Egoblog

dimanche 25 septembre 2005

Droits et devoirs

Je n'ai pas le droit :

  • de manger des crudités
  • de manger de la viande saignante
  • d'aller au restaurant
  • d'aller au cinéma
  • de fréquenter des endroits... fréquentés
  • d'approcher des gens malades
  • de m'exposer au soleil
  • de me baigner ailleurs que dans une baignoire
  • de jouer avec ma fille dans le sable
  • d'interrompre mon traitement (Neoral, Zelitrex, Orraciline, Mycostatine, Avlocardyl ; tous les jours)

J'ai le droit de me plaindre.

vendredi 23 septembre 2005

Au milieu d'un champ se dresse un beau boulot

J'inaugure avec ce billet la catégorie Mon travail qui, j'en suis convaincu, est promise à un avenir radieux.

Alors voilà, patrons, patronnes, je cherche un nouveau travail à l'horizon 2006. Oui, pas avant 2006, vu que je suis en arrêt de travail jusqu'à la fin de l'année pour (une fois n'est pas coutume) des raisons très valables (cf. ici). Comment peut-on être en arrêt de travail quand précisément on en cherche ? Ne perdez pas trop de temps à expliquer l'inexplicable, il s'agit là d'une subtilité remarquable du droit français ; et je m'en félicite.

Patrons, patronnes, donc. Je suis un profil rare, extrêmement rare.

Si, comme j'ai toutes les raisons de l'imaginer, vous recherchez un profil généraliste spécialisé dans l'éditorial, Internet et la direction de projets, ne respectant aucune forme d'autorité et doté d'une réelle aversion pour tout ce qui ressemble de près ou de loin à un lien de subordination, alors je suis votre homme. Si en plus vous êtes prêt(e) à casquer 3500 euros nets par mois (ou plus, je ne suis pas contrariant), vous avez une sacrée veine d'être tombé(e) sur ce blog.

Merci d'envoyer votre candidature à l'adresse suivante. Epargnez-moi les lettres de motivation longues comme un jour sans pain ou les CV trafiqués : j'ai l'oeil pour déceler ce type d'anomalies.

Je vous prie d'agréer... vous connaissez la suite.

Qui n'en veut des kilos ?

Je suis allé sur un site Web qui promet de régler vos problèmes de poids en moins de deux (heures ? Années ? Siècles ?). J'ai tapé mon poids actuel, puis mon poids souhaité. J'ai laissé mouliner la machine pour obtenir le résultat suivant autant que saisissant : "Le régime Bidule n'est pas adapté aux personnes qui souhaitent prendre du poids."

Ce n'est pas la première fois que je suis victime d'un tel ostracisme. Les maigres n'ont pas voix au chapitre dans nos peuplades ventripotentes. J'ai beau m'insurger (plus le sujet est insignifiant, plus j'ai tendance à m'insurger), rien n'y fait. Rien n'a été conçu pour les filiformes de mon espèce.

Bande de feignasses, va !

jeudi 22 septembre 2005

Un blog, c'est de gauche ?

Adolescent, j'envisageais la vie de manière binaire, et moins si affinités.

Le mal, c'était très mal et les bons étaient très gentils. Les bons étaient de gauche, évidemment. Et tout ce qui était bon pour moi était de gauche, la réciproque n'étant pas nécessairement vraie. Avec mes camarades de beuverie et d'humour potache, nous pouvions passer des heures à identifier les comportements et attitudes spécifiques à l'axe du mal : porter la chemise dans le pantalon, c'était de droite, par exemple. Manger avec les mains, c'était à mort de gauche. Avec les pieds, c'était carrément post révolutionnaire, mais aucun d'entre nous n'a jamais essayé.

Cette grille de lecture valait ce qu'elle valait, mais elle avait le mérite de nous amuser autant que de nous rassembler. Aujourd'hui, le monde est devenu beaucoup plus compliqué. On peut être à droite de la gauche (Fabius avant sa crise de hoquet compulsive) ou à gauche de la droite (Fillon avant qu'il ne devienne complètement con), nos indignations n'ont pas faibli, mais elles ont vieilli avec nous. Nous avons compris que nous ne changerions pas le monde, quoiqu'il nous en coûte... et quoiqu'il lui en coûte.

Nous conservons néanmoins notre capacité à nous indigner comme un trésor précieux. Comme un patrimoine hérité de nos valeureuses années. Et pour ne pas devenir aigris avant l'âge, pas bien frais, un peu rances, nous avons investi d'autres champs : ceux de la famille, du travail et de la patrie. Non, j'déconne.

