blog, Bogomil pour ne pas le nommer, me faisait remarquer qu'à l'âge qui est le mien (34 ans), il était un peu exagéré d'indiquer que j'avais la trentaine dans les renseignements sommaires que je donne en haut à droite de cet écran.

S'ensuivit un débat (enfin, ça a bien duré cinquante secondes) sur les limites de la trentaine : Bogomil, qui est nettement plus âgé que moi, tenait pour acquis qu'au delà de 32 ans, il était mensonger de prétendre avoir une trentaine d'années. Perso, je mets la barre en dessous de 35 ans, ce qui ne m'empêchera pas, l'année prochaine, de rester figé dans mes bottes de trentenaire juvénil.

A 35 ans, j'aurai donc la trentaine. A 36, aussi. A 37, 38 et 39 ans sonnés, vous remarquerez que je serai plus proche de la trentaine que de la vingtaine. Au fond, c'est assez facile de rester jeune.

Vive la République, vive l'enfance.


PS : Demain, LN rentre, ce qui n'a strictement rien à voir avec le propos qui précède. Elle a passé une semaine calamiteuse à San Francisco. Ca lui apprendra à nous abandonner, tiens.

jeudi 3 novembre 2005

L'espérance de vie des morts

J'ai appris un truc horrible en lisant Libération, hier : même les morts n'ont pas le droit à la vie éternelle !

Il n'y a vraiment plus aucune raison de mourir, je préfère vous le dire entre quatre yeux et trois dizaines de touches de clavier. Dans mon incurable naïveté, j'étais persuadé qu'une concession perpétuelle (entre parenthèses, c'est beaucoup plus coûteux de mourir à Paris qu'ailleurs) vous garantissait une paix et un sommeil éternels, à l'ombre d'un chène centenaire. Queudalle ! Sauf pour les tombes célèbres (et encore faut-il s'entendre sur la signification d'un mort célèbre) qui sont condamnées à être classées et entretenues à perpétuité.

tombeMais si comme moi vous êtes un futur mort lambda, sachez que vous vivrez vos derniers jours (sic) dans un ossuaire quelconque, broyés et concassés sans autre forme de procès. Cela se passera à la fin de votre deuxième vie, celle qui aura vu votre tombe dûment fréquentée et fleurie à intervalles réguliers. Mais dès qu'il en sera autrement, quand les enfants des enfants de vos enfants ne vous réserveront plus qu'une ligne sur leur arbre généalogique, que votre sépulture partira en lambeaux, usagée et flétrie par les années qui filent, les salopes, sans jamais se retourner, eh bien ce sera la fin. La fin de votre mort, cent ans s'entend. Il faut à peu près s'entend cent ans en moyenne (dixit Libé ; perso, je pense que c'est beaucoup moins) pour qu'un mort soit totalement oublié, enfoui à jamais dans les anales de l'histoire.

Votre dernière demeure est un mensonge sur pattes, un boniment qu'on vous a raconté pour vous rassurer. Pour la peine, et rien que pour me venger, je ne mourrai jamais !

mercredi 2 novembre 2005

Bande à part

En 1977, dans la cour de récréation de l'école où je faisais mon CP, Boris est venu m'entreprendre et m'a dit sur un ton calme mais non dénué d'un certain enthousiasme : "Est-ce que tu veux faire partie de ma bande ?". Plus qu'un choc, cela a été un véritable séisme. Il faut dire que Boris était de loin le gamin le plus charismatique de la classe : frondeur et intelligent, extraverti mais pas lourd, franc sans être méchant, Boris était l'exemple du gamin bien dans ses basques. Malgré la jubilation intérieure que je ressentais, je gardais un certain quant-a-soi et lui demandais simplement : "Y a qui dans ta bande ?". Il me répondit sans forcer, toujours avec cette placidité que je trouvais épatante : "Pour l'instant, y a que moi. Mais si tu viens, on sera deux !".

Enorme, c'était énorme. J'acceptais évidemment sur le champ. Et je me souviens de notre parade de mâles heureux et intrépides qui, épaules contre épaules, hurlions à tue-tête : "Qui veut faire partie de notre bande ?". Les candidatures affluèrent, mais nous n'acceptames que Frédéric après des tests assez poussés dont je ne me rappelle plus la nature exacte. C'était la première bande de ma vie, la plus heureuse. Nous n'étions pas mus par un instinct grégaire, nous nous étions juste choisis.

Depuis, les années ont passé (28 précisément), et je me suis enfoncé dans un individualisme dont je cerne très exactement les limites. Mais c'est plus fort que moi : les castes m'emmerdent, les tribus et leurs coteries sont la lie de l'humanité. Je ne parle même pas des communautés (toutes les communautés, en général, les religieuses, en particulier) qui me feraient sourire si elles n'avaient pas vampirisé et sucé le sang de générations entières d'individus malléables et moutonniers. Je suis indiscutablement de gauche dès qu'il s'agit de réduire des inégalités, réparer des injustices, mais totalement réfractaire à l'ambiance kibboutz et à toute forme de clanisme.

