Egoblog

vendredi 28 avril 2006

Smoking ? No Smoking ?

Z'êtes pas mal à venir me chercher à propos des deux ou trois cigarettes grillées (trois ou quatre, plus sûrement) dans les commentaires qui font suite au dernier billet.

Vous n'êtes pas les seuls. Ma chérie a failli me quitter, ma mère me renier, et ma soeur, qui est la plus compréhensive de toutes les femmes de ma vie, refuse de m'approvisionner.

Bon, je refume quelques cigarettes par jour depuis quelques mois. C'est idiot, mais c'est comme ça. J'ai évidemment eu le droit au discours que j'étais le premier à cautionner : quand on failli crever d'une leucémie, on ne prend plus le risque de mourir prématurément d'autre chose.

Je sentais confusément que cette démonstration était bancale, pour ne pas dire boiteuse. Mais je m'y accrochais parce que je trouvais cela chouette de ne plus fumer. Et puis, on guérit d'une maladie grave, on sait mieux que personne que l'on va finir par crever, mais il y a un passage étroit, interdit aux piétons normalement constitués, que vous n'hésitez pourtant pas à emprunter : celui qui vous murmure à l'oreille qu'il y a un fond d'invincibilité en vous. Que ce ne sont pas quelques clopes négligemment grillées qui vont vous mettre en danger.

Je ne suis pas très fier, mais j'ai besoin de fumer ces temps-ci. Je ne le fais ni à la maison, ni devant ma fille, ni devant ma chérie. Ce qui limite les occasions, notamment les week-ends.

Pourquoi j'ai repris ? Parce que je suis con.

Mais encore ? Parce que je trouvais ma vie très insatisfaisante, que j'éprouvais sans doute un besoin inconscient de me mettre en danger. Parce que mes meilleurs potes fument. Parce que les hygiénistes de tout poil sont souvent trop sérieux, que les bad boys sont plus amusants, plus sensibles, plus écartelés (peut-on être un bad boy sans fumer ? Oui, bien sûr. Alors, tu dis n'importe quoi ? Oui, sans doute). Et un p'tit pétard, de temps en temps, quand même...

Et puis parce que fumer, c'est toujours vachement bon pour n'importe quel ancien fumeur qui se repecte.

Sans compter que fumer à nouveau, c'est une occasion supplémentaire qui me sera donnée d'arrêter.


PS : Noon, c'est toi qui a raison, je t'encourage à perséverer.

mardi 18 avril 2006

La mort ? Même pas peur !

Très jolie note de Vinvin, que je vous laisse découvrir.

Vinvin a peur de mourir. Je crois même que ça l'angoisse un peu. Je me demande même si son angoisse de la mort n'a pas tendance à l'angoisser plus que de raison. La mort tue ; je subodore que c'est ce qui emmerde le plus Vinvin dans sa quête d'éternité. La mort a cela d'ennuyeux qu'elle ne vous lâche pas d'une semelle dès que vous avez compris que vous aussi (oui, vous aussi !), vous allez y passer.

Alors, on passe la moitié de sa vie et plus à fuir cette apocalypse programmée en s'adonnant à foultitude d'activités plus ou moins absorbantes, plus ou moins intéressantes, plus ou moins stimulantes. Avant la leucémie, j'y pensais souvent, mais je n'y croyais pas vraiment. Je faisais partie des innocents qui n'avaient pas bien réalisé : au pire, la Faucheuse s'apparentait à une abstraction écervelée. Rien de bien dangereux vu sous cet angle. Cette sotte de maladie ne m'a pas tué, mais a subtilement distillé son venin en m'habituant à l'idée que j'allais passer de vie à trépas. Que cela soit demain, dans un mois, un an, trente ans ou plus, l'ordre stupéfiant des choses ne changerait rien à l'affaire.

