Egoblog

mercredi 23 novembre 2005

Révélation messianique

Le titre va plaire à Falenn, c'est sûr.

messieOn était en train de bouquiner avec ma soeur, assis sur le canapé du salon. A moi les Possédés, à elle Version Fémina ou Elle, je ne sais plus. Mais je vous interdis de dire du mal de ma soeur. Moi-même, il m'arrive de lire un ramassis de conneries (j'envisage d'acheter Choc un de ces jours prochains).

On lisait donc, on fait souvent ça, ma soeur et moi. On parle peu, on s'aime fort. Il vaut mieux ça que l'inverse.

Romane dormait, le reste du monde travaillait (ma soeur avait pris un jour de congé pour voir son frangin. Je ne voudrais pas que l'on croit que toute la famille passe son temps à glander). Et nous, on lisait. Ouais, ça fait trois fois que je le dis.

Et puis ma soeur a dit :

- On a quand même un gros avantage sur la religion catholique, c'est que nous, on attend encore le messie.
- Ah ?
- Ouais, Jésus est mort, ce con. Nous on espère encore.
- T'espères quelque chose, toi ?
- Ben, j'me disais... Si ça se trouve, c'est moi le messie.
- Tu déconnes, tu crois même pas en Dieu (grand jeu dans la fratrie : partir d'un postulat surréaliste et le tester à grand renfort d'objections hyper rationnelles) !
- Et alors, personne n'a écrit nulle part que le messie devait être un bigot qui respecte le sabbat.
- Hum...
- Ouais, donc plus j'y pense, plus je crois que je suis le messie.
- Et pourquoi toi, frangine ?
- Bah, il faut bien que cela soit quelqu'un. Alors pourquoi pas moi ?

P'tin, ça fait trente ans que le messie est ma soeur...

Ca me troue. Et ça va trouer le monde, c'est moi qui vous le dis.

lundi 21 novembre 2005

Mon balai à chiottes et moi

C'était au mois de février, son ventre était bien rond.

Non, c'était au mois d'octobre, et je ne connaissais même pas LN. Octobre 1999, plus exactement. J'emménageai à Lepic Street, et je me rappelle fort bien de l'humeur du moment : comme le temps, maussade. Mais alors maussade. J'étais plombé par une solitude écrasante, et la perspective de déménager me ruinait le moral dans des proportions qu'il est fort peu raisonnable d'envisager. D'ailleurs, ça devrait être interdit par la loi de déménager quand on est célibataire. Ca serait une loi de salubrité publique, nul ne serait censé l'ignorer, et seuls les couples (et plus si affinités) se verraient délivrés le précieux sésame, une étoile fluorescente verte (comme le feu de la même couleur) qui, accrochée ostentatoirement au cou, vaudrait passeport pour un changement de demeure.

J'étais tellement déprimé que je décidai de marquer mon emménagement d'un signe fort. Mon installation serait gravée dans le marbre rafraichissant du panache ou ne serait pas. Fier et résolu, j'entrai dans un magasin d'appareils sanitaires et accessoires ménagers, non loin de la Place de la Madeleine, et entrepris la vendeuse sur le ton de la complicité : "Bonjour Madame, je voudrais une balayette pour mes toilettes." Je précisai que je souhaitais acquérir un objet assez joli rapport au fait que je déménageais. La jeune femme, à peine étonnée par ma requête (c'était une vraie professionnelle), me présenta quelques modèles. C'était la première fois que je m'apprêtai à acheter pareil objet, et je sentis le poids de l'hésitation se faire jour. Tenaillé par le doute, en proie à une fébrilité de plus en plus envahissante, je m'en sortis par une saillie que j'ai appris à trouver remarquable avec le temps : "Je voudrais la plus chère s'il vous plait !".

Et c'est ainsi que je rentrai à la maison, ma fierté retrouvée, avec un balai à chiottes (en argent dixit l'accorte vendeuse ; je n'ai jamais vérifié) qui m'avait coûté la modique somme de 534 francs. Je n'avais pas encore de lit ni de canapé, les salles d'eau étaient en chantier, ma vie entière était un chantier. Mais j'avais un balai à chiottes de niveau mondial, acquis au prix fort. Parce que je le valais bien.

