Je ne m'étais pas exprimé sur le CPE, et je m'en voulais un peu.

Quand même, une loi renégate qui met la jeunesse dans la rue, ça méritait son petit élan de rage extériorisé, une expression courageuse de ma vindicte qui n'aurait pas manqué de faire réfléchir dans les hautes sphères.

Et puis non. Le CPE, je suis contre. Je trouve que c'est bien assez. Comme les patrons avant de licencier, je n'ai pas besoin de me justifier.

En revanche, je soutiens sans ambages que je n'aurais jamais du couper les cheveux de ma fille. Encore aujourd'hui, je suis incapable d'expliquer pourquoi, mû par une envie soudaine, j'ai chopé les ciseaux et décidé de refaire le portrait de ma gamine. Bon, ça m'énervait un peu que sa longue mèche de devant lui trouble la vue, mais était-ce bien raisonnable, compte tenu de ma maladresse proverbiale, de me lancer dans pareille entreprise ? Non. Ce n'était pas raisonnable.

D'autant que Romane, à piailler sans relâche, à bouger dans tous les sens, n'a pas facilité ma mission. Je reconnais néanmoins qu'elle a été adorable, une fois mon forfait commis. D'une, elle n'a pas commenté le désastre et a continué de se trouver très jolie. De deux, elle n'a pas cafté, ce qui eut été un comble vu la surface de son vocabulaire. L'ennuyeux, c'est qu'il n'était pas nécessaire de cafter pour que sa mère remarquât l'étendue des dégats.

Ma fille, enfin notre fille, ne ressemble plus à grand chose. Elle a des cheveux partout, sauf devant. A force de vouloir égaliser, j'ai fait table rase de ce que les historiens retiendront comme ayant été sa chevelure. Sa mère, pas chienne, a juste hurlé de rire, ce qui, par ricochet, a fait glousser Romane.

Au fond, je dois être un bon père. Non ?