Une vie française
Par Ari, lundi 3 avril 2006 à 09:14 | Mes lectures | #125 | rss
Lu le dernier opus de Jean-Paul Dubois, et j'ai du mal à me faire un avis tranché.
Ca se lit avec plaisir, c'est vif et léger, c'est probablement cent fois mieux que ce que je rêverais d'écrire, mais... Il y a plein de mais. Outre que JPD a une facheuse tendance à s'écouter écrire (on notera l'utilisation quasi systématique, à tout le moins très régulière, de "mots qui n'existent pas". Cette tendance empoisonnante des romanciers de ce début de millénaire - Nothomb avait lancé le mouvement - à mettre en évidence l'étendue de leur vocabulaire en employant des mots inconnus de tous, et probablement d'eux-mêmes avant une recherche besogneuse dans le dictionnaire des synonymes), il a la prétention d'inscrire la biographie de son héros dans l'histoire française d'après-guerre. Autant vous dire que le procédé est souvent lourdingue et insignifiant et que les allers-retours entre la vie de Paul Blick (son héros donc, un autre lui-même) et les soubresauts de la politique française manquent singulièrement et de sens et de fluidité. On reste sur le sentiment que JPD n'avait pas assez confiance en son histoire pour la laisser s'épanouir en solo indépendamment de toute considération historique.
A certains moment, c'est donc un peu du sous Forrest Gump dans le texte. Et pourtant... Il y a là des situations fort drôles (Ah la femme du narrateur gauchiste, amoureuse d'Adam Smith), d'autres criants de vérité et de sensibilité sur les vicissitudes d'une vie qui passe sans voir le temps passer. Il y a aussi cette sincérité dans le regard, cet amour sympathique du bordel pour le bordel, ces coucheries d'adultes mal terminés (les adultes, pas les coucheries). C'est mélancolique, ça sent la bonne lose et l'ego passablement contrarié.
Et puis, il y a ces dernières lignes, éclatantes de justesse et de simplicité, qui vous réconcilient avec le roman et son auteur pour peu que vous vous apprêtiez à refermer le livre un peu fachés.
La vie n'est rien d'autre que ce filament illusoire qui nous relie aux autres et nous donne à croire que, le temps d'une existence que nous pensons essentielle, nous sommes simplement quelque chose plutôt que rien.
Cela aurait pu s'appeler "Une vie", et cela aurait été très bien.
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