Quelques mois plus tard, je rencontrai Hélène, preuve qu'il n'y a pas de hasard dans la vie.

lundi 14 novembre 2005

Ce blog est en vacances

Les limites de l'égomanie, c'est qu'on est un peu dans la mouise quand on n'a pas envie de parler de soi.

Et comme j'ai décidé de prendre quelques jours de vacances de moi-même - trente quatre ans de cohabitation forcée, ça use -, je vous invite à ne pas vous éterniser en ces lieux. Avant nos probables retrouvailles (les qualifier d'hypothétiques serait outrancier, je reviendrai, c'est sûr. Je ne sais faire que ça : revenir), je vous propose mon programme pour les trente prochaines années : vivons heureux en attendant le bonheur.

samedi 12 novembre 2005

Calendrier des priorités

Avant de trouver une occupation digne de ce nom, il faudrait que je commence à me faire vraiment du souci.

A être pré-occupé, en quelque sorte.

PS : je ne suis pas pressé d'être post-occupé.

lundi 7 novembre 2005

K.O. technique

J'blogguerais bien, mais j'peux point.

Je compte les secondes libres sur les doigts d'une main salement amputée. J'ai passé trois journées entières à faire des tas de vraies choses. Même pas deux minutes pour se vautrer dans l'aboulie et le désoeuvrement.

Je reprends mes bonnes habitudes de blog(land)eur dès demain.

vendredi 4 novembre 2005

A nos âges canoniques

Un compagnon de blog, Bogomil pour ne pas le nommer, me faisait remarquer qu'à l'âge qui est le mien (34 ans), il était un peu exagéré d'indiquer que j'avais la trentaine dans les renseignements sommaires que je donne en haut à droite de cet écran.

S'ensuivit un débat (enfin, ça a bien duré cinquante secondes) sur les limites de la trentaine : Bogomil, qui est nettement plus âgé que moi, tenait pour acquis qu'au delà de 32 ans, il était mensonger de prétendre avoir une trentaine d'années. Perso, je mets la barre en dessous de 35 ans, ce qui ne m'empêchera pas, l'année prochaine, de rester figé dans mes bottes de trentenaire juvénil.

A 35 ans, j'aurai donc la trentaine. A 36, aussi. A 37, 38 et 39 ans sonnés, vous remarquerez que je serai plus proche de la trentaine que de la vingtaine. Au fond, c'est assez facile de rester jeune.

Vive la République, vive l'enfance.


PS : Demain, LN rentre, ce qui n'a strictement rien à voir avec le propos qui précède. Elle a passé une semaine calamiteuse à San Francisco. Ca lui apprendra à nous abandonner, tiens.

jeudi 3 novembre 2005

L'espérance de vie des morts

J'ai appris un truc horrible en lisant Libération, hier : même les morts n'ont pas le droit à la vie éternelle !

Il n'y a vraiment plus aucune raison de mourir, je préfère vous le dire entre quatre yeux et trois dizaines de touches de clavier. Dans mon incurable naïveté, j'étais persuadé qu'une concession perpétuelle (entre parenthèses, c'est beaucoup plus coûteux de mourir à Paris qu'ailleurs) vous garantissait une paix et un sommeil éternels, à l'ombre d'un chène centenaire. Queudalle ! Sauf pour les tombes célèbres (et encore faut-il s'entendre sur la signification d'un mort célèbre) qui sont condamnées à être classées et entretenues à perpétuité.

tombeMais si comme moi vous êtes un futur mort lambda, sachez que vous vivrez vos derniers jours (sic) dans un ossuaire quelconque, broyés et concassés sans autre forme de procès. Cela se passera à la fin de votre deuxième vie, celle qui aura vu votre tombe dûment fréquentée et fleurie à intervalles réguliers. Mais dès qu'il en sera autrement, quand les enfants des enfants de vos enfants ne vous réserveront plus qu'une ligne sur leur arbre généalogique, que votre sépulture partira en lambeaux, usagée et flétrie par les années qui filent, les salopes, sans jamais se retourner, eh bien ce sera la fin. La fin de votre mort, cent ans s'entend. Il faut à peu près s'entend cent ans en moyenne (dixit Libé ; perso, je pense que c'est beaucoup moins) pour qu'un mort soit totalement oublié, enfoui à jamais dans les anales de l'histoire.

