Egoblog

mardi 27 septembre 2005

Une bonne et une mauvaise nouvelle

La bonne nouvelle, c'est que je suis en pleine forme (montée bruyante de mes globules blancs et de mes plaquettes au cours des quinze derniers jours). Le professeur qui m'a examiné ce matin a commencé son compte-rendu en murmurant à l'oreille de son dictaphone : "Ari va très bien...".

La mauvaise, c'est que mon lave-vaisselle est mort. Paix à son âme.

PS : ce message est dans la catégorie Mon nombril parce que j'avais des liens étroits avec mon lave-vaisselle, que tous les deux, on se connaissait depuis six ans, qu'il était une excroissance magnifiée de mes mains paresseuses. Et je m'en vais tout droit bouffer à la terrasse d'un troquet parce que l'heure de la confrontation avec du liquide vaisselle n'a pas encore sonné. Merde.

lundi 26 septembre 2005

Le regard des autres

Ce matin, en me rasant, j'ai pensé non pas à me présenter aux élections présidentielles 2007 mais à la dépendance très humaine au regard de l'autre.

Je ne sais pas s'il y a eu des études sur le sujet, mais je suis certain que les cachalots, les loups ou les hamsters se foutent éperdument du regard de l'autre. Moi, ça fait des années que je me la raconte en prétendant à qui voudra bien l'entendre que je m'en suis affranchi, mais c'est une vaste connerie. La circonstance (presque) atténuante, c'est que j'y croyais sincèrement. Un peu. Que j'avais même fait de gros progrès : je pouvais faire ou dire des choses pour moi. Pas que pour moi, mais aussi pour moi.

Plus ça va (comprendre, plus je vieillis), plus j'ai l'impression que le regard qu'on peut porter sur moi a de l'importance. Que je n'aimerais pas donner une fausse (ou pire, une mauvaise) image de moi-même ; qu'il est important que je reste fidèle à l'image que j'ai de moi-même, mais que ce "moi-même" est notoirement influencé par le regard de l'autre. Ecrit comme ça, ça fait charabia un peu amphigourique, mais je crois bien que vous saisissez.

Du coup, je me demande jusqu'où on peut s'affranchir réellement du regard d'autrui, et dans quelle mesure ça vaut vraiment la peine ? Un homme qui agirait en fonction de ses seuls besoins, de ses seules envies, sans jamais aucune volonté d'en jeter, d'en montrer, de paraitre, d'être un peu ce qu'on attend qu'il soit... Cet homme-là ne serait-il pas refoulé aux frontières de l'humanité ?

A l'inverse, celui qui se dit libre, qui prétend agir sans influences, qui jouit d'une (relative) indépendance par rapport au jugement de ses contemporains, celui-là est-il vraiment sincère ? N'est-il déjà pas dans une posture qui tient de la prétention à être plutôt que de la réalité de ce que l'on est vraiment ? Qui est vraiment libre et quels sont les ressorts de cette liberté ?

Aujourd'hui, c'est lundi, et je m'en pose des questions, didon.

vendredi 23 septembre 2005

Qui n'en veut des kilos ?

Je suis allé sur un site Web qui promet de régler vos problèmes de poids en moins de deux (heures ? Années ? Siècles ?). J'ai tapé mon poids actuel, puis mon poids souhaité. J'ai laissé mouliner la machine pour obtenir le résultat suivant autant que saisissant : "Le régime Bidule n'est pas adapté aux personnes qui souhaitent prendre du poids."

Ce n'est pas la première fois que je suis victime d'un tel ostracisme. Les maigres n'ont pas voix au chapitre dans nos peuplades ventripotentes. J'ai beau m'insurger (plus le sujet est insignifiant, plus j'ai tendance à m'insurger), rien n'y fait. Rien n'a été conçu pour les filiformes de mon espèce.

Bande de feignasses, va !

jeudi 22 septembre 2005

Un blog, c'est de gauche ?

