Egoblog

mercredi 17 mai 2006

Fin des hostilités

J'ai reçu ce matin mon chèque suite à la pige que j'ai écrite pour le magazine Netizen.

Cela n'a pas été sans difficultés ni heurts, mais les choses sont enfin et normalement rentrées dans l'ordre.

Dont acte.

jeudi 11 mai 2006

Le jour d'après

Je continue de remonter dans les souvenirs, et place le curseur vingt cinq ans plus tôt dans le droit fil de mon dernier billet.

C'était le 11 mai 1981, donc. Mes parents avaient éveillé leur conscience politique avec un de Gaulle finissant (que j'apprendrai plus tard à aimer à la lecture de ses sublimissimes mémoires de guerre), commencé à militer au moment où Pompidou agonisait (aucun rapport entre les deux contingences) et imploré les Dieux de l'alternance démocratique pendant les sept longues années de règne cadenassé de Valery Premier. Ils allaient à toutes les AG de section, collaient des affiches au moins deux fois par semaine, et m'entrainaient quelquefois dans leurs chevauchées nocturnes. J'en garde un souvenir assez ébloui que le temps et la nostalgie ont probablement contribué à magnifier : la colle, c'était cradingue, les affiches étaient moches mais ils y croyaient encore comme des dingues, et leur enthousiasme était contagieux.

Quand Elkabbach a annoncé, avec cette affliction du gars qui sait que ses jours sont comptés, que Mitterrand avait gagné, mes parents étaient en train de dépouiller. Je trouvais ça étrange qu'on puisse claironner un résultat en toute certitude alors que mes parents comptabilisaient consciencieusement les votes attribués à l'un et à l'autre des candidats. Dans mon cerveau de gamin, il y avait là une contradiction éclatante qui, pour tout dire, ne m'a jamais complètement quitté.

Qu'importe. Quelques heures plus tard, nous affrontions les éléments déchainés (quel orage, ce soir-là !) en compagnie de centaines de milliers d'automobilistes et de passants exaltés. Une ferveur populaire, mes aieux. Je crois bien que cela a été, et de loin, notre meilleur souvenir des deux septennats. L'euphorie aidant, mes parents m'ont autorisé à faire des tas de trucs qui m'étaient habituellement interdit : hurler dans la rue avec des inconnus, monter sur le capot de la bagnole qui roulait au pas, manger un sandwich au merguez avec plein de moutarde à minuit passé. Putain, c'était chouette.

J'étais en CM2, et le lendemain, j'avais école. Mes parents qui ne mégotaient jamais sur mon temps de sommeil m'ont laissé faire une grasse matinée, et je ne suis allé en cours que l'après-midi, avec mon paletot, ma bonne mine et un mot de ma maman. Quand la maitresse (Mme Depont, une institutrice à l'ancienne, sévère et juste) a lu le mot, je l'ai senti légèrement blémir, puis finalement partir d'un franc éclat de rire. Elle m'a dit de féliciter mes parents pour leur franchise, puis de m'asseoir à la place qui m'était habituellement réservée.

J'ai attendu que l'après-midi se passe avec une folle impatience. Je voulais vraiment savoir ce qu'il y avait écrit sur ce mot qui avait transformé le visage de ma maitresse à deux reprises. D'habitude, à 16h30, je courrais comme un dératé pour ne pas rater le début des "Quatre fantastiques" à la téloche. Mais ce jour-là, je voulais juste savoir.

- Maman, t'avais écrit quoi dans le mot d'excuse ?
- ...
- Ouais, dis maman, t'avais écrit quoi ?
- Ah, le mot d'excuse pour ton absence de ce matin. Rien de spécial. J'ai juste dit que tu avais célébré la victoire historique avec tes parents, et que tu étais rentré beaucoup trop tard pour aller à l'école, ce matin.
- Mais t'aurais pu dire que j'étais un peu malade, non ?

Je ne me souviens plus de la suite du dialogue. Mais l'anecdote m'a marqué. J'étais un gamin plutôt anxieux, un élève studieux, soucieux de ne pas faire de vagues. Je n'avais jamais été absent pour une autre raison qu'une angine ou une rage de dents. Et ce jour-là, bien au delà de la victoire de Mitterrand, mes parents m'ont appris que la vérité pouvait être joyeuse, qu'il ne fallait pas en avoir peur. Qu'il vallait mieux assumer ce que l'on était et ce que l'on avait fait plutôt que de mentir aux autres et à soi-même.