Votre dernière demeure est un mensonge sur pattes, un boniment qu'on vous a raconté pour vous rassurer. Pour la peine, et rien que pour me venger, je ne mourrai jamais !

mercredi 2 novembre 2005

Bande à part

En 1977, dans la cour de récréation de l'école où je faisais mon CP, Boris est venu m'entreprendre et m'a dit sur un ton calme mais non dénué d'un certain enthousiasme : "Est-ce que tu veux faire partie de ma bande ?". Plus qu'un choc, cela a été un véritable séisme. Il faut dire que Boris était de loin le gamin le plus charismatique de la classe : frondeur et intelligent, extraverti mais pas lourd, franc sans être méchant, Boris était l'exemple du gamin bien dans ses basques. Malgré la jubilation intérieure que je ressentais, je gardais un certain quant-a-soi et lui demandais simplement : "Y a qui dans ta bande ?". Il me répondit sans forcer, toujours avec cette placidité que je trouvais épatante : "Pour l'instant, y a que moi. Mais si tu viens, on sera deux !".

Enorme, c'était énorme. J'acceptais évidemment sur le champ. Et je me souviens de notre parade de mâles heureux et intrépides qui, épaules contre épaules, hurlions à tue-tête : "Qui veut faire partie de notre bande ?". Les candidatures affluèrent, mais nous n'acceptames que Frédéric après des tests assez poussés dont je ne me rappelle plus la nature exacte. C'était la première bande de ma vie, la plus heureuse. Nous n'étions pas mus par un instinct grégaire, nous nous étions juste choisis.

Depuis, les années ont passé (28 précisément), et je me suis enfoncé dans un individualisme dont je cerne très exactement les limites. Mais c'est plus fort que moi : les castes m'emmerdent, les tribus et leurs coteries sont la lie de l'humanité. Je ne parle même pas des communautés (toutes les communautés, en général, les religieuses, en particulier) qui me feraient sourire si elles n'avaient pas vampirisé et sucé le sang de générations entières d'individus malléables et moutonniers. Je suis indiscutablement de gauche dès qu'il s'agit de réduire des inégalités, réparer des injustices, mais totalement réfractaire à l'ambiance kibboutz et à toute forme de clanisme.

Aujourd'hui (hier aussi ; ces temps-ci, quoi), cela me pèse un peu. Pour autant, je n'envisage pas de reconstituer une ligue dissoute. Du reste, je n'ai plus de nouvelles de Boris depuis plus de 25 ans. Et si l'union fait probablement la force, l'union d'olibrius qui pensent pareil ou aiment les mêmes choses, ça me hérisse vite le poil - que j'ai particulièrement dru et foisonnant depuis qu'il a repoussé. Du coup, j'ai bien envie de vous proposer le marché suivant : est-ce que vous voulez faire partie de ma bande, la bande de ceux qui ne font partie d'aucune bande ?

On ne ferait strictement rien à plus de trois (sauf cas exceptionnels qu'il conviendra d'envisager sans précipitation), on se réunirait à intervalles très irréguliers au mépris de la périodicité, on parlerait peu. Mais on échangerait beaucoup. Si vous avez d'autres idées d'activités individualistes auxquelles nous pourrions nous livrer en bande, je reste à votre écoute.

Mieux, je suis votre homme. Notre bande est appelée à un brillant avenir pour peu qu'elle se donne les moyens de ne rien faire ensemble !

PS : à ceux qui s'engouffreraient dans la brèche insidieuse de mon adhésion au PS, je répondrais qu'il s'agit là au mieux d'un accident de l'histoire (ladite adhésion date du 22 avril 2002), au pire d'une contradiction assez mal assumée (mais là où je suis vraiment trop fort, c'est que j'assume mes contradictions non assumées !).

samedi 29 octobre 2005

Des mots

Galvanisé. Picrocholine. Dégingandé. Virevoltant. Caravansérail.

Ce sont mes mots préférés.

vendredi 21 octobre 2005

Une nounou pas comme les autres

Nounou La nounou de ma fille est partie. Définitivement, je veux dire. Elle gardait Romane tous les jours de 08h00 à 14h30, ce qui permettait à mon humble altitude de se reposer dans ses quartiers, de bouquiner et de bloguer en paix. Puis je prenais le relais jusqu'au retour de la mater dolorosa. La môme commençant son adaptation à la crèche dès lundi prochain, elle a congédié sa nounou sans autre forme de procès (employeur inique à même pas dix mois !).