Je vais mourir. Moi qui déteste les certitudes et tous ceux qui croient en détenir plus d'une, je suis obligé de baisser pavillon et admettre pour de bon ce funeste destin. Aussi, je me prépare avec ce qu'il faut de sérieux à cette issue fatale : un temps, j'ai pensé envoyer un CV à la mort ; j'avais un dossier béton (chimiothérapies, radiothérapie, greffe de moelle osseuse, maladie de Crohn... etc). Mais la peur d'être recruté trop vite m'a fait reculer. Puis, j'ai trouvée meilleure idée : puisque ce duel déloyal allait forcément précipiter ma perte, j'ai réfléchi à ce que je pourrais faire du restant de mes jours. Autant vous dire que cela m'a plongé dans des abîmes de perplexité et même, l'avouerais-je, d'agitation. Et moi, faut pas trop m'agiter. Ca me crispe.

Et allège immédiatement mon portefeuille de quelques centaines d'euros en séances de psychanalyse indolores mais inopérantes.

J'ai trouvé mon salut (provisoire, comme tous les saluts) en regardant un débat fort enrichissant sur La Chaine Parlementaire. Après quoi, j'ai mangé une demi pomme et quelques dattes à peine flétries. Puis fait la vaisselle pendant une heure et demi. Je me suis terminé en récurant les WC, sur la cuvette desquels j'ai lu le dernier hors-série des Echos.

A l'issue ce régime sévère, j'avais fini par trouver quelques vertus à l'inéluctable.

mardi 11 avril 2006

Le blanc et le noir où comment expliquer que je n'aime pas les centristes !

Attention, je préviens en amont, ce billet me tient à coeur. J'en connais à peu près l'idée première, mais je ne sais pas encore bien ce qu'il va devenir tant il est vrai que je m'écarte régulièrement des chemins malhabilement tracés par un cerveau paresseux et refusant tout ce qui s'apparente de près ou de loin à ce que d'aucuns nomment avec une condescendance un peu feinte de la suite dans les idées.

Ce billet, je le rumine depuis quelques semaines, retardant sa parution avec une régularité semblable à celle des coureurs de fond. C'est que j'éprouve toujours d'insondables difficultés dès que j'ai la prétention de réfléchir. Le léger, la fanfreluche scribouillarde, la captation plus ou moins badine de l'air du temps, je sais à peu près faire. Mais les neurones en actions, bandées vers un seul objectif (qu'on résumera en quelques termes : donner du sens, expliquer, raisonner), provoquent chez moi une sensation immédiate d'inconfort. Comme si cela n'était pas pour moi.

Bon, tu racontes ton machin au lieu de nous la jouer flagellation par anticipation ?!?

Ok, j'y vais. Je suis pas loin d'être prêt à me lancer. Je crois même que je ne vais pas tarder, que c'est pour très bientôt. Là, maintenant, tout de suite.

Alors voilà. De la même manière que Nick Hornby a la manie d'établir des classements pour tout et n'importe quoi (si vous ignorez de quoi je parle, vous pouvez lire ce très bon livre), je passe ma vie à diviser le monde en deux catégories et à y trouver une justification, parfois nébuleuse, mais néanmoins systématique. Ca a commencé dès la petite enfance : mon père m'a nourri à ce sein-là en m'expliquant très tôt que dans la vie, il y avait les collaborateurs et les résistants. Qu'entre le gris clair et le gris foncé chers à ce pense-mou relativiste de la chanson française, il n'y avait pas à choisir son camp, camarade, parce que le monde était soit noir, soit blanc. Longtemps, j'ai résisté, me posant en homme d'équilibre, cherchant des points de convergence entre des positions antagonistes, arborant même fièrement le drapeau des nuances, présumées seules capables de vous orienter sur le chemin accidenté de la vie. Et puis non, il n'y a rien à faire, la nature (la mienne) reprend ses droits, et je me dis qu'il est impossible de ne pas trancher : qu'un homme (une femme, aussi), oui, ça se juge en fonction de ce qu'il aurait fait. Même si l'ennuyeux est qu'il est par définition impossible de savoir très exactement ce qu'il aurait fait.