Convaincu, j'ai fini par trouver ça classieux. Et, encore aujourd'hui, je trouve que ce mot avait de la gueule.

mercredi 10 mai 2006

Mélissa

J'étais décidé à faire la grève du blog jusqu'à ce que Ginisty paie sa dette à la société et à ma pomme en particulier.

Et puis j'ai réalisé qu'à ce train-là, c'était probablement la mort de mon blog. Ginisty a l'air de s'en foutre avec une force, je vous dis même pas. Son nom de domaine récupéré, il a repris le fil de son blog comme si de rien n'était. Dis-donc, le patron philantrope, qu'est-ce que tu fous ? Il va falloir que tout change pour que rien ne change, camarade. C'est que j'ai des idées à la pelle. Une manif devant Rumeur Publique dès potron minet ? Un entartage façon le Gloupier ("Entartons, entartons les pompeux cornichons") ? Un rappel incessant et harpagonisant de ta dette ("Ginisty, ma cassette !" ou made in feue Antenne 2 : "Mercredi 10 mai 2006, Ginisty me doit des sous depuis 73 jours") ? Un Google Bombing (il y avait Sarkozy/Iznogoud, à quand Ginisty/Escroc) du plus bel effet ?

Bon, l'autre raison de ma brève apparition de ce soir, c'est ce texte qui m'a déridé les zygomatiques et que j'ai eu envie de partager avec vous.

Demain, je regarde LCI dès l'aube.


PS : il y a 25 ans, à la même heure, je faisais le mariole sur le capot d'une Fiat 127, place de la Bastille. Mitterrand avait gagné, mes parents étaient ivres de bonheur. Je ne comprenais rien, mais j'étais content pour eux. J'avais 10 ans.

mercredi 3 mai 2006

Un prof de finance sympa, oxymore ou réalité ?

Au gré de mes lectures, je suis tombé sur le blog de Christophe Thibierge, qui fut mon professeur de finance dans une école de commerce où je me suis longtemps (trois ans) fourvoyé.

Christophe Thibierge, c'est le genre de mec qui serait capable de vous faire aimer la finance (enfin, presque...) à grand renfort de saillies drolatiques, de références littéraires et d'anecdotes lumineuses sur sa vie, son génie et son oeuvre. Je n'avais pas franchement de matière de prédilection à l'ESCP (A 17 ans, on n'est pas armé psychologiquement pour choisir une orientation convenable). Disons que la finance figurait en tête de liste de mes matières abhorées. Non seulement, je n'y comprenais rien, mais en plus, je n'avais rien envie d'y comprendre.

Sauf que j'aimais vraiment bien ce type de quelques années de plus que nous, qui ne se prenait jamais au sérieux, qui avait un look impossible de premier communiant (sauf quand il mettait sa tenue spéciale Jean-Converses ; seulement les grands jours), un humour dévastateur et une folle envie d'en découdre avec les fous furieux qui fréquentaient plus ou moins assidument les bancs de son école. Il me revient aujourd'hui l'image d'un étudiant déconfit, rouge comme une pivoine sous amphétamines, après que Christophe lui ait benoitement demandé avec cet air de ne pas y toucher si, comme la rumeur le disait, il était bien le chainon manquant (et enfin retrouvé) entre les derniers primates et l'homme. L'étudiant en question était un sale type arrogant et fier de lui, et ça nous avait bien fait marrer. Bon, c'est pas non plus du Desproges, mais ça nous changeait des ectoplasmes habituels qui croyaient dur comme fer que l'homme trouverait son salut dans le marketing, l'audit et les fusions-acquisitions.

Christophe, c'était le dilettante concerné. Le mec qui était là, mais qui aurait pu être ailleurs. Pas vraiment un imposteur (il avait l'air de comprendre ce qu'il disait), mais pour autant, nulle trace chez lui de ce sérieux et de cette rigidité propres aux enseignants de tout poil. Le gars était frondeur, mais en douceur. Romancier, mais à ses heures. Marathonien, et buveur. Et prof de finance peut-être par vocation, mais plus probablement par flemme et anti-conformisme (pas le genre à embrasser une carrière de yuppie ou à bosser plus de quarante heures par semaine).

