Au gré de mes lectures, je suis tombé sur le blog de Christophe Thibierge, qui fut mon professeur de finance dans une école de commerce où je me suis longtemps (trois ans) fourvoyé.

Christophe Thibierge, c'est le genre de mec qui serait capable de vous faire aimer la finance (enfin, presque...) à grand renfort de saillies drolatiques, de références littéraires et d'anecdotes lumineuses sur sa vie, son génie et son oeuvre. Je n'avais pas franchement de matière de prédilection à l'ESCP (A 17 ans, on n'est pas armé psychologiquement pour choisir une orientation convenable). Disons que la finance figurait en tête de liste de mes matières abhorées. Non seulement, je n'y comprenais rien, mais en plus, je n'avais rien envie d'y comprendre.

Sauf que j'aimais vraiment bien ce type de quelques années de plus que nous, qui ne se prenait jamais au sérieux, qui avait un look impossible de premier communiant (sauf quand il mettait sa tenue spéciale Jean-Converses ; seulement les grands jours), un humour dévastateur et une folle envie d'en découdre avec les fous furieux qui fréquentaient plus ou moins assidument les bancs de son école. Il me revient aujourd'hui l'image d'un étudiant déconfit, rouge comme une pivoine sous amphétamines, après que Christophe lui ait benoitement demandé avec cet air de ne pas y toucher si, comme la rumeur le disait, il était bien le chainon manquant (et enfin retrouvé) entre les derniers primates et l'homme. L'étudiant en question était un sale type arrogant et fier de lui, et ça nous avait bien fait marrer. Bon, c'est pas non plus du Desproges, mais ça nous changeait des ectoplasmes habituels qui croyaient dur comme fer que l'homme trouverait son salut dans le marketing, l'audit et les fusions-acquisitions.

Christophe, c'était le dilettante concerné. Le mec qui était là, mais qui aurait pu être ailleurs. Pas vraiment un imposteur (il avait l'air de comprendre ce qu'il disait), mais pour autant, nulle trace chez lui de ce sérieux et de cette rigidité propres aux enseignants de tout poil. Le gars était frondeur, mais en douceur. Romancier, mais à ses heures. Marathonien, et buveur. Et prof de finance peut-être par vocation, mais plus probablement par flemme et anti-conformisme (pas le genre à embrasser une carrière de yuppie ou à bosser plus de quarante heures par semaine).

Je découvre aujourd'hui son blog, et je retrouve le gars que j'ai connu : un sens inné de la dérision, une authentique qualité d'écriture et un questionnement constant sur le sens de la vie : de la sienne et de celle des autres. De ce qui nous anime et nous agite. Ma blogoliste, toute émoustillée, vient de trouver un précieux renfort.

Content de t'avoir retrouvé, amigo.


PS : c'est le deuxième Christophe dont je parle en deux jours. Mais celui-là ne me doit pas d'argent, et n'a surtout jamais prétendu à la vertu !