La nounou en question était plutôt sympathique. Un peu immature et frustre, mais sympathique. Elle imitait très bien le chien, ça faisait rire Romane (et ça effrayait son papa). Elle avait des manières un peu brusques, du genre à empoigner la petite comme on trimbale son sac à dos, mais ça faisait (encore) rire Romane. Elle lisait Ici Paris, France Dimanche, Voici et Closer pendant que la puce dormait ; si bien que je n'ai rien ignoré du courage de Charlotte Valandrey et des convulsions amoureuses du trio Marquay-Pernaud-Ducruet.

film Elle a failli oublier de me rendre les trois DVD qu'elle nous avait empruntés il y a quinze jours. Elle a failli seulement. Aujourd'hui, elle est arrivée toute pimpante, et s'est écriée (elle criait plus qu'elle ne parlait. Ah oui, ça faisait rire Romane !) : "Gé-Lé-Dé-Vé-Dé !". Quand elle avait demandé l'autorisation de les emprunter, j'avais été agréablement surpris par son choix : Un monde sans pitié, The Big Lebowski et L'inconnu du Nord Express. Bref, que du très bon, et je m'étais mis à regretter l'opinion un peu rapide que j'avais forgée à son sujet. Si ça se trouve, la jeune gourdasse qui gardait ma fille était une nana remarquable, et je n'avais pas su le voir.

Bref, c'est plein d'un empressement un peu ravi que je lui demandais si le programme lui avait plu. La réponse a dépassé mes plus folles attentes :

- Euh, le premier que j'ai vu, le Hitchcock, là. Quand j'ai vu que c'était du noir et blanc, j'ai arrêté au bout de cinq minutes.
- (Dépité) Ah. Vous n'aimez pas le noir et blanc ?
- Non je déteste.
- (Abattu) Et les deux autres ?
- Le Big Lebowski, j'ai un peu regardé. Mais les histoires du gros barbu très sale, ça m'a vite saoulé. Et du coup, je n'ai pas regardé le troisième.
- (Blème) Vous m'avez dit que vous étiez cinéphile, c'est quoi votre style ?
- Moi j'aime l'action, l'action, l'action. Et les thrillers psychologiques ! Ca j'adore.
- (Décomposé, mais ruminant sa revanche) Ah, alors c'est vraiment dommage que vous n'ayez pas vu "Un monde sans pitié". C'est un thriller psychologique avec plein d'action !
- Ah bon ?
- Ouais, c'est vraiment pas d'veine, hein...

mercredi 19 octobre 2005

Dialogue de sourds

Visite surprise de mes grand-parents, hier après-midi.

J'aime BEAUCOUP mes grands-parents. Avec des majuscules partout. L'expression est un peu galvaudée, mais ils m'ont prodigué beaucoup d'amour et autant d'affection. Ils sont la branche polonaise de la famille, celle qui a débarqué en France après six mois de marche ("La trêve" de Primo Levi est un plagiat éhonté autant que magnifique de leurs aventures) au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Mon grand-père a hérité il y a quelques années du surnom de Survivor : il a survécu aux aléas de la guerre et à une tripotée de cancers. Il est dépressif depuis toujours, mais également très joyeux et plein de malice. Ma grand-mère fait plutôt dans l'ambiance bulldozer : elle a 85 ans, marche plusieurs kilomètres par jour, va régulièrement à la piscine et a décidé de passer le restant de ses jours à lutter contre la vieillesse. Le seul fait de penser à son hyperactivité m'épuise... Pour seule augure de son crépuscule, une surdité carabinée qui donne une allure surréaliste à la plupart de nos conversations. Ma grand-mère ne s'en laisse pas conter, refuse de porter l'appareillage qu'elle s'est offert à grand frais et parle très doucement à tout un chacun histoire de démontrer que c'est bien la terre entière qui n'entend rien !