Je découvre aujourd'hui son blog, et je retrouve le gars que j'ai connu : un sens inné de la dérision, une authentique qualité d'écriture et un questionnement constant sur le sens de la vie : de la sienne et de celle des autres. De ce qui nous anime et nous agite. Ma blogoliste, toute émoustillée, vient de trouver un précieux renfort.

Content de t'avoir retrouvé, amigo.


PS : c'est le deuxième Christophe dont je parle en deux jours. Mais celui-là ne me doit pas d'argent, et n'a surtout jamais prétendu à la vertu !

mardi 2 mai 2006

Christophe Ginisty, ni net ni zen

Je vous avais parlé il y a quelques mois de ma collaboration au journal Netizen. J'y avais écris un article sur les blogs tenus par des malades. Cela avait eu un double effet positif : une remise au travail peinarde et sans (grandes) contraintes ; et une façon d'aborder la maladie à travers celle des autres. Et non plus la mienne. Une façon fort efficace de faire le deuil de mes souffrances passées.

De là à accepter de travailler pour rien, il est un pas que je n'étais pas nécessairement résolu à franchir. Il semblerait pourtant que ma sueur, mes larmes et mon clavier en soient pour leurs frais puisque tel est le bon vouloir de Christophe Ginisty, patron de Pointblog (qui produit le magazine en question), qui prétexte un problème de trésorerie non réglé avec son éditeur pour s'exonérer de ses devoirs d'employeur.

Tout cela serait sans conséquences (une banale histoire d'impayés) si Cyril Fiévet, le rédacteur en chef dudit canard n'avait pas lui même porté haut la fronde en court-circuitant l'accès au site Pointblog. Si vous cliquez aujourd'hui sur la page d'accueil du site, vous êtes redirigé sur une page du blog de Cyril qui y lance l'avertissement suivant autant que bruyant : Veuillez nous excuser pour cette interruption. Ce site sera de nouveau accessible lorsque tous les collaborateurs de pointblog.com et du magazine Netizen auront été payés pour leur travail passé. Méthode pour le moins expéditive, mais qui ne manque pas de panache. Et provoque un beau bordel de nature à (peut-être) réveiller quelques consciences endormies.

Christophe Ginisty, évidemment, ça l'énerve, et il répond par voie de blog que tout ça, c'est très méchant, et que ouais il n'a pas payé les pigistes, mais que d'abord, c'est pas de sa faute, et que s'il avait pu, il l'aurait fait, mais que vraiment, là, la mort dans l'âme, il peut pas. Du foutage de gueule en bonnet difforme. D'autant plus que C. Ginisty est, en plus de ses activités à Pointblog, patron d'une très grosse boîte de communication, et que ce ne sont pas quelques piges payées qui vont le mettre sur la paille. Mais, ça n'a pas l'air de le gêner, le mec.

Un peu outré, j'y vais de mon commentaire (plutôt sobre et laconique) sur son blog, et poursuis la discussion par e-mail en exprimant ma pensée de façon plus développée, et moins urbaine, je l'admets volontiers. Le Christophe me répond dans l'heure un prêchi-prêcha totalement hallucinant où il est question de juger les choses en homme libre, d'organisation interne de sa boîte (comment lui dire que je m'en tape), d'illusion sociale bien répandue comme quoi les patrons seraient tous des salauds de capitalistes, menteurs et mauvais payeurs. Un vrai délire victimiste.

Contrit d'avoir blessé le monsieur dans son orgueil de patron humaniste, je lui réplique toutefois que je ne cherche pas à généraliser ma position sur les employeurs, que ma vindicte ne cible que lui, Christophe Ginisty. Qu'il est sûrement très gentil, mais que voilà, je voudrais mon blé. J'ajoute que je me fiche de sa cuisine interne, que j'ai juste bossé pour lui, qu'un contrat nous a lié et que j'entends qu'il soit honoré. Je conclus mon mail de quelques piques un tantinet moralisatrices sur les vertus du savoir-vivre et du savoir-entreprendre.

Croyez-le ou non, le gars me répond :

bip bip AUTO-CENSURE bip bip