Mon géniteur favori a probablement été conditionné par son rang d'enfant ainé de rescapés (qui plus est, miraculés). Et si je sais combien il est difficile de se faire une idée précise du courage des uns, de la lâcheté des autres (surtout en des périodes aussi troublées), je ne peux cacher que j'aime la simplicité éclatante de cette distinction. Quand moi-même, je suis à l'orée de prendre une décision difficile, quand je dois trancher dans le vif, c'est encore à cette aune que je fais mon examen de conscience : résistant ou collabo ? Et si j'éprouve la sensation, même fugace, que je suis susceptible de basculer dans le camp crapuleux, je me maudis jusqu'à la volte-face rédemptrice. Cette démonstration mériterait quelques nuances : il est en effet certaines causes qui ne méritent pas qu'on se mette en danger, et pour lesquels quelques grammes de pusillanimité sauraient être tolérés. Mais cette note a décidé de ne pas faire dans la nuance, et la pusillanimité est une belle salope.

J'ai inauguré mes névroses catégorielles avec la plus évidente des distinctions. Mais pour centaines d'autres sujets, des plus futiles aux plus... superficiels, j'ai ce réflexe de la démarcation. Il y a ainsi les gens qui fument et ceux qui ne fument pas, et j'ai toujours trouvé les premiers beaucoup plus cools et ouverts d'esprit. Je dois avoir une petite faiblesse pour ceux qui, même connement, se mettent en danger. Il y a les croyants et les athées, autant vous dire que les agnostiques m'emmerdent qui choisissent de ne pas choisir, par crainte de faire le mauvais choix. Il y a aussi les professionnels de la to-do-list qui fixent trois rangs de priorité (importance faible, importance relative, importance haute) aux différentes tâches qu'ils ont à effectuer. Alors qu'il va de soi que les choses sont soit importantes, soit insignifiantes. Il y a l'amour et puis la haine ; comment accepter l'indifférence et le mépris, ces insultes à la part d'humanité (même infime) qui est en chacun de nous ?

Et puis, il y a ceux qui divisent le monde en deux catégories, et les autres. Je vous laisse deviner dans quelle catégorie j'ai la prétention de me placer.

lundi 10 avril 2006

La démarche assurée du marcheur curieux

Je développe depuis une quinzaine d'années une espèce de manie compulsive qui ne cessera jamais de l'être tant elle m'amuse et ne présente aucun caractère de gravité. Je vous explique.

Je marche souvent seul (ouais, dans les rues qui se donnent). J'aime ça. Ca me calme aussi sûrement qu'une bonne cigarette. Je laisse mes pensées vagabonder sans destination précise, et je finis toujours par m'arrêter dans une librairie, devant la devanture d'une boutique de lingerie d'épicerie fine ou derrière les rideaux d'un sex-shop que la morale, ma mère et la décence m'interdisent hélas de franchir. Je marche, et je perds de vue la dure loi du monde, les magasins qui ferment le lundi (et même quelquefois, le dimanche. On ne peut plus faire confiance à personne, ma bonne dame), et il m'arrive même l'espace de quelques instants d'oublier qu'à la fin de l'aventure, il n'y aura aucun survivant.

Je marche, donc. Sans témoin ni personne. Que mes pas qui résonnent.

Sauf que...

Il m'arrive parfois (allez, souvent) bien malencontreusement de croiser d'autres marcheurs déboulant en sens inverse, et bavardant à qui mieux-mieux sans se douter un seul instant que je pourrais capter quelque écho de leur conversation. Et ça, j'adore. J'adore tellement que je suis capable de rebrousser chemin quelques secondes pour entendre la fin de la phrase que j'ai failli louper. Mais le plus souvent, je me contente de ces quelques mots volés aux flâneurs de passage : "... Un homme fort comme Sébastien, c'est sûr qu'il est tout collé contre...". Je l'aime bien celle-là, dans la bouche de deux sexagénaires femelles qui semblaient s'extasier devant la corpulence dudit Sébastien.

Quelquefois, il n'est pas nécessaire de faire appel à son imagination débridée pour comprendre de quoi il ressort. Ca, c'est quand la chance est avec vous. Quand les trois secondes (une seconde avant le croisement, une pendant, une autre après) qui vous offrent le plaisir volatile de rentrer dans une intimité se suffisent à elles-mêmes. La plus admirable, celle dont je me souviens le mieux, c'est cette sentence sans appel lâchée par une jeune femme belle à mourir à l'adresse de son homme qui lui tenait le bras : "Je te préviens, si tu votes à droite, je te quitte".

