Très jolie note de Vinvin, que je vous laisse découvrir.

Vinvin a peur de mourir. Je crois même que ça l'angoisse un peu. Je me demande même si son angoisse de la mort n'a pas tendance à l'angoisser plus que de raison. La mort tue ; je subodore que c'est ce qui emmerde le plus Vinvin dans sa quête d'éternité. La mort a cela d'ennuyeux qu'elle ne vous lâche pas d'une semelle dès que vous avez compris que vous aussi (oui, vous aussi !), vous allez y passer.

Alors, on passe la moitié de sa vie et plus à fuir cette apocalypse programmée en s'adonnant à foultitude d'activités plus ou moins absorbantes, plus ou moins intéressantes, plus ou moins stimulantes. Avant la leucémie, j'y pensais souvent, mais je n'y croyais pas vraiment. Je faisais partie des innocents qui n'avaient pas bien réalisé : au pire, la Faucheuse s'apparentait à une abstraction écervelée. Rien de bien dangereux vu sous cet angle. Cette sotte de maladie ne m'a pas tué, mais a subtilement distillé son venin en m'habituant à l'idée que j'allais passer de vie à trépas. Que cela soit demain, dans un mois, un an, trente ans ou plus, l'ordre stupéfiant des choses ne changerait rien à l'affaire.

Je vais mourir. Moi qui déteste les certitudes et tous ceux qui croient en détenir plus d'une, je suis obligé de baisser pavillon et admettre pour de bon ce funeste destin. Aussi, je me prépare avec ce qu'il faut de sérieux à cette issue fatale : un temps, j'ai pensé envoyer un CV à la mort ; j'avais un dossier béton (chimiothérapies, radiothérapie, greffe de moelle osseuse, maladie de Crohn... etc). Mais la peur d'être recruté trop vite m'a fait reculer. Puis, j'ai trouvée meilleure idée : puisque ce duel déloyal allait forcément précipiter ma perte, j'ai réfléchi à ce que je pourrais faire du restant de mes jours. Autant vous dire que cela m'a plongé dans des abîmes de perplexité et même, l'avouerais-je, d'agitation. Et moi, faut pas trop m'agiter. Ca me crispe.

Et allège immédiatement mon portefeuille de quelques centaines d'euros en séances de psychanalyse indolores mais inopérantes.

J'ai trouvé mon salut (provisoire, comme tous les saluts) en regardant un débat fort enrichissant sur La Chaine Parlementaire. Après quoi, j'ai mangé une demi pomme et quelques dattes à peine flétries. Puis fait la vaisselle pendant une heure et demi. Je me suis terminé en récurant les WC, sur la cuvette desquels j'ai lu le dernier hors-série des Echos.

A l'issue ce régime sévère, j'avais fini par trouver quelques vertus à l'inéluctable.