Hier après-midi, donc, mère grand a consenti à hausser un tantinet la voix, et commencé de m'entreprendre solennellement sur son sujet de prédilection :

- Ari chéri, Papi et moi, nous avons quelque chose de très important à te dire (à ce moment-là, mon grand-père s'enfonce dans le canapé, comme s'il redoutait d'entendre la suite. Manière de souligner le courage de sa femme qui a eu l'audace de se lancer !).
- Oui ? (Merde, elle va encore parler du mariage)
- Ari trésor (quelquefois, elle le dit en yiddish, ça donne quelque chose comme "néchoumaley" ou "oilleseuzisse"), j'ai une certaine expérience de la vie, et...
- Et ? (C'est sûr, elle veut parler du mariage)
- Et alors Ari, nous aimerions tellement que tu te maries...
- (Arghhh, je l'savais)
- ... avant que nous mourrions (ah les enfoirés, c'est une nouveauté dans le déroulement de leur argumentaire).
- Papi, Mamie, on en a parlé cent mille fois. Je n'ai pas envie de me marier.
- Pourquoi ?
- (Je pense à une pote qui m'arrachait plus qu'un sourire en affirmant qu'elle ne voyait pas ce que l'administration pouvait à voir avec ses histoires de cul. Mais bon, ils sont quand même âgés, et je les aime, hein).
- Alors pourquoi Ariniou ? Je suis sûre que Heleniou (rigolez pas, ils mettent des gnous partout) a très envie de se marier avec toi. De porter le même nom que toi et Roma(niou).
- (Est-ce que je leur dis tout ce que j'ai un jour écrit ici ?)
- Ari, tu ne réponds pas.
- Non, je n'ai pas envie de me marier.
- Même pour nous faire plaisir ?
(Je suis un ingrat, je suis un ingrat, je suis un ingrat. Pour toute reconnaissance de leur amour, je vais bientôt leur répondre) :
- Même !

LN revient du taf, et s'achève ainsi une discussion qui menaçait de s'enliser dans les grandes largeurs.

lundi 17 octobre 2005

Complainte du fainéant

Je promène mon ennui avec une obstination coupable. Cela m'assombrit un peu.

La maladie n'est plus une excuse : cela fait un mois et demi que j'ai retrouvé une condition physique acceptable. Je pourrais m'investir dans un ou plusieurs projets. Oui, je pourrais...

Le conditionnel est le bras armé de mon désoeuvrement, son meilleur ennemi. La procrastination est une pimbêche qui a revêtu ses plus beaux atours, et n'en finit pas de me séduire.

J'ai la sensation de me prendre une descente d'acide en pleine tronche. Je regarde mes amis, mes proches se hâter. Ceux qui ne sont pas mes amis, aussi. Tous y croient, mus par une improbable énergie, une envie un peu folle d'avancer. Comment font-ils ? Où trouvent-ils la foi ? Qu'est-ce qu'ils ont mis dans leur moteur ?

J'ai faim de la faim des autres.

jeudi 13 octobre 2005

Le jour du grand pardon

Aujourd'hui, c'est Yom Kippour, le jour du grand pardon.

C'est un jour important et extrêmement signifiant, dans la plus pure tradition juive : il s'agit, si vous suivez les préceptes, de rentrer dans un processus de mortification dont le but avoué est de vous changer moralement (ahem) après un examen de conscience personnel. Par où ai-je pêché cette année ? Que me reprochent les autres qui soit partiellement juste ? Pourquoi ai-je éjaculé de façon si précoce la semaine dernière et aussi celle d'avant ? Dieu me pardonnera-t-il ?

Personnellement, je ne suis les préceptes que de très loin. Je ne m'impose pas la technique de pénitence qui consiste à jeûner (un vrai jeûne, sans boire ni manger !), je n'obéis à quasiment aucune des interdictions multiples et variées qui font de cette journée un pensum protéiforme. Ne pas travailler (bon, à ce stade, ça va...), ne pas allumer la lumière ni son ordinateur, ne pas lire (sauf un livre de prières), ne pas voir la télé (même pas La Chaîne parlementaire !), ne pas porter (sauf ses vêtements), ne pas écrire, ne pas téléphoner, ne pas se connecter à Internet, ne pas... J'en oublie plus de 500 autres, c'est un véritable wagon de privations qu'il est impensable de retenir par le détail, encore moins d'appliquer sauf si on craint de précipiter les foudres vengeresses du Créateur.

