Egoblog

vendredi 3 février 2006

Des sous, des sous, des sous !

Après m'être fait arnaquer ce matin de quelques milliers d'euros par la Société Géniale (c'est en partie de ma faute, je signe des trucs auxquels je ne comprends rien, et je suis toujours surpris de voir que ces gens-là n'ont aucune éthique à part celle du porte-monnaie. Je suis un peu con aussi...), j'avais décidé de me détendre et de me faire une toile avant de chercher Romane à la crèche.

BronzesFaisant fi de la critique et guère impressionné par l'énorme daube annoncée, je suis allé voir le troisième opus des Bronzés. J'aime bien me faire mon avis tout seul, et je suis capable de faire preuve d'une mauvaise foi sans bornes par simple esprit de contradiction. Je m'étais donc préparé à jouer au zélateur un peu invertébré, à rappeler aux uns et aux autres que les deux premiers de la série avaient été longtemps dénigrés avant de devenir cultes. Que les seins siliconés de Gigi et les moumoutes hyper tendance de Jean-Claude Dusse valaient les effets spéciaux d'un Star Wars survitaminé.

Bon...

- Je ne sais pas ce qui me retient de vous dire que c'est une énorme merde !
- La peur, peut-être ?
- Non, même pas !

C'EST UNE ENOOOOOOOOOORME MEEEEEEEEEEEEEEEEEERDE !

Mais alors une merde sidérale, une bouse suprême, un plaidoyer radical pour l'anéantissement sans délai de l'exception culturelle. J'ai cherché à défendre l'indéfendable avec tout ce que la nature m'a doté de mauvais esprit et de dandysme décadent. Désolé, il n'y a rien à sauver. Nada, peanuts, rien de rien !

Ce n'est même pas qu'on s'ennuie ferme. On est juste aux deux-tiers consterné, l'autre tiers abruti par la nullité crasse du scénario, le jeu pitoyable d'acteurs qui n'y croient pas eux-mêmes (Il faut à tout prix voir Lavanant dans le pire rôle de sa déjà longue carrière), le ressort démonté des prétendues situations comiques. Je vous dis qu'il n'y a rien à sauver ! On retiendra juste que les co-auteurs, qui ont gagné je ne sais combien de millions d'euros pour torpiller la légende, ont axé toutes les péripéties de leur pauvre histoire sur le fric (merveilleux détournement inconscient) qui manque, le fric qu'on vole, le fric qu'on perd, le fric vite gagné et carrément vulgaire. De vrais banquiers naufragés.

Au moins, il y a eu un fil conducteur à ma journée ratée.

mardi 31 janvier 2006

Attention, billet déprimant

Treize mois ont passé depuis le déclenchement inopiné de cette foutue leucémie.

Ce qui a changé n'est plus visible à proprement parler. J'ai retrouvé mon poids de forme, mes cheveux, une forme physique plus qu'acceptable. Je sais à nouveau courir (oui, à rester couché pendant des mois, j'avais perdu l'usage des muscles qui meuvent l'improbable cavaleur), j'ai le droit d'aller au cinéma, de manger n'importe quoi. Surtout n'importe quoi, d'ailleurs.

Je me demande si j'en parlerais à ma fille quand elle sera plus grande. Lui dire quoi ? Et pourquoi ?
Je me demande si je reverrais un jour ceux que je n'ai pas vus depuis treize mois. Leur dire quoi ? Et comment ?

Les transformations ne sont plus visibles, mais elle sont. Après l'orage dépressif des derniers mois de l'année, j'ai le sentiment un peu fragile (tout est tellement fragile) de revenir à la surface, au niveau de la ligne de flottaison. Je cultive des envies anémiées. J'aimerais tant avoir plus d'envies. Des envies évidentes, des envies qui m'importent, qui s'imposent, contre lesquelles on ne peut que s'incliner.

J'ai perdu dans l'affaire un soupçon de candeur, des tonnes de légèreté. Ce que j'ai gagné - un répit qui n'a rien d'anodin -, j'ai plus que jamais le sentiment de le payer, de le faire payer. Tout n'était pas rose avant la maladie, et je sais combien il serait tentant de refaire l'histoire. L'anxiété, les blessures, la mélancolie affleuraient déjà. Plus souvent qu'à l'occasion. Mais j'étais un homme figé dans la certitude de son immortalité. La mort, c'était pour les autres.

