Où l'impéritie de l'Education nationale me fait sortir (provisoirement) de mon nombrilisme douillet
Par Ari, mercredi 18 janvier 2006 à 11:11 | Mes irritations | #104 | rss
En lisant hier mon Libé quotidien puis les quelques blogs que je ne lâche pas d'une semelle (cf. ma blogroll en bas à droite), j'ai décidé de consacrer aujourd'hui un billet - exceptionnel, qu'on se le tienne pour dit - à un sujet qui dépasse le cadre de mon égotisme autolâtre chronique.
C'est donc l'histoire d'un proviseur-blogueur qui s'est fait révoqué de l'Education nationale au motif que :
- son blog était accessible à tout le monde, sur Internet.
- le dit proviseur précisait qu'il officiait dans une ville de 12.000 habitant ne comptant que deux lycées.
- "la nature de son blog était incompatible avec ses fonctions" (dixit un certain Paul Desneuf, directeur de l'encadrement à l'Education nationale, qui ne précise pas la teneur de l'incompatibilité en question).
Je n'avais jamais entendu parler du blog de ce monsieur (qui a fermé depuis la suspension de son auteur, en octobre dernier), et c'est donc mu par une saine curiosité que j'ai retrouvé la trace de ses carnets grâce à http://www.archive.org, la mémoire officielle et ô combien précieuse du Web. Le blog à Garfieldd (c'était son nom) aborde avec sensibilité, humanisme et ironie le quotidien et les vicissitudes de la vie de proviseur. En ces temps un peu bousculés pour l'Education nationale, c'est une bouffée d'oxygène que je vous invite à découvrir. Dire que j'ai été séduit par ces carnets relève de l'euphémisme, et c'est pour cette raison que l'injustice me semble d'autant plus criante. Le début du commencement de l'origine de cette triste histoire est lié au fait que Garfieldd ne fait pas mystère de son homosexualité, et gratte ici et là quelques notes sur le sujet sans toutefois jamais mêler dans un même billet les considérations relatives à sa profession et les arcanes de son orientation sexuelle.
Le proviseur-blogueur avance à découvert (comme précisé plus haut, son lycée est aisément identifiable), et cite à l'occasion - c'est un rituel couru chez les blogueurs - les requêtes Google les plus loufoques qui ont permis à des internautes d'accéder à son site. Cela donne ainsi, sur un billet écrit le 2 mars 2005, le paragraphe suivant : «J'ai un vrai pervers qui, lui, rêve de remonter son survêt, j'ai en stock du fantasme sur les super queues de blacks et les bites de beurs que l'on décline en rebeu en maillot et en un délicat j'aime les pénis arabes... Mais aussi du fantasme de la sonde urinaire.» L'extrait a été repris in extenso dans Libération d'hier, sorti de son contexte, sans plus d'explications, ce qui laisse évidemment à penser qu'il s'agit là des fantasmes de l'auteur, plutôt que d'un catalogue amusé des recherches les plus abracadabrantes qui conduisent à son blog. Je n'en veux pas à Libé ni à son journaliste : le droit à la connerie est imprescriptible, et il est probable qu'ils s'excuseront de leur coupable légèreté. Par ailleurs, je n'ai pas pour habitude de tirer sur une ambulance, et ces mois-ci, j'achète quotidiennement Libé en me disant que c'est peut-être la dernière fois.
Mais c'est probablement cette phrase (ainsi que des photos présumées pornographiques dont personne, à ce jour, n'a vu la trace) qui a conduit le proviseur à la case Révocation. Cette phrase que quelques fonctionnaires un peu hargneux et ignorants auront aussi mal interprêté que mon quotidien favori pour en arriver à la conclusion laconique autant que définitive que "ce blog présentait des photos et écrits à caractère pornographique, ce qui constituait un comportement incompatible avec l'exercice de la responsabilité d'un chef d'établissement". Toutefois, le sujet n'est pas réellement là (même s'il n'y avait pas "l'affaire Google", la décision de révoquer le proviseur est totalement disproportionnée). Au pire, Garfieldd a fait preuve d'une certaine maladresse en ne veillant pas à la dissimulation totale de son identité. A tout le moins, on peut lui faire crédit de sa bonne foi. S'il avait craint un seul instant d'essuyer les foudres de son administration, il aurait agi dans l'anonymat le plus strict, pour ce que j'en dis.
Je ne vais pas m'étendre sur les tenants et aboutissants de l'affaire. D'autres blogueurs l'ont déjà fait, et souvent mieux que moi. Je vous invite à lire les contributions sur le sujet de Kozlika, Dangereuse trilingue, Ron l'infirmier ou Eolas. La première y explique notamment pourquoi elle aimait le blog de Garfieldd et quelles sont les conséquences d'une révocation pour un proviseur (interdiction de retravailler dans la fonction publique, pas d'Assedic... etc). Eolas, lui, se fend d'une lettre ouverte joliment troussée à Gilles de Robien.
Ce qui m'intéresse à ce stade, c'est d'examiner les recours possibles à la révocation de mon nouvel ami. Je pense que la blogosphère n'a pas fini de jaser, et c'est très bien ainsi. Je crains néanmoins qu'à l'instar des images des journaux télévisés, un scandale succède à un autre scandale, un fait d'hiver à un autre fait divers et que la bulle éclate aussi rapidement qu'elle a gonflé. Cela m'intéresse moins de dénoncer (même si cela est nécessaire) l'iniquité d'une administration archaïque et homophobe que de voir comment on peut sauver la peau - et le métier - de ce proviseur.
Alors quoi ? Tous à Grenelle !
Je ne suis qu'un néophyte de la cause bloguienne. Je couche mes humeurs cyclothimiques sur la toile depuis quelques mois seulement. J'en appelle aux vieux de la vieille, les Embruns, Kozlika, Veuve Tarquine et tous les autres. Ceux dont la voix porte haut et fort dans la blogosphère. Et je propose ni plus ni moins qu'une manifestation joyeuse et bruyante de blogueurs (ça aurait de la gueule, peuchère !) et même de non-blogueurs devant le Ministère de l'Education Nationale. Vite et bien. Avant la fin du mois, et en rameutant un maximum de monde. Je ne suis pas contre une pétition en bonne et due forme ou, comme d'autres blogueurs le proposent, de spammer le journaliste de Libé pour son enquête baclée, mais une bonne vieille manif' des familles me parait plus efficace pour inverser le cours affligeant des choses.
Et si on sauvait le soldat Garfieldd ?
Commentaires
1. Le mercredi 18 janvier 2006 à 12:04, par Livorno
2. Le mercredi 18 janvier 2006 à 14:35, par Akynou/racontars
3. Le mercredi 18 janvier 2006 à 14:40, par Ari
4. Le vendredi 20 janvier 2006 à 13:19, par l'homme dans la lune
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