Je ne crois que très moyennement en Dieu (même quand il fait grand beau au milieu du mois d'octobre), ce qui rend la chose tout de suite moins angoissante. Mais le folklore m'amuse, et je montre régulièrement le bout de mon nez à la synagogue en ce jour d'ascèse présumée et rarement consentie. Cela fait plaisir à mes parents et grand-parents, et c'est l'occasion de revoir des gens que je ne vois qu'une fois par an. A ce sujet, c'est une sensation étrange de voir les mêmes personnes, une seule fois, chaque année. Quand vous ne les voyez plus, c'est probablement qu'ils sont morts. Et quand vous les voyez, ils n'ont pas beaucoup changé. Entre deux séances de flagellation psychologique, chacun prend des nouvelles de l'autre, s'enquiert de sa santé, des naissances passées et à venir, de l'état de forme des aieux et des résultats scolaires du petit dernier. Il y a là une invariabilité pateline que je trouve aussi exquise que rassurante.

Quand j'étais gamin, mon père m'emmenait à la synagogue sur le coup de midi. Ensuite on allait déjeuner ; mais dans un très bon restaurant, ce qui rendait l'interdiction de manger presque caduque. Et puis on allait au cinéma voir Ben Hur ou Les 10 commandements, histoire de tricher avec classe, en toute sérénité. En symbiose avec l'Immensité, la pierre philosophale et le Grand Livre de la Vie.

L'année dernière, j'ai même emmené LN et Romane (alors dans le ventre de sa mère) à la synagogue. On s'est vraiment marrés même si on a passé peu de temps ensemble rapport à ce que les hommes et les femmes sont séparés à l'intérieur de l'enceinte sacrée. Cette année est une année différente des autres : à cause de cette idiote de leucémie, j'échappe à la corvée de synagogue, ce qui me plonge dans une abîme de mélancolie. Qui me lavera cette année de toutes les fautes commises en toute impunité ?

Et puis, cela m'aurait fait plaisir d'aller voir les petits vieux hyper scrupuleux et respectueux de la norme religieuse, et de leur dire que les Bleus s'étaient qualifiés pour la Coupe du monde de football 2006. Pour le plus grand malheur des juifs pratiquants amateurs de football, le jeûne et son cortège d'interdictions ont commencé hier soir à quelques minutes du coup d'envoi. Je n'ose imaginer qu'on puisse passer un kippour tout entier sans rien savoir de la performance de Zizou et de ses coéquipiers.

Que Dieu, dans son infinie mansuétude et son inexistence coupable, me pardonne pour de telles pensées.

vendredi 7 octobre 2005

Besoin d'amour ?

Beauf hébété ou génie avéré, on est tous très égaux devant la nécessité d'être aimés.

Ouais, c'est comme ça.

lundi 3 octobre 2005

Trois jours après...

Trois jours ont passé, et je n'ai pas bloggé. C'est avec une certaine stupéfaction, matinée d'irritation, que je découvre que le monde ne s'est pas arrêté. Alors quoi, je reste trois jours sans donner signe de vie, et il n'y a personne pour manifester le moindre soupçon d'inquiétude.

C'est qu'il aurait pu m'en arriver des choses en trois jours ! Il aurait pu, ouais...

Conditionnel mis à part, il ne m'est rien arrivé. J'avais juste envie de prendre (déjà...) des vacances de blog. J'ai honte de dire que j'ai un peu culpabilisé (comme si je devais quelque chose à mes neuf lecteurs - à plus ou moins deux près). Le blog est une vaste affaire, un tantinet addictive, qui vous lie bien plus que vous ne croyez. Ce n'est pas comme un forum (ah, les forums. Il faudra un jour que je parle de steeve-etcetera) où chacun vient plus ou moins régulièrement sans que cela ne suscite d'atermoiements particuliers. Le blog est par essence une activité solitaire, et si le carcan virtuel dont vous êtes le héros prend ses quartiers d'automne, il n'y a plus rien, ni plus personne.

Pendant mon congé de vous, j'ai pensé à tous les billets que je n'écrirai jamais. Soit parce qu'ils impliquent d'autres personnes que moi dans une intimité qu'ils n'ont pas forcément envie de dévoiler, soit parce que je n'ai tout simplement pas le courage d'être aussi transparent que je l'aurais souhaité. Je n'ai jamais été un aficionado des journaux intimes : écrire pour ne pas être lu me semble pour le moins extravagant. Mais il se noue des choses singulières dans ce rapport aux autres, probables ou potentiels lecteurs : les élans de sincérité brute sont-ils toujours condamnés par l'envie de bien faire ?

J'aimerais croire que non.