Adolescent, j'envisageais la vie de manière binaire, et moins si affinités.

Le mal, c'était très mal et les bons étaient très gentils. Les bons étaient de gauche, évidemment. Et tout ce qui était bon pour moi était de gauche, la réciproque n'étant pas nécessairement vraie. Avec mes camarades de beuverie et d'humour potache, nous pouvions passer des heures à identifier les comportements et attitudes spécifiques à l'axe du mal : porter la chemise dans le pantalon, c'était de droite, par exemple. Manger avec les mains, c'était à mort de gauche. Avec les pieds, c'était carrément post révolutionnaire, mais aucun d'entre nous n'a jamais essayé.

Cette grille de lecture valait ce qu'elle valait, mais elle avait le mérite de nous amuser autant que de nous rassembler. Aujourd'hui, le monde est devenu beaucoup plus compliqué. On peut être à droite de la gauche (Fabius avant sa crise de hoquet compulsive) ou à gauche de la droite (Fillon avant qu'il ne devienne complètement con), nos indignations n'ont pas faibli, mais elles ont vieilli avec nous. Nous avons compris que nous ne changerions pas le monde, quoiqu'il nous en coûte... et quoiqu'il lui en coûte.

Nous conservons néanmoins notre capacité à nous indigner comme un trésor précieux. Comme un patrimoine hérité de nos valeureuses années. Et pour ne pas devenir aigris avant l'âge, pas bien frais, un peu rances, nous avons investi d'autres champs : ceux de la famille, du travail et de la patrie. Non, j'déconne.

Nous n'avons pas abandonné la gauche, c'est elle qui nous a un peu laissé tomber.

PS : demain (ou après-demain), j'écrirai des billets plus gais.

On met quoi dans une vie ?

Plus je reprends des forces, plus je suis à la peine psychologiquement.

Forcément, je pensais qu'après une épreuve de ce genre (d'un genre totalement nouveau pour moi), la vie ne serait qu'une constellation de moments parfaits, d'instants précieux, d'heures euphoriques.

En fait de quoi, la vie est la vie. Un patchwork d'émotions imprécises, de motivations (quelquefois) fragiles, de désirs insatisfaits, de décalages inépuisables entre aspirations et réalisations, de joies réelles mais éphémères, d'injustices affligeantes. L'important, c'est la santé, c'est vrai. Mais c'est un pré-requis qui ne se suffit pas à lui-même. La vie ne devrait pas tolérer la médiocrité, et pourtant la médiocrité est omniprésente. Suintante. Ruisselante. Presque parfaite.

Et la vie n'est rien qu'une vie. Que l'on meuble un peu comme on veut, souvent comme on peut. Qu'est-ce qui fait qu'une vie est une vie ? Qu'elle a autant de valeur ? Qu'on la chérit ainsi sans nécessairement lui donner les moyens de bien la remplir ?

Jeune et idéaliste, j'étais. J'ai l'impression que je vieillis.

mercredi 21 septembre 2005

Le poids d'un nombril

J'ai beaucoup maigri pendant que j'étais malade.

J'étais mince, je suis devenu fantomatique. Presque transparent. Comme je n'en suis pas devenu moins nombriliste pour autant, j'en ai déduit qu'un nombril, cela pesait le même poids quelque soit la corpulence du corps qui l'abrite.

Vous avez des idées sur la question ?

mardi 20 septembre 2005

Je suis... ce que je ne suis pas

J'ai un problème. Enfin, pas qu'un seul.

Mais j'ai quand même un gros problème avec la duplicité : j''éprouve une haine immarcescible pour les gens qui se prêtent à un double jeu, disent blanc quand ils font noir, jouent avec la vérité pour obtenir un gain particulier. Je déteste ça. Sur le sujet, je pense souvent à mes anciens chefs, Yvon et Ines : deux êtres humains lamentables sur lesquels je me ferais un plaisir de revenir un de ces jours prochains. Leur cas mérite non seulement qu'on s'y arrête, mais qu'on y fasse aussi une pause prolongée histoirer de bien saisir les mécanismes de la perversité et du jusqu'auboutisme arriviste en entreprise.

