Commentateur... sportif !
Par Ari, jeudi 16 février 2006 à 14:38 | Mon nombril | #115 | rss
En regardant ce midi l'épreuve de biathlon féminin (1/ Fallait-il qu'il s'ennuie ! 2/ Il nous avait caché qu'il adorait le biathlon féminin 3/ Sa télé est en panne, obstinément allumée, et il vit dans un studio minuscule si bien qu'il est obligé de la regarder) des JO de Turin, je me suis fait la réflexion que la maturité, c'était probablement savoir chaque jour un peu plus ce qu'on ne voulait pas faire, ce à quoi on n'était pas ou plus prêt sauf à voir son âme furieusement comprimée jusqu'à étouffement du cervelet.
Adoncques, quand j'étais ado, je voulais être commentateur sportif. J'adorais regarder le foot, le rugby, le tennis et un tas d'autres sports moins télégéniques, j'avais amassé une foultitude d'informations diverses et inutiles sur des gymnastes ukrainiennes ou des lugeurs allemands, et je pensais avoir la fougue nécessaire pour communiquer un enthousiasme que rien ni personne ne sauraient démentir. Mais j'étais probablement plus doué pour écrire, j'avais un ego normalement dimensionné, et plus exactement, je n'ai jamais eu la moindre opportunité de raconter en direct (ou même en léger différé) la vie et l'oeuvre des dieux du stade et des reines des pistes. Ce midi donc, en reluquant benoitement les exploits de Florence Baverel (championne olympique, s'il vous plait), j'ai réalisé à quel point j'avais failli rater ma vie. P'tin, il neigeait dru, il faisait dans les moins cinq à tout casser, et les mecs avaient d'énormes doudounes ridicules floquées du logo France 2-France 3. Ils commentaient manifestement un sport qu'ils ne connaissaient pas. L'indigence de leurs bavardages le disputait à l'intensité de leur chauvinisme. C'était cocardier, démagogue, inepte. Et j'avais voulu faire ce métier ! Pfiouuuuuuu.
Vous imaginez le p'tit gars de France 2, le soir, rentrant dans sa chambre d'hôtel Mercure ou équivalent, les lèvres gercées par le froid. Sa femme est loin. Ses enfants s'en foutent. Et lui, il est obligé de préparer l'épreuve de demain : le patinage de vitesse par équipes, où les Tricolores si chers à son coeur n'ont aucune chance de briller. Il s'ennuie. Ca fait dix ans qu'il fait le même métier, et il est payé quinze à vingt fois moins cher que ces sportifs qu'il a longtemps adulés, mais qui ne le font même plus rêver. Il mate en loucedé un film porno qu'il commande en extra après trois coups de télécommande bien ajustés (il est le champion olympique de vitesse de commande de films pornos). Il s'endort sur ses fiches, il a du mal à retenir le nom de ce patineur slovène, grand favori de l'épreuve de demain. Mais demain est un autre jour. Et là, il vient de saisir Morphée par le collet. C'est le meilleur moment des Jeux.
Ben voilà, je ne serai jamais commentateur sportif. Plus tard, quand j'aurai encore grandi (chez nous, on ne vieillit jamais, on se contente de grandir), je ferai des tas de choses chouettes qui occuperont intelligemment mes journées. J'aurai des trucs marrants à raconter à ma femme même si on n'est pas mariés. Et le soir, après avoir couché les enfants, on fera l'amour sans penser un instant à ce commentateur lambda qui se turlute dans la pénombre de sa chambre d'hôtel Mercure. Ou équivalent.
D'ailleurs, c'est promis, j'arrête de regarder le biathlon féminin.
PS : le journal Netizen est presque bouclé. Comme je l'avais écrit dans un précédent billet, j'y ai écrit un article que vous pourrez découvrir, si le coeur vous en dit, dans le numéro 2 qui sort à la fin du mois.
Commentaires
1. Le mardi 21 février 2006 à 14:09, par Yves Duel
2. Le mardi 21 février 2006 à 20:41, par Ari
3. Le dimanche 17 février 2008 à 09:06, par sportif
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