Nous n'avons pas abandonné la gauche, c'est elle qui nous a un peu laissé tomber.

PS : demain (ou après-demain), j'écrirai des billets plus gais.

On met quoi dans une vie ?

Plus je reprends des forces, plus je suis à la peine psychologiquement.

Forcément, je pensais qu'après une épreuve de ce genre (d'un genre totalement nouveau pour moi), la vie ne serait qu'une constellation de moments parfaits, d'instants précieux, d'heures euphoriques.

En fait de quoi, la vie est la vie. Un patchwork d'émotions imprécises, de motivations (quelquefois) fragiles, de désirs insatisfaits, de décalages inépuisables entre aspirations et réalisations, de joies réelles mais éphémères, d'injustices affligeantes. L'important, c'est la santé, c'est vrai. Mais c'est un pré-requis qui ne se suffit pas à lui-même. La vie ne devrait pas tolérer la médiocrité, et pourtant la médiocrité est omniprésente. Suintante. Ruisselante. Presque parfaite.

Et la vie n'est rien qu'une vie. Que l'on meuble un peu comme on veut, souvent comme on peut. Qu'est-ce qui fait qu'une vie est une vie ? Qu'elle a autant de valeur ? Qu'on la chérit ainsi sans nécessairement lui donner les moyens de bien la remplir ?

Jeune et idéaliste, j'étais. J'ai l'impression que je vieillis.

mercredi 21 septembre 2005

Le poids d'un nombril

J'ai beaucoup maigri pendant que j'étais malade.

J'étais mince, je suis devenu fantomatique. Presque transparent. Comme je n'en suis pas devenu moins nombriliste pour autant, j'en ai déduit qu'un nombril, cela pesait le même poids quelque soit la corpulence du corps qui l'abrite.

Vous avez des idées sur la question ?

mardi 20 septembre 2005

Je suis... ce que je ne suis pas

J'ai un problème. Enfin, pas qu'un seul.

Mais j'ai quand même un gros problème avec la duplicité : j''éprouve une haine immarcescible pour les gens qui se prêtent à un double jeu, disent blanc quand ils font noir, jouent avec la vérité pour obtenir un gain particulier. Je déteste ça. Sur le sujet, je pense souvent à mes anciens chefs, Yvon et Ines : deux êtres humains lamentables sur lesquels je me ferais un plaisir de revenir un de ces jours prochains. Leur cas mérite non seulement qu'on s'y arrête, mais qu'on y fasse aussi une pause prolongée histoirer de bien saisir les mécanismes de la perversité et du jusqu'auboutisme arriviste en entreprise.

Mais là, c'est autre chose qui m'ennuie. Je déteste la duplicité, et il n'y a pas plus agent double que moi. C'est bien simple, j'ai été mélangé dans un shaker à la naissance, et ça a donné un gloubi-boulga improbable de forces centrifuges et centripètes qui passent leur temps à se neutraliser : si je jette un regard lucide, force est d'avouer que je suis rigoureusement tout et son contraire. Courageux et lâche, c'est moi. Timide et extraverti, c'est aussi moi. Conservateur et progressiste, rêveur et pragmatique, psycho-rigide et hyper souple, terroriste et pacifique, normatif et fantaisiste, drôle et sinistre, c'est toujours moi. Mon profil gauche est nettement plus avantageux que mon profil droit, pour un peu j'aurais mérité d'avoir un oeil qui dit merde à l'autre. Raté. Personne n'est à ce point imparfait.

Je n'ai pas à vocation à lister la totalité des adjectifs français et leur antonyme, mais à coup sûr, je m'y reconnaitrais. Charité bien ordonnée commençant par soi-même, il est possible (oui, je peux le faire. Et d'ailleurs, je vais le faire !) de trouver deux-trois petites choses dans ma personnalité qui ne souffrent aucune discussion : mon anti-racisme viscéral, ma compassion infinie (et limite pathétique tant elle génère d'impuissance), mon intolérance à l'injustice et mon absence totale de pulsions suicidaires.

C'est incroyable ce que j'ai envie de vivre, putain.

lundi 19 septembre 2005

Des avantages de la leucémie

Le 16 décembre 2004, j'ai pris mes quartiers à l'hôpital de la Pitié-Salpétrière où je suis resté cinq mois, dont quatre en chambre stérile. La leucémie que j'ai contractée a un drôle d'acronyme : LALA (Leucémie lymphoblastique aiguë de l'adulte). C'est ce que le vulgum pecus - que j'étais moi aussi avant de tomber malade - appelle un cancer du sang. Du jour au lendemain, et sans aucun motif raisonnable, votre moelle osseuse se met à déconner et à produire vos globules rouges et blancs de façon totalement anarchique.