Mais là, c'est autre chose qui m'ennuie. Je déteste la duplicité, et il n'y a pas plus agent double que moi. C'est bien simple, j'ai été mélangé dans un shaker à la naissance, et ça a donné un gloubi-boulga improbable de forces centrifuges et centripètes qui passent leur temps à se neutraliser : si je jette un regard lucide, force est d'avouer que je suis rigoureusement tout et son contraire. Courageux et lâche, c'est moi. Timide et extraverti, c'est aussi moi. Conservateur et progressiste, rêveur et pragmatique, psycho-rigide et hyper souple, terroriste et pacifique, normatif et fantaisiste, drôle et sinistre, c'est toujours moi. Mon profil gauche est nettement plus avantageux que mon profil droit, pour un peu j'aurais mérité d'avoir un oeil qui dit merde à l'autre. Raté. Personne n'est à ce point imparfait.

Je n'ai pas à vocation à lister la totalité des adjectifs français et leur antonyme, mais à coup sûr, je m'y reconnaitrais. Charité bien ordonnée commençant par soi-même, il est possible (oui, je peux le faire. Et d'ailleurs, je vais le faire !) de trouver deux-trois petites choses dans ma personnalité qui ne souffrent aucune discussion : mon anti-racisme viscéral, ma compassion infinie (et limite pathétique tant elle génère d'impuissance), mon intolérance à l'injustice et mon absence totale de pulsions suicidaires.

C'est incroyable ce que j'ai envie de vivre, putain.

lundi 19 septembre 2005

La mauvaise tête

A peine deux jours d'existence, et déjà mon blog à moi qui parle de moi (et aussi de moi) tourne au ralenti. Avec une excuse en or, toutefois : une migraine de 8.9 degrés sur l'échelle de l'envie de mourir sans passer par la case 80 balais.

Rien de bien nouveau, hélas, si ce n'est que le rythme des migraines s'est accéléré depuis la leucémie. Je connais bien la chanson : cette épingle à nourrice qui vous transperce le crâne, de la nuque jusqu'à l'oeil, ces supplications infantiles ("Maman!") d'appel à l'aide, cette douleur lancinante, entêtante, vrillante qui vous fait penser plus vite que votre ombre (la migraine donne parfois l'impression d'être un génie), les neurones semblant se cogner les unes contre les autres, puis contre les parois du crâne comme autant de boules dans les couloirs d'un flipper un peu vieilli. Et puis tous ces médicaments essayés (Zomig, Immigrane, Advil, Propofan, Acupan...) qui ne marchent quasiment jamais. Enfin tous ces gens - non migraineux - qui ne comprennent pas, et ne comprendront jamais.

La migraine est une maitresse fidèle, la seule qui me fasse trouver la mort parfaitement tolérable.

vendredi 16 septembre 2005

Croire ou ne pas croire

C'est bien gentil, ton blog, mon gars. Mais faudrait voir à ne pas trop tourner autour du pot. T'as pas une journée d'existence qu'il faut déjà rentrer dans le vif du sujet. Ouais, c'est comme ça. Et si t'es pas content, ben... t'es pas content. De toutes façons, c'est toi qui décide. Moi, quoi.

Et le vif du sujet, donc, c'est ce en quoi je crois. Dit comme ça, c'est assez pompeux, mais la réponse va vous calmer tout de suite, les enfants. Voilà, je le confesse, je ne crois en rien. Et c'est le drame de ma vie.

Et ta chérie ? Et ta fille ?