J'étais tombé raide amoureux. Un uppercut de la gencive qui m'avais laissé K.-O. pour le compte. Si je l'avais recroisée après les élections, je crois bien qu'elle serait devenue ma femme.

mercredi 29 mars 2006

A quoi sert un blog (bis) ?

Je (me) posais la question, et ne trouvais plus aucune réponse satisfaisante.

Moins envie de "donner" à mes lecteurs, plus envie d'être esclave consentant de vos passages, accidentels ou non. Pas d'inclinaison masochiste à défaire ce que j'ai construit, encore moins à mettre en danger ma tribu et les gens que j'aime.

J'aurais pu recréer un blog ex nihilo et me délecter des joies nouvelles de l'anonymat. Pour en finir avec la pluie et le beau temps, et me consacrer à des thèmes plus essentiels. Mais j'ai trop besoin d'amour pour apprécier les vertus de l'anonymat. Cuné et Ada, deux amies fort estimables connues sur un forum, désormais moribond, consacré à un chanteur de télé-réalité (sic) dont je suis l'administrateur (re-sic), m'ont suggéré d'écrire. Pour de vrai.

Je prends cela comme un compliment sincère. Mais cela me renvoit à ma flemme, mes insuffisances, mon manque de confiance. Mes inconstances.

Et puis, à me relire, à consulter en vrac les notes écrites depuis quelques mois, je me suis surpris quelquefois à sourire, à redécouvrir des pans de moi-même que j'avais presque oubliés. Et j'ai pensé que les blogs, au delà de la satisfaction primaire d'un ego ballonné, étaient une extension de la mémoire. Un pansement sur les blessures de l'oubli. On parle beaucoup du phénomène des blogs en leur prêtant des vertus quasi divines à l'aune de la sociologie, des études de marché ou autres prédications formulées par d'improbables marchands du temple, on parle moins de ce qu'ils seront dans vingt, trente ans quand leurs auteurs auront tenu sur la durée. Une anthologie. Autolâtre sûrement, mais une anthologie quand même. Un musée de soi-même, que n'importe qui pourra visiter. Des ressorts intimes au sein desquels ma fille, ses frangins et frangines à venir, pourront folâtrer.

L'idée m'a plu.

jeudi 16 mars 2006

Vivant

Mais pas très inspiré.

J'ai failli écrire un tas de billets plus par obligation que par réelle appétence. Mais je ne suis pas "addicted" au point de commettre des notes pour le seul fait de remplir.

J'aurais plein de choses à écrire, pourtant. Mais ces temps-ci, je n'ai pas très envie de raconter ma vie. Puis je me sens coincé par le ton intimiste/personnel que j'ai initialement donné à ce blog. Pas follement envie d'en sortir, mais pas non plus le courage d'aborder les vrais sujets : la mort, le sexe, l'envie, l'amour qui dure un jour, toujours.

Alors donner le change ? Narrer les anecdotes savoureuses et/ou navrantes qui parsèment mon quotidien et ne manqueront pas d'arracher un sourire (on me dit dans l'oreillette qu'il ne s'agissait en fait que d'un rictus compulsif) à mes quelques lecteurs. Bof, ça m'ennuit aussi. Pas assez d'ego malgré le titre de ce blog. Enfin, pas assez. Un ego normalement surdimensionné, quoi.

Peut-être ai-je au bout de six mois à peine atteint les limites de cette forme d'expression. Et puis, si je continue, je vais finir par me prendre au sérieux. Pas envie.

"A quoi sert un blog ?" demande Christophe Ginisty avec une certaine candeur.

Je trouve mon commentaire assez classieux.

A bientôt, ou pas.

PS : puisque je ne suis pas certain de revenir, il était important que je comingue-out. Alors voilà, j'adore "La Nouvelle Star". Sur M6, le mercredi soir. Ouais.

jeudi 9 mars 2006

Journée de la flemme

Romane a mis nos nerfs à rude épreuve en recommençant son cinéma de la nuit dernière. Un coup, c'était un cauchemard. Trois heures après, une petite faim nocturne.

Heureusement, les femmes, en tous cas la mienne, ont repris goût au travail et aux tâches ménagères. Leurs époux sexistes et ou volages ont eu droit à un repos bien mérité. Le repos du guerrier.

Je sais, j'irai en enfer.

jeudi 16 février 2006

Commentateur... sportif !