Plus que les faits saillants de ces derniers mois ou même la manière avec laquelle j'ai appréhendé cette épreuve, j'ai plus envie aujourd'hui de dresser l'inventaire des "bienfaits" occasionnés par cette maladie.

En premier lieu, j'ai arrêté de fumer. Ca faisait bien dix ans que je n'arrêtais pas d'arrêter. Là, c'était régime sec à tous les étages : il est effectivement strictement interdit de cloper en chambre stérile, ce qui semble pour le moins logique puisque tout ou presque est... interdit en chambre stérile. A mon retour dans la vraie vie, mes premiers pas se sont contentés de la chaleur d'un soleil pas trop méchant (je n'ai pas le droit de m'exposer au soleil pendant un an), et je n'ai pas ressenti le besoin de fumer dans les plus brefs délais. C'était bon, j'avais arrêté.

Ma fille a obtenu une place en crèche (elle y va d'ici un mois !), ce qui était une gageure tant la natalité dans le quartier où je réside - Montmartre - est forte et inversement proportionnelle au nombre de crèches. Notre dossier - mère au travail, père convalescent après une grave maladie - est passé en Commission comme une lettre à la poste.

J'ai changé de groupe sanguin. Pas sans gain. Puisque de A+, je suis devenu O+, et suis donc désormais un receveur universel. Ceci suite à une greffe de moelle osseuse avec ma frangine pour donneuse. Nous avions une chance sur quatre d'être compatibles, et il fallait ensuite qu'elle accepte de se faire ponctionner 500 ml de moelle au cours d'une opération assez douloureuse. Bon, je ne connais pas d'exemple de frère ou soeur ayant refusé de sauver leur fratrie quand cela était possible, mais ma soeur est vraiment une chouette fille, et elle n'a pas morflé que psychologiquement pendant la maladie.

Last but not the least, les relations avec ma chère et tendre se sont encore renforcées. Notre petite affaire marchait plutôt pas mal, AVANT. Nous étions un couple solide, bien dans nos pompes de couple après avoir tous les deux fricoté assez longuement avec le célibat. Nous sommes devenus bien plus que cela. Elle a été exceptionnellement exceptionnelle, voyez-vous. Elle n'aime pas trop que je dise cela. Elle considère que tout ce qu'elle a fait était normal. Qu'il n'est pas nécessaire d'en rajouter, tout ça, quoi. Mais, de mon point de vue, c'est impossible de ne pas en faire tout un flan : c'est quand même la femme de ma vie qui a été parfaite à un moment crucial de ma vie.

Pour le moment, c'est un peu près tout ce que je vois comme avantages réels et sérieux. Je m'étendrai probablement un jour sur les aspects purement négatifs de la LALA.

Ta ta ta.

La mauvaise tête

A peine deux jours d'existence, et déjà mon blog à moi qui parle de moi (et aussi de moi) tourne au ralenti. Avec une excuse en or, toutefois : une migraine de 8.9 degrés sur l'échelle de l'envie de mourir sans passer par la case 80 balais.

Rien de bien nouveau, hélas, si ce n'est que le rythme des migraines s'est accéléré depuis la leucémie. Je connais bien la chanson : cette épingle à nourrice qui vous transperce le crâne, de la nuque jusqu'à l'oeil, ces supplications infantiles ("Maman!") d'appel à l'aide, cette douleur lancinante, entêtante, vrillante qui vous fait penser plus vite que votre ombre (la migraine donne parfois l'impression d'être un génie), les neurones semblant se cogner les unes contre les autres, puis contre les parois du crâne comme autant de boules dans les couloirs d'un flipper un peu vieilli. Et puis tous ces médicaments essayés (Zomig, Immigrane, Advil, Propofan, Acupan...) qui ne marchent quasiment jamais. Enfin tous ces gens - non migraineux - qui ne comprennent pas, et ne comprendront jamais.

La migraine est une maitresse fidèle, la seule qui me fasse trouver la mort parfaitement tolérable.

dimanche 18 septembre 2005

Dur, dur d'écrire un billet

Romane est sur mes genoux, sa mère regarde Desperate Housewives à la téloche, et moi j'essaie tant bien que mal de rédiger quelques lignes. Sauf que... ma fille ne l'entend pas de cette oreille, et vient de niquer la flèche droite du clavier.

M'en fous, je ne m'en servais jamais.

samedi 17 septembre 2005

LN rentre ce soir

Et je vais lui faire une de ces fêtes.