Je n'ai pas besoin d'y croire, je les aime, et c'est déjà bien assez. Quand je dis que je ne crois en rien, je veux dire que je n'ai pas remplacé Dieu. Que sans Dieu, la vie n'est qu'un jeu, et que justement, j'ai du mal à me prendre au jeu. Je n'ai pas de passion qui me vampirise, plus de boulot qui me fasse bander, encore moins d'activités chronophages qui me font oublier ma condition de mortel. C'est l'autre drame de ma vie : je vais mourir, et ça ne me va pas du tout. Ca me va encore moins depuis que j'ai failli mourir, l'année dernière. J'ai attrapé une saloperie (une leucémie aigüe ; un truc qui peut vous emporter en trois mois. On en reparlera). Et ce que je déteste le plus dans cette maladie, c'est qu'elle m'a habitué à l'idée que j'allais crever. De mon vivant en pleine santé, déjà j'étais obsédé par la mort. Maintenant que je suis sorti d'affaire, j'ai l'impression épouvantable d'être un petit bout de la mort. Que cette dernière a pris une partie de mon cerveau en otage, y a incrusté de façon profonde et définitive les stigmates de la finitude.

Je ne sais plus quel auteur français écrivait qu'il fallait se croire immortel pour réaliser de grandes choses. Autant dire que je suis condamné à ne réaliser que de petites choses. De très petites choses, même. De l'ordre de l'infiniment petit. Chienne de vie !

C'est comme ça que tout a commencé

J'ai cinq minutes pour vous expliquer.

LN est en séminaire aux Canaries (comprendre qu'elle se bourre la gueule avec ses collègues pendant trois jours), la petite dort du sommeil du juste après avoir sifflé son biberon en moins de cinq minutes, et va immanquablement se réveiller dans trois quarts d'heure.

Les blogs, donc. Au bas mot, je connais la signification du mot blog depuis cinq ans. Je suis tombé dans l'Internet quand j'étais tout petit (déjà, j'avais 25 ans), j'ai bossé dans une start-up qui est devenue grande, j'y ai même rencontré ma chérie. Romane, ma fille, est un enfant des NTIC, et moi, l'indolent, je n'avais même pas de blog. Tout au plus quelques pages Web montées à la va-vite, qui pour parodier un illustre homme politique (j'aurais bien mis un lien, mais je ne retrouve même plus la page), qui pour dénoncer les mirages malfaisants de la télé-réalité. Décadent, j'étais.

Bon, je suis un grand garçon maintenant, et j'ai un blog. Je vais pouvoir vous parler de moi, de mon inutilité chronique, de mon immortalité impossible, du dedans et du dehors, de la leucémie, cette cochonne, qui a failli me bouffer tout cru, de LN qui m'aime en dépit de tout, de ma fille, ma fille, ma fille. Ca n'intéresse personne, donc ça interesse tout le monde. C'est une vie, c'est la mienne.

Et si vous n'êtes pas content, je vous transforme en XHTML.

Des velléités

Après avoir marné pendant des mois, il est donc temps que je m'y mette.

J'ai pourtant vomi sur les blogs, et leurs auteurs, les blogueurs. J'ai décrié en long, large et travers, stigmatisé sans relâche l'égocentrisme boursouflé de la blogosphère, villipendé ses hérauts et crié haro sur le baudet (le blogué ?). Avant de me jeter à l'eau, moi aussi. De reproduire à la nuance près tout ce que je reprochais. Ah l'hypocrite, ah le velléitaire !

Parce que voilà, moi aussi, je suis narcissique. Moi aussi, je m'aime suffisament pour faire de moi le personnage principal de cette histoire. Je lutte. Pas beaucoup, mais tout le temps. Je suis traversé par des courants contraires. L'hémisphère gauche veut bloguer, le droit le supplie de s'arrêter. C'est une bataille pied à pied, une lutte au couteau ; sans merci. Entre moi et moi. Emoi, des mois, aidez-moi.

Je blogge, donc. Sans cynisme ni ambition. Sans gloire ni ostentation.

Parce qu'il est temps d'être moi, et de le faire savoir.