En regardant ce midi l'épreuve de biathlon féminin (1/ Fallait-il qu'il s'ennuie ! 2/ Il nous avait caché qu'il adorait le biathlon féminin 3/ Sa télé est en panne, obstinément allumée, et il vit dans un studio minuscule si bien qu'il est obligé de la regarder) des JO de Turin, je me suis fait la réflexion que la maturité, c'était probablement savoir chaque jour un peu plus ce qu'on ne voulait pas faire, ce à quoi on n'était pas ou plus prêt sauf à voir son âme furieusement comprimée jusqu'à étouffement du cervelet.

BaverelAdoncques, quand j'étais ado, je voulais être commentateur sportif. J'adorais regarder le foot, le rugby, le tennis et un tas d'autres sports moins télégéniques, j'avais amassé une foultitude d'informations diverses et inutiles sur des gymnastes ukrainiennes ou des lugeurs allemands, et je pensais avoir la fougue nécessaire pour communiquer un enthousiasme que rien ni personne ne sauraient démentir. Mais j'étais probablement plus doué pour écrire, j'avais un ego normalement dimensionné, et plus exactement, je n'ai jamais eu la moindre opportunité de raconter en direct (ou même en léger différé) la vie et l'oeuvre des dieux du stade et des reines des pistes. Ce midi donc, en reluquant benoitement les exploits de Florence Baverel (championne olympique, s'il vous plait), j'ai réalisé à quel point j'avais failli rater ma vie. P'tin, il neigeait dru, il faisait dans les moins cinq à tout casser, et les mecs avaient d'énormes doudounes ridicules floquées du logo France 2-France 3. Ils commentaient manifestement un sport qu'ils ne connaissaient pas. L'indigence de leurs bavardages le disputait à l'intensité de leur chauvinisme. C'était cocardier, démagogue, inepte. Et j'avais voulu faire ce métier ! Pfiouuuuuuu.

Vous imaginez le p'tit gars de France 2, le soir, rentrant dans sa chambre d'hôtel Mercure ou équivalent, les lèvres gercées par le froid. Sa femme est loin. Ses enfants s'en foutent. Et lui, il est obligé de préparer l'épreuve de demain : le patinage de vitesse par équipes, où les Tricolores si chers à son coeur n'ont aucune chance de briller. Il s'ennuie. Ca fait dix ans qu'il fait le même métier, et il est payé quinze à vingt fois moins cher que ces sportifs qu'il a longtemps adulés, mais qui ne le font même plus rêver. Il mate en loucedé un film porno qu'il commande en extra après trois coups de télécommande bien ajustés (il est le champion olympique de vitesse de commande de films pornos). Il s'endort sur ses fiches, il a du mal à retenir le nom de ce patineur slovène, grand favori de l'épreuve de demain. Mais demain est un autre jour. Et là, il vient de saisir Morphée par le collet. C'est le meilleur moment des Jeux.

Ben voilà, je ne serai jamais commentateur sportif. Plus tard, quand j'aurai encore grandi (chez nous, on ne vieillit jamais, on se contente de grandir), je ferai des tas de choses chouettes qui occuperont intelligemment mes journées. J'aurai des trucs marrants à raconter à ma femme même si on n'est pas mariés. Et le soir, après avoir couché les enfants, on fera l'amour sans penser un instant à ce commentateur lambda qui se turlute dans la pénombre de sa chambre d'hôtel Mercure. Ou équivalent.

D'ailleurs, c'est promis, j'arrête de regarder le biathlon féminin.

PS : le journal Netizen est presque bouclé. Comme je l'avais écrit dans un précédent billet, j'y ai écrit un article que vous pourrez découvrir, si le coeur vous en dit, dans le numéro 2 qui sort à la fin du mois.

lundi 16 janvier 2006

Billet en construction ou la décortication d'une angoisse primitive

Je reviendrai sur ce billet, mais permettez-moi d'en ébaucher dès maintenant les grandes lignes.

