Pas de fleurs pour Algernon
Par Ari, vendredi 8 septembre 2006 à 17:52 | Mes lectures | #171 | rss
Je vous parlais récemment d'un livre dont j'avais fait l'acquisition (Des fleurs pour Algernon), et qu'il me tardait de lire tant j'en avais entendu parler depuis des lustres. Il y a comme ça des livres dont on retarde, consciemment ou non, la lecture en se disant au choix : 1/ hum, je ne suis pas convaincu, j'attends d'être influencé par d'autres zélateurs transportés avant de me décider ; 2/ Rhaaa, je suis tellement convaincu que je ne peux décemment le lire maintenant. Que trouverai-je d'aussi beau à lire/faire (lire, c'est faire un peu) ensuite qui puisse rassasier ma soif d'émotions brutes et universelles ? Et puis repousser à plus tard une promesse de béatitude, c'est aussi une manière épatante de défier la mort.
Bon, je l'ai lu, et je suis au regret de vous faire part de l'appréciation suivante : de la première à la dernière ligne, c'est une purge effroyable.
L'idée de départ est pourtant franchement convaincante : Charlie Gordon est un débile léger (75 de QI) d'une trentaine d'années qui rêve de devenir "un télijent" (les vingt premières pages sont truffées de fautes d'orthographe de ce type au cas où on n'aurait pas compris que le monsieur avait un peu de mal). Coup de bol, deux scientifiques assoiffés de reconnaissance ont trouvé la solution miracle pour faire de notre Charlie un génie nobélisable. D'abord testée avec réussite sur une souris (Algernon), l'expérience est ensuite reconduite sur Charlie avec le même succès. En moins de soixante pages, l'idiot du village parle désormais une trentaine de langues couramment, révolutionne le corpus théorique de la sémiotique et de la linguistique, en remontre à tout un tas de savants hystériques pour finir par trouver lui-même l'équation géniale qui démontre que, trente pages plus tard, il va redevenir débile. Entre temps, Charlie se sera rendu compte que l'intelligence n'est pas tout, que les rapports humains, c'est aussi vachement important et que, de ce point de vue-là, il était plus épanoui quand il était imbécile.
La progression dramatique est inexistante, c'est épouvantablement écrit et au delà de quinze balais, c'est quasiment injouable de se lamenter sur le sort du héros. A la limite, je me suis fait beaucoup plus de soucis pour cette pauvre souris qui a connu, avant Charlie, la même déchéance tragique. Sans compter qu'Algernon finit par elle-même crever, et que nautre povre Charlie se dirije tou droua verre une maure sertaine si je compran la logik de loteur. Mazette, ce livre est triste, n'est-il pas ?
Non ce livre n'est pas triste. Il est juste très, très chiant. C'est de la science-fiction peu élaborée, poussive, écrite à la va-vite, manquant de souffle, et on se prend simplement à rêver de ce qu'un Philip K. Dick aurait édifié comme chef-d'oeuvre sur le socle de ce canevas.
Pourquoi tant de gens parfaitement respectables ont aimé ce bouquin ? Cela restera un mystère à jamais...
Commentaires
1. Le samedi 9 septembre 2006 à 10:08, par Docthib
2. Le jeudi 19 octobre 2006 à 11:35, par Capucine
3. Le jeudi 19 octobre 2006 à 12:01, par Ari
4. Le mercredi 17 octobre 2007 à 22:01, par Bob
5. Le mercredi 9 janvier 2008 à 20:12, par Karen
6. Le samedi 9 février 2008 à 15:09, par Lio
7. Le mercredi 27 février 2008 à 09:46, par Nomis
8. Le jeudi 20 novembre 2008 à 16:40, par dali
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