Je ne m'aventure par souvent sur le terrain miné de la politique dans ces carnets. Ce n'est pas faute de m'y intéresser depuis des années, mais mon blog se veut résolument intimiste, léger et déconnecté de l'actualité.

Cette introduction rapide pour préciser qu'il n'est de règles qui ne soient infirmées par une ou plusieurs exceptions, et que j'inaugure aujourd'hui le chapitre des exceptions.

C'est qu'il y a quelque chose qui me chiffonne dans le débat qui a actuellement cours sur la désignation du candidat PS à l'élection présidentielle. Plutôt que de défendre mordicus mon bout de gras, en l'occurence mon candidat favori (DSK, mais chut...), à grand renfort d'arguments prétendument imparables, j'aimerais ici faire part de mes doutes sur l'élection qui se profile.

Bien entendu (enfin, quand on on se réclame de la gauche de gouvernement), il y a une certaine logique à appuyer le candidat qui aura au jour de la désignation le plus de chances de gagner. De ce point de vue, les sondages semblent clairs qui donnent tous Ségolène Royal comme seule chance réelle de l'emporter face à Nicolas Sarkozy. Que cela soit un motif de ralliement, je peux le comprendre. Là où le bât blesse, c'est qu'il me semble que c'est souvent le seul.

Je reconnais à Ségolène Royal un certain nombre de qualités, à commencer par sa popularité au zénith, une simplicité apparente autant que rassurante, une intelligence vive et une capacité avérée à jouer de son image (là, aucun sens péjoratif, un candidat qui ne saurait pas jouer de son image n'a aucune chance de remporter l'élection la plus personnalisée qui soit). Dans la logique que je décris plus haut (non pas désigner le meilleur candidat mais celui qui peut le plus sûrement gagner), je devrais m'apprêter à voter pour Ségolène Royal sans hésiter (je rappelle ou j'apprends à ceux qui l'ignorent qu'à mes heures perdues, je suis militant au PS et ai, à ce titre, le pouvoir de décider, comme tous mes "camarades", du nom du prochain représentant PS à l'élection présidentielle). Et pourtant...

Et pourtant, je ne voterai pas pour elle sauf revirement complet de situation. Parce que je me fais une idée éminente de la politique, parce que je crois avant tout à l'expression de convictions fortes, parce que le président de la République, en France, n'est pas juste un arbitre. Parce qu'enfin, et surtout, il me semble totalement hasardeux de prêter foi à des sondages d'opinion à plus de six mois de la présidentielle. L'histoire est riche d'exemples prouvant non pas l'inanité des sondages (ils sont une photographie à peu près exacte à l'instant où ils sont réalisés) mais que la vérité d'un jour n'est pas nécessairement celle de demain : Rocard avait plus de 25 points d'avance sur Mitterrand, Barre ne pouvait pas perdre, Balladur devait écraser tout le monde sur son passage... jusqu'à Jospin que beaucoup annonçaient gagnant dans un duel serré avec Chirac. Chacun connait la suite de l'histoire, chacun saura apprécier combien l'opinion est versatile ; qu'elle l'est d'autant plus quand elle s'appuie sur des impressions, des images plus que sur des convictions et des réalisations.

Pour être clair, je crois que Ségolène Royal n'a aucune chance de gagner l'élection présidentielle. C'est là mon intuition profonde. J'espère me tromper. Surtout si cette dernière est finalement désignée. Je crois sincèrement que dans un duel avec Sarkozy, elle perdrait progressivement du terrain et se ferait finalement laminer. Sarko est un rude jouteur, un argumenteur féroce et un combattant rusé. En face, Ségolène Royal m'apparaît nettement moins armée, plus fuyante et je n'ai pas aujourd'hui la certitude, loin s'en faut, qu'elle soit capable de porter un si grand projet. Par ailleurs, je n'ai rien contre la démocratie participative dont j'apprécie les effets à un niveau local, mais elle n'est à mon avis, et en aucun cas, l'alpha et l'omega d'une politique nationale (un seul exemple, mais je pourrais en citer des dizaines : on aurait l'air malin si on consultait tous les échelons de la société avant de décider d'envoyer ou non des forces pour pacifier le Liban).

Encore une fois, je veux bien me tromper. J'entends tout aussi bien ceux qui critiquent mon favori (DSK, mais chut...), mais à tout prendre, et convaincu qu'aucun prophète, aucun mage n'est aujourd'hui en mesure de désigner le vainqueur de l'élection 2007, je voterai en novembre pour celui qui fera le meilleur président.