Ce matin, en me rasant, j'ai pensé non pas à me présenter aux élections présidentielles 2007 mais à la dépendance très humaine au regard de l'autre.
Je ne sais pas s'il y a eu des études sur le sujet, mais je suis certain que les cachalots, les loups ou les hamsters se foutent éperdument du regard de l'autre. Moi, ça fait des années que je me la raconte en prétendant à qui voudra bien l'entendre que je m'en suis affranchi, mais c'est une vaste connerie. La circonstance (presque) atténuante, c'est que j'y croyais sincèrement. Un peu. Que j'avais même fait de gros progrès : je pouvais faire ou dire des choses pour moi. Pas que pour moi, mais aussi pour moi.
Plus ça va (comprendre, plus je vieillis), plus j'ai l'impression que le regard qu'on peut porter sur moi a de l'importance. Que je n'aimerais pas donner une fausse (ou pire, une mauvaise) image de moi-même ; qu'il est important que je reste fidèle à l'image que j'ai de moi-même, mais que ce "moi-même" est notoirement influencé par le regard de l'autre. Ecrit comme ça, ça fait charabia un peu amphigourique, mais je crois bien que vous saisissez.
Du coup, je me demande jusqu'où on peut s'affranchir réellement du regard d'autrui, et dans quelle mesure ça vaut vraiment la peine ? Un homme qui agirait en fonction de ses seuls besoins, de ses seules envies, sans jamais aucune volonté d'en jeter, d'en montrer, de paraitre, d'être un peu ce qu'on attend qu'il soit... Cet homme-là ne serait-il pas refoulé aux frontières de l'humanité ?
A l'inverse, celui qui se dit libre, qui prétend agir sans influences, qui jouit d'une (relative) indépendance par rapport au jugement de ses contemporains, celui-là est-il vraiment sincère ? N'est-il déjà pas dans une posture qui tient de la prétention à être plutôt que de la réalité de ce que l'on est vraiment ? Qui est vraiment libre et quels sont les ressorts de cette liberté ?
Aujourd'hui, c'est lundi, et je m'en pose des questions, didon.