Il a(ura) trait au commentaire laissé par Dada, sur la note précédente. Elle y grattait quelques lignes peu amènes sur les dangers de la neuneuisation. Cela jurait avec le reste des commentaires, et cela m'a interpellé à plusieurs égards :

  • J'aimais bien mon billet, mais j'aime Dada largement autant. Et même beaucoup plus, convenons-en.
  • Comme tout un chacun, je suis sensible à la critique. Et comme presque tout le monde, j'ai tendance à ne voir que les critiques, fussent-elles noyées dans un océan d'éloges.
  • J'ai décidé il y a une bonne quinzaine d'années que jamais ô grand jamais je ne me justifierai. C'est quelque chose que je voudrais vous expliquer.

En deux mots, je compte bien revenir sur ce billet pour expliquer pourquoi je ne me justifierai pas. Ce qui, cela ne m'a pas échappé, constituera une justification en bonne et due forme.

A tout à l'heure, donc.


Mise à jour : ou l'angoisse primitive se précise

Alors voilà, c'est l'histoire d'un chromosomé XY, mais ça pourrait être l'histoire de n'importe quel mammifère.

Quand j'étais môme, j'étais terrassé par le moindre reproche, anéanti par la moindre critique. Je caressais sans le savoir l'idée incongrue que ma destinée n'avait de sens que dans la reconnaissance générale (à l'exclusion de toute remise en cause) de mes qualités, voire de mon existence. Je concevais la possibilité que j'avais ici et là quelques défauts bien partagés, mais je ne souffrais qu'on les mette à jour, a fortiori qu'on les stigmatise. J'étais caricatural : un écorché vif sur pattes prêt à bondir à la moindre récrimination. C'est que je me sentais acculé, nié dans mon être au premier grief. Que celui qui n'a jamais été vexé me jette la première pierre.

J'évoluais bon an mal an, très sérieusement handicapé par cette susceptibilité envahissante. Il ne fallait pas simplement m'aimer ; il fallait m'aimer complètement, entièrement. J'étais lourd, j'étais chiant. Mon amitié devenait rapidement effrayante pour les récipiendaires de mes débordements affectifs et hypersensibles. Si bien qu'un beau matin, alors que rien n'annonçait pareil changement, j'ai décidé que plus rien ne serait comme avant. J'avais dans les 17 ans, et j'en avais marre de mettre ma santé mentale en péril. Mon esprit critique était largement développé, et j'ai alors compris/décrété que les gens - notamment mes intimes - qui partaient à l'assaut de ma citadelle chatouilleuse et un tantinet paranoïaque avaient raison, du moins avaient leurs raisons. Que ces raisons-là n'étaient pas contestables, et que, partant, rien ne servait de les contester.

De ce jour, et sans qu'il m'en coûte, j'ai cessé de me justifier, cessé de prétendre à la perfection. Cessé de croire que le monde entier était un consensus voué à valider mon aura charismatique et la pureté absolu de mon être intime.

Il s'est avéré que je m'en suis porté nettement mieux. Que les gens autour de moi, sans nécessairement le remarquer, ont salué à leur manière ce changement à 360 degrés. Que j'aimais mieux les gens que j'aimais déjà, et que ces derniers ne m'aimaient pas moins, loin de là. J'ai appris à aimer mes failles, et même à les cultiver. J'ai compris que les failles, il n'y avait que ça de vraiment chouette dans l'humain. J'ai compris une autre chose essentielle : quelqu'un qui n'est pas d'accord avec vous, qu'il le manifeste avec tact ou non, avec force arguments ou sans justification, celui-là a toujours une raison de ne pas être d'accord. Que les critiques, qu'elles viennent de Mamie Dada ou d'ailleurs ne sont pas nécessairement constructives (il n'y a pas matière à s'améliorer à chaque fois qu'on vous remet en cause !) mais qu'elles sont. Ontologiquement.

Ce que je dois à la vérité, c'est qu'on ne change jamais vraiment. Et qu'un reproche qui m'est adressé est toujours une souffrance. Mais voilà, j'ai appris à vivre avec cette souffrance, à ne pas en avoir peur.

Je ne sais pas pourquoi, aujourd'hui, j'ai eu envie de vous parler de cela.