Soyons tout à fait honnête. Ma chérie m'a manqué, c'est un fait. Mais pas autant que la mère de ma fille, c'est une certitude. Et là, je me dois de poser la question suivante : comment font les femmes, nos mères, pour s'occuper de leur marmaille toute la sainte journée et ne pas avoir l'air totalement épuisé une fois les bambins couchés.

Cela me semble humainement impossible. A 20h30, quand Romane est couchée, moi je suis liquide. Totalement imperméable à toute tentative de verticalisation. Il me faut un fauteuil et un repose-pieds, à tout le moins. Et de bons amis auxquels je peux raconter par le menu mes journées de supplicié. Qu'on en juge plutôt : réveil à 6h30, premier biberon, puis mademoiselle veut jouer, éventuellement se rendormir, mais pas plus d'une heure ; pas même le temps de me refaire un cycle de sommeil. Ensuite, grosse crise de larmes consécutive à un caca qui déchire la stratosphère (et accessoirement déborde de la couche). Puis, on rejoue, encore. On raconte des histoires, entonne quelques chansons. Mais pas longtemps, parce que Romane veut au choix : 1/ se regarder dans la glace 2/ rester debout (alors qu'elle ne sait même pas marcher, ma fille n'est pas logique) 3/ ramasser tout ce qui traine et même ce qui ne traine pas.

Je ne termine pas cet inventaire à la Prévert des occupations de ma fille, ce serait fastidieux. Malgré ma fatigue, je tiens bon la barre et m'impose une règle intangible : ne jamais gueuler sur ma gamine. Même quand j'ai envie de la balancer contre le mur !

LN rentre, donc. On va revivre une vie normale. Je ne suis pas un mauvais papa, mais c'est une maman sublime. Et une chérie de tout premier ordre. Il en faut du courage et du talent, de l'envie et de la déraison pour supporter un gars comme moi. Je ne suis pas bien sûr qu'elle me supporte tant que ça, du reste. Mais elle m'aime, ce qui n'est pas rien.

Pas rien ? C'est immense, mon vieux. Ca n'a aucun sens la vie de couple, ça n'existe pas la personne avec qui tu vas vouloir passer les 50 dernières années de ta vie. Ca n'existait pas. Et puis LN est arrivée. Sans se presser.

Elle est mon ange, ma gardienne, ma saisissante moitié.

vendredi 16 septembre 2005

Romane, ma fille

Je profite que la puce dort pour bourrer un max. Dans la journée, je n'ai plus une minute à moi. Ce qui me change de mes habitudes de glandeur patenté (et même plus tenté, d'ailleurs). Ma convalescence se passe au mieux : dans les jupons de ma fille, Romane, neuf mois et encore aucune dent. Sa mère, ma chérie, a repris le travail, et je suis un père au foyer de classe mondiale. Genre je connais tous les gestes qui sauvent alors que je suis à la base un gros con de papa mysogine pas du tout prédestiné à donner le biberon, changer les couches et jouer avec les doudous. Mais voilà tout s'apprend, et le plus instructif dans l'histoire, c'est que j'aime ça.

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Veuve Tarquine au sommet

Le blog de Veuve Tarquine ne s'appelle pas Veuve Tarquine, mais De bric et de blog. Sauf que moi, j'ai pris l'habitude d'aller lire le blog de Veuve Tarquine, et que de bric et de blog, je ne m'y fais pas.

Bricablog est donc un blog propulsé par Dotclear (il parait que c'est un bon point, que ça vous pose son bloggeur, tout ça, quoi). Je m'en fous un peu, pour tout dire. Il se trouve juste que moi aussi, j'utilise dotclear. Pure coincidence, et rien jusque là qui laisse présager de l'affection immodérée que j'ai pour ce blog.

Vous ne le savez pas, mais c'est grâce à elle que j'existe. Ce blog est né de la lecture de ses billets. J'éprouvais depuis le début une sorte de passion-répulsion pour les blogs. Je sentais confusément qu'il ne s'agissait pas là que d'un phénomène de mode, que quelque chose de plus important s'y jouait, même si je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus. Il m'arrivait plus souvent qu'à l'occasion de piétiner de rage, de piailler dans le vide, d'hurler à l'imposture en lisant les blogs de certains barons de la blogosphère. Les mecs se la jouaient à mort, y croyaient comme des dingues. En même temps, je les enviais d'y croire. J'ai toujours détesté autant que je les aimais les gens qui y croyaient.

