Billet en construction ou la décortication d'une angoisse primitive
Par Ari, lundi 16 janvier 2006 à 12:49 | Mon nombril | #103 | rss
Je reviendrai sur ce billet, mais permettez-moi d'en ébaucher dès maintenant les grandes lignes.
Il a(ura) trait au commentaire laissé par Dada, sur la note précédente. Elle y grattait quelques lignes peu amènes sur les dangers de la neuneuisation. Cela jurait avec le reste des commentaires, et cela m'a interpellé à plusieurs égards :
- J'aimais bien mon billet, mais j'aime Dada largement autant. Et même beaucoup plus, convenons-en.
- Comme tout un chacun, je suis sensible à la critique. Et comme presque tout le monde, j'ai tendance à ne voir que les critiques, fussent-elles noyées dans un océan d'éloges.
- J'ai décidé il y a une bonne quinzaine d'années que jamais ô grand jamais je ne me justifierai. C'est quelque chose que je voudrais vous expliquer.
En deux mots, je compte bien revenir sur ce billet pour expliquer pourquoi je ne me justifierai pas. Ce qui, cela ne m'a pas échappé, constituera une justification en bonne et due forme.
A tout à l'heure, donc.
Mise à jour : ou l'angoisse primitive se précise
Alors voilà, c'est l'histoire d'un chromosomé XY, mais ça pourrait être l'histoire de n'importe quel mammifère.
Quand j'étais môme, j'étais terrassé par le moindre reproche, anéanti par la moindre critique. Je caressais sans le savoir l'idée incongrue que ma destinée n'avait de sens que dans la reconnaissance générale (à l'exclusion de toute remise en cause) de mes qualités, voire de mon existence. Je concevais la possibilité que j'avais ici et là quelques défauts bien partagés, mais je ne souffrais qu'on les mette à jour, a fortiori qu'on les stigmatise. J'étais caricatural : un écorché vif sur pattes prêt à bondir à la moindre récrimination. C'est que je me sentais acculé, nié dans mon être au premier grief. Que celui qui n'a jamais été vexé me jette la première pierre.
J'évoluais bon an mal an, très sérieusement handicapé par cette susceptibilité envahissante. Il ne fallait pas simplement m'aimer ; il fallait m'aimer complètement, entièrement. J'étais lourd, j'étais chiant. Mon amitié devenait rapidement effrayante pour les récipiendaires de mes débordements affectifs et hypersensibles. Si bien qu'un beau matin, alors que rien n'annonçait pareil changement, j'ai décidé que plus rien ne serait comme avant. J'avais dans les 17 ans, et j'en avais marre de mettre ma santé mentale en péril. Mon esprit critique était largement développé, et j'ai alors compris/décrété que les gens - notamment mes intimes - qui partaient à l'assaut de ma citadelle chatouilleuse et un tantinet paranoïaque avaient raison, du moins avaient leurs raisons. Que ces raisons-là n'étaient pas contestables, et que, partant, rien ne servait de les contester.
De ce jour, et sans qu'il m'en coûte, j'ai cessé de me justifier, cessé de prétendre à la perfection. Cessé de croire que le monde entier était un consensus voué à valider mon aura charismatique et la pureté absolu de mon être intime.
Il s'est avéré que je m'en suis porté nettement mieux. Que les gens autour de moi, sans nécessairement le remarquer, ont salué à leur manière ce changement à 360 degrés. Que j'aimais mieux les gens que j'aimais déjà, et que ces derniers ne m'aimaient pas moins, loin de là. J'ai appris à aimer mes failles, et même à les cultiver. J'ai compris que les failles, il n'y avait que ça de vraiment chouette dans l'humain. J'ai compris une autre chose essentielle : quelqu'un qui n'est pas d'accord avec vous, qu'il le manifeste avec tact ou non, avec force arguments ou sans justification, celui-là a toujours une raison de ne pas être d'accord. Que les critiques, qu'elles viennent de Mamie Dada ou d'ailleurs ne sont pas nécessairement constructives (il n'y a pas matière à s'améliorer à chaque fois qu'on vous remet en cause !) mais qu'elles sont. Ontologiquement.
Ce que je dois à la vérité, c'est qu'on ne change jamais vraiment. Et qu'un reproche qui m'est adressé est toujours une souffrance. Mais voilà, j'ai appris à vivre avec cette souffrance, à ne pas en avoir peur.
Je ne sais pas pourquoi, aujourd'hui, j'ai eu envie de vous parler de cela.
PS : "Mon papa est vraiment trop sérieux, là. Je préfère quand il joue avec moi à "Caché-Coucou" et quand il dissimule mon doudou sous le lit. Là, au moins, on se marre."
Commentaires
1. Le lundi 16 janvier 2006 à 15:11, par Morticia
2. Le lundi 16 janvier 2006 à 15:16, par Morticia
3. Le lundi 16 janvier 2006 à 17:55, par Nath
4. Le lundi 16 janvier 2006 à 18:31, par Nath
5. Le mercredi 18 janvier 2006 à 09:31, par Cuné
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