PS : "Mon papa est vraiment trop sérieux, là. Je préfère quand il joue avec moi à "Caché-Coucou" et quand il dissimule mon doudou sous le lit. Là, au moins, on se marre."

jeudi 5 janvier 2006

Vovadic et Gonozum sont dans un bateau

Depuis une quinzaine de jours, je suis poursuivi par un bataillon d'assaillants qui ont décidé de pourrir sans merci ce billet de leurs commentaires abscons. Quoiqu'il m'en coûte, je ne céderai pas à leurs assiduités. On ne me la fait pas à moi, je ne suis pas né du dernier tsunami !

Ces bretteurs de l'impossible s'appellent Vovadic, Gonozum, Musamom ou encore Shizokum. Ils s'expriment en des termes cabalistiques pour promouvoir une foultitude de produits dont je me passe fort bien depuis que ma digne génitrice m'a donné le jour, un joli vendredi de juin, dans une clinique baignée par le soleil éclatant qui dardait, ce jour-là, ses rayons sur la bourgade grise de Fontenay-sous-Bois.

Ce que je ne m'explique pas, c'est la monomanie de ces spammeurs sans vergogne. Pourquoi se concentrent-ils sur un seul billet ? Et Pourquoi celui-là ? Cette innocente note qui indique à mes dizaines de millions de lecteurs que mon blog prend quelques jours de vacances, afin de recharger ses accus et prendre quelques réserves d'égomanie.

Non, je ne me l'explique pas. Si quelqu'un a une idée, ou même le quart de l'embryon du commencement d'une idée, je suis preneur.


PS : en attendant fébrilement leur prochain passage, j'ai effacé les dits commentaires. Vous ne ratez rien, je vous le promets.

mardi 3 janvier 2006

Va, voeux, vie, veau, vu

Amis lecteurs, je vous souhaite en vrac :

  • Un très chouette 3 janvier
  • Un mois de février pas trop longuet
  • Un mois de mars (c'est si vite arrivé)

...

  • Des zygomatiques bien musclés pour le reste de l'année.


Ici, les jours me semblent remplis d'inexplicables promesses.

mercredi 7 décembre 2005

Fallait pas y aller !

Virginie nous a invité à bouffer.

Virginie est une amie de Hélène. Intelligente, douce et vraiment sympa. Mais j'ai comme une envie persistante de refuser céans sa proposition.

La dernière fois que j'ai mangé chez elle, c'était le 8 décembre 2004. Virginie avait cuisiné des tomates farcies extraordinairement immondes. Ma politesse étant exquise, et mon sens des convenances surentrainé par une éducation assez stricte, j'ai tout mangé. De la première à la dernière bouchée. Et sans grimacer.

Huit jours après, j'ai chopé une leucémie.

Je crois que nous allons rester zen (et accessoirement à la maison) sur ses invitations à bouffer.


PS : je ne suis guère d'humeur bloggeuse, ces temps-ci. Il se trouve que je vais nettement mieux. J'ai de nouveau envie de faire des trucs, même riquiqui et sans signification propre à déchainer les enthousiasmes les plus frileux. Je me sens mieux physiquement, aussi. De là à conclure que le blog est le bras armé de la dépression chronique, il n'y a qu'un pas que je me hasarderai à franchir si ces carnets devaient rester vierges encore quelque temps.

mercredi 30 novembre 2005

Devine qui vient dîner

Hélène m'annonce hier que son pote Fernando vient dîner vendredi soir avec sa femme, à la maison.

Passé le premier moment de consternation, je demande à LN ce qui lui a pris d'inviter son ancien collègue américain, végétarien et conservateur dans l'antre gaucho-bobo-carnivore-saucisses-frites. Elle me sort deux ou trois excuses bidon du type : "bah, au fond, je l'aimais bien ce type" ou "Rappelle-toi d'Erika, sa femme, elle est adorable" ou encore "Ca te fera retravailler ton anglais, ça fait une paie quand même".

Comme ce n'est décidément pas le genre de ma chérie, je lui demande, à la recherche d'une explication à ses fantaisies, si elle a déjà partagé la moindre intimité avec ce type. Je veux dire... Quand on invite un ancien collègue à la maison, un gars qui, en conscience, a voté George Bush en 2000 et en 2004, il faut avoir discuté avec lui de choses un minimum intimes, non ? Avoir échangé des choses assez fortes pour passer outre son statut, ses convictions politiques et son régime alimentaire. En guise de réponse, LN me foudroie d'un : "Ouais, l'année dernière, au séminaire juridique, on était en maillot de bain tous les deux, au bord de la piscine". Ah ok, tout est clair maintenant. A ce degré d'intimité (en maillot de bain au bord d'une piscine !), je décide de battre en retraite non sans asséner un dernier propos vengeur : "M'en fous, c'est pas moi qui ferais à bouffer !".