J'en étais arrivé à un point de non-retour, et j'ai découvert qu'on pouvait bloguer avec talent et coeur, toutes neurones dehors, sans trop se la raconter. Veuve Tarquine est une veuve, une vraie. Une veuve très vivante qui eu son lot de drames intimes, et en parle sans jamais tomber dans l'impudeur ou la fausse intimité. Elle écrit bien, pas mieux que bien. Juste bien, et ça console. C'est finalement ce que j'aime le plus dans la vie : quand, au détour d'une rue ou d'un blog, on se découvre une fraternité avec quelqu'un qu'on ne connaissait pas cinq minutes plus tôt.

Ca fait deux mois que je la lis tous les jours. Je n'ai jamais laissé de commentaires sur son site. Je n'osais pas. Mais maintenant que moi aussi, je suis rentré dans la cour des blogs, peut-être que je vais faire mon intrépide et lui hurler ma flamme virtuelle, les yeux dans son blog.

Croire ou ne pas croire

C'est bien gentil, ton blog, mon gars. Mais faudrait voir à ne pas trop tourner autour du pot. T'as pas une journée d'existence qu'il faut déjà rentrer dans le vif du sujet. Ouais, c'est comme ça. Et si t'es pas content, ben... t'es pas content. De toutes façons, c'est toi qui décide. Moi, quoi.

Et le vif du sujet, donc, c'est ce en quoi je crois. Dit comme ça, c'est assez pompeux, mais la réponse va vous calmer tout de suite, les enfants. Voilà, je le confesse, je ne crois en rien. Et c'est le drame de ma vie.

Et ta chérie ? Et ta fille ?

Je n'ai pas besoin d'y croire, je les aime, et c'est déjà bien assez. Quand je dis que je ne crois en rien, je veux dire que je n'ai pas remplacé Dieu. Que sans Dieu, la vie n'est qu'un jeu, et que justement, j'ai du mal à me prendre au jeu. Je n'ai pas de passion qui me vampirise, plus de boulot qui me fasse bander, encore moins d'activités chronophages qui me font oublier ma condition de mortel. C'est l'autre drame de ma vie : je vais mourir, et ça ne me va pas du tout. Ca me va encore moins depuis que j'ai failli mourir, l'année dernière. J'ai attrapé une saloperie (une leucémie aigüe ; un truc qui peut vous emporter en trois mois. On en reparlera). Et ce que je déteste le plus dans cette maladie, c'est qu'elle m'a habitué à l'idée que j'allais crever. De mon vivant en pleine santé, déjà j'étais obsédé par la mort. Maintenant que je suis sorti d'affaire, j'ai l'impression épouvantable d'être un petit bout de la mort. Que cette dernière a pris une partie de mon cerveau en otage, y a incrusté de façon profonde et définitive les stigmates de la finitude.

Je ne sais plus quel auteur français écrivait qu'il fallait se croire immortel pour réaliser de grandes choses. Autant dire que je suis condamné à ne réaliser que de petites choses. De très petites choses, même. De l'ordre de l'infiniment petit. Chienne de vie !

C'est comme ça que tout a commencé

J'ai cinq minutes pour vous expliquer.

LN est en séminaire aux Canaries (comprendre qu'elle se bourre la gueule avec ses collègues pendant trois jours), la petite dort du sommeil du juste après avoir sifflé son biberon en moins de cinq minutes, et va immanquablement se réveiller dans trois quarts d'heure.

Les blogs, donc. Au bas mot, je connais la signification du mot blog depuis cinq ans. Je suis tombé dans l'Internet quand j'étais tout petit (déjà, j'avais 25 ans), j'ai bossé dans une start-up qui est devenue grande, j'y ai même rencontré ma chérie. Romane, ma fille, est un enfant des NTIC, et moi, l'indolent, je n'avais même pas de blog. Tout au plus quelques pages Web montées à la va-vite, qui pour parodier un illustre homme politique (j'aurais bien mis un lien, mais je ne retrouve même plus la page), qui pour dénoncer les mirages malfaisants de la télé-réalité. Décadent, j'étais.

Bon, je suis un grand garçon maintenant, et j'ai un blog. Je vais pouvoir vous parler de moi, de mon inutilité chronique, de mon immortalité impossible, du dedans et du dehors, de la leucémie, cette cochonne, qui a failli me bouffer tout cru, de LN qui m'aime en dépit de tout, de ma fille, ma fille, ma fille. Ca n'intéresse personne, donc ça interesse tout le monde. C'est une vie, c'est la mienne.

Et si vous n'êtes pas content, je vous transforme en XHTML.