Aujourd'hui (hier aussi ; ces temps-ci, quoi), cela me pèse un peu. Pour autant, je n'envisage pas de reconstituer une ligue dissoute. Du reste, je n'ai plus de nouvelles de Boris depuis plus de 25 ans. Et si l'union fait probablement la force, l'union d'olibrius qui pensent pareil ou aiment les mêmes choses, ça me hérisse vite le poil - que j'ai particulièrement dru et foisonnant depuis qu'il a repoussé. Du coup, j'ai bien envie de vous proposer le marché suivant : est-ce que vous voulez faire partie de ma bande, la bande de ceux qui ne font partie d'aucune bande ?

On ne ferait strictement rien à plus de trois (sauf cas exceptionnels qu'il conviendra d'envisager sans précipitation), on se réunirait à intervalles très irréguliers au mépris de la périodicité, on parlerait peu. Mais on échangerait beaucoup. Si vous avez d'autres idées d'activités individualistes auxquelles nous pourrions nous livrer en bande, je reste à votre écoute.

Mieux, je suis votre homme. Notre bande est appelée à un brillant avenir pour peu qu'elle se donne les moyens de ne rien faire ensemble !

PS : à ceux qui s'engouffreraient dans la brèche insidieuse de mon adhésion au PS, je répondrais qu'il s'agit là au mieux d'un accident de l'histoire (ladite adhésion date du 22 avril 2002), au pire d'une contradiction assez mal assumée (mais là où je suis vraiment trop fort, c'est que j'assume mes contradictions non assumées !).

mardi 1 novembre 2005

La dame du divan

psyJe suis retourné voir un psy depuis trois semaines. Les psys et moi, c'est un peu comme le permis de conduire : on a un long vécu commun. Petit déjà (vers quatre ans), je fréquentais cette engeance pour des raisons que j'ai oubliées, à moins que je ne souhaite tout simplement pas m'y attarder. J'y suis retourné à 16 ans, à l'âge des premières interrogations sévèrement existentielles. Un interlude express vers 22 ans (je suis resté deux mois, c'était un homme. Beurk !) puis un plus long passage sur le coup des 28 ans pour envisager, sous toutes ses coutures, les aléas de ma vie sexuelle (mais pas seulement).

Pendant que j'étais malade, un psychologue venait me voir deux fois par semaine dans ma chambre d'hôpital, mais ça ne compte pas. J'acceptais de le rencontrer moins pour ses compétences que pour passer le temps et le plaisir de le passer avec quelqu'un d'autorisé à rentrer dans une chambre stérile. Le psy de La Pitié n'était pas exactement un incapable, mais avec son masque qui lui recouvrait la moitié du visage et sa blouse trop grande pour lui, je ne l'ai jamais vraiment pris au sérieux. En plus il était aveugle, et comme j'ai la manie idiote de ponctuer bon nombre de mes phrases par un "Vous voyez ce que je veux dire ?" du plus facheux effet, il a probablement du penser que je me foutais de sa gueule. Et puis, je n'aime pas du tout les psys hommes, ça me bloque.

Cette introduction nous amène tout droit dans le cabinet du Docteur S., une psychiatre qui présente le mérite non négligeable, outre qu'elle est une femme, d'exercer à deux cent mètres de chez moi. Les trois premières séances se sont bien passées : je suis toujours aussi déprimé, mais je ne culpabilise plus. Je suis à peine moins apathique, mais je trouve ça très bien. J'aime beaucoup le Docteur S.

La dernière séance a toutefois été le prétexte d'un premier désaccord exprimé. Je lui ai dit en substance que "tout ça n'ayant globalement aucun sens, j'avais envie de retrouver ce qui m'animait avant : une logique de plaisir et de jouissance". Comme elle ne comprenait pas, j'ai continué en décrétant que construire (une carrière, un couple, une maison, un projet) me semblait plutôt frappé au coin du bon... sens, mais totalement vain. Et que partant, rien ne valait le plaisir qu'on était capable de prendre et le bien que l'on pouvait se faire. Elle m'a dit que c'était précisément là-dessus qu'il fallait que je travaille, qu'on ne pouvait pas décemment vivre une vie entière en pensant que cela n'avait pas de sens, et que c'était mon job de lui en trouver un ou plusieurs (de sens). Je résume grossièrement, mais l'idée y est.

Je suis sorti de là un peu contrarié.


PS : c'est la fête des morts, aujourd'hui demain. L'association des deux termes m'a toujours fait marrer.