Le calme revient assez vite (je suis un faux nerveux), et je me console en pensant que sans LN, ma vie sociale serait aussi remplie que le soutien-gorge de Jane Birkin ; qu'avant un dîner à plus de deux, j'anticipe toujours le pire, et suis, au final, régulièrement surpris par la tournure que prennent les événements. Et puis oui, Erika, sa femme, est délicieuse. Elle parle un français impeccable, et elle est démocrate depuis sa première Barbie. D'ailleurs, je trouve ça assez stupéfiant qu'un couple tienne sur la durée quand les opinions politiques de l'un sont à rebours de celles de l'autre. Perso, je n'aurais jamais pu partager ma vie, mon lit et tout le reste avec une madeliniste fan de Hayek. Ni avec une crypto-libérale sarkozyste aux tendances sécuritaires. Tout cela me laisse songeur, et je me promets de leur demander sur quel socle commun, quelles valeurs essentielles repose leur couple.

Peut-être est-ce uniquement sexuel ?

lundi 28 novembre 2005

A blogstar is born

Oyez, oyez, amis lecteurs.

Vous êtes les témoins exaltés (on chuchote dans certains milieux que la lecture de ma prose produit des effets secondaires qui se rapprochent de l'exaltation ; il se dit même que certaines chromosomées XX se caressent en dévorant mon nombril) d'une consécration tardive mais ô combien méritée. La mienne.

Et oui, même Google le dit qui place déjà Egoblog en haut de l'affiche sur la recherche suivante. A-t-on rêvé pareille apothéose ? Imaginé semblable sanctification ?

Je crois bien que je peux mourir tranquille.

dimanche 27 novembre 2005

Dada ? Niet !

Je suis allé à l'expo Dada, aujourd'hui. Bravant là l'interdiction des médecins de me rendre dans un endroit où la concentration d'individus au mètre carré est très largement supérieure à ce que mon immunité encore faible est supposée supporter.

Mais il faut bien vivre, enfin. Avant de mourir, du moins.

Et puis, j'y suis allé avec LN et Romane, ce qui était quand même assez folklo. Pour sa première expo, Romane a été parfaite. A moitié dans la poussette, à moitié à bras, elle n'a pleuré que dix minutes, vomi qu'une fois et hurlé à la mort quand nous sommes entrés dans la salle consacrée à Kurt Schwitters. Elle a du goût, ma fille.

Pour le reste, on s'est quand même bien emmerdés. C'est toujours le risque quand on s'attend à être ébloui. J'avais une toute petite réserve en venant : est-ce que le côté assez calibré (j'allais dire ordonné) d'une expo allait être compatible avec la subversion, le nihilisme et le grand n'importe-quoi pré-surréaliste du mouvement dada. Eh bien, la réponse est négative. L'expo Dada, cela ne marche tout simplement pas. En ne faisant aucun choix (c'est à moitié structuré : une salle pour chaque personnage majeur du courant dada, pour chaque grand thème dada ; à moitié déstructuré aussi : toutes les "oeuvres" sur le même plan, brouillons pourris comme collages sublimes), les organisateurs prennent le risque de désorienter les profanes comme les connaisseurs. Alors bien sûr, il y a les tableaux LHOOQ et la pissotière de Duchamp, les aphorismes à tomber par terre de Tzara ("Souscrivez à Dada, le seul emprunt qui ne rapporte rien", "Dada est le bonheur à la coque"), les reliefs en bois peints de Jean Arp, mais au final on reste surtout ébahi par la vue sublime à 180 degrés sur Paris, une fois arrivé rincé dans la dernière salle.

C'est l'avantage avec Beaubourg : même quand l'expo est à chier, il y a le panorama pour ratrapper.


PS : Si vous êtes allés à l'expo, je serais curieux d'avoir votre avis.