J'ai changé. En bien ou en mal, je n'en ai pas la moindre idée. Ceux qui m'aiment et ont cru me perdre ont changé aussi.

J'ai peur de l'avenir. De vieillir. De mourir.

jeudi 26 janvier 2006

Merde, le Hamas a gagné

Sharon doit bien se marrer dans les profondeurs de son coma.

Comme disait je-ne-sais-plus-qui, les Palestiniens ne ratent jamais l'opportunité de... rater une opportunité.

Pour ce qui est de la paix au Proche-Orient, je crois bien qu'on n'est pas rendus.

44 heures plus tard

J'ai négligé la rubrique Mon permis, et par la même occasion mes infatigables lecteurs, probablement plongés dans l'incertitude la plus abyssale sur ce que j'en viens à qualifier de gigantesque entreprise. Les plus audacieux d'entre vous penseront que j'ai obtenu mon papelard rose sans éprouver le besoin de frimer, et ceux-là me connaissent bien mal. Les plus pessimistes croiront que j'ai abandonné en chemin tout espoir de conduire en jour, et ceux-là me connaissent presque mieux que moi-même. Les plus raisonnables s'en foutront avec une force tsunamiesque, mais là n'est pas la question.

Bon, tout le monde a tort sauf ceux qui s'en foutent. Mais là n'est pas la question, je vous dis.

Adonques, j'ai conduit deux heures aujourd'hui. Deux heures de plus. Pour un modeste totale de 44 heures. Soit 158 400 interminables secondes à faire le mariole à côté de la place du mort. Guess what ? Je préfère toujours la place du mort !

Si on ajoute les trente heures prises il y a une dizaine d'années, je ne suis pas loin du Guiness Book. La consolation, et elle n'est pas maigre, c'est que je commence à très bien connaître mes moniteurs. Ils sont quatre à se succéder, à intervalles réguliers, dans mon habitacle, et ils m'ont plutôt à la bonne. D'une part, ça leur change un peu les idées d'avoir un trentenaire avec qui discuter. Et puis, je crois bien qu'ils sont touchés par ma tenacité et mon envie de bien faire. Du coup, si je progresse aussi lentement, c'est quand même un peu de leur faute parce que je suis plus concentré sur notre incessant babillage que sur ces stupides priorités à droite.

C'est fou ce qu'on peut apprendre en quelques heures sur la vie d'un moniteur d'auto-école. Il y avait Richard et Michel dont j'avais déjà parlé. Le premier est un quinquagénaire genre vieux beau, qui ne quitte jamais son blouson en cuir ni un sourire de façade un peu triste. Il a divorcé quatre fois. A l'entendre, il n'a pas eu quatre femmes, mais ce sont les femmes qui l'ont eu. Il cultive avec entrain une nostalgie du passé, et ne jure que par ses deux filles de 16 et 22 ans. Question conduite, il pense qu'il ne me manque qu'une chose : adapter ma vitesse aux circonstances. Trois fois rien, quoi. Son antienne : "L'important, c'est de pouvoir s'arrêter". J'aime vraiment bien Richard.

Michel, j'ai apprécié un tant ses dispositions pédagogiques. Mais il a fini par me gonfler. D'une, ce mec devrait être à la retraite (à presque 70 ans, on ne prend pas le risque de mourir à chaque carrefour). De deux, son gatisme précoce le conduit (ah ah) à vociférer les mêmes mots toutes les trois secondes : "Freine ! Freine !". Il est également obsédé par mes deux pouces qu'il m'enjoint systématiquement de ne pas mettre à l'intérieur du volant. Lourdingue. Michel, tu me prends la tête grave, et j'ai décidé de ne plus jamais conduire avec toi. N'insite pas, c'est irrévocable.

Et puis, il y a Dan et Martine. Alors eux, je les kiffe grave. Pour un peu, je veux bien conduire cent heures de plus avant d'obtenir le permis pour le seul plaisir de les cotoyer.

Dan a une quarantaine d'année. Il est musulman, et on passe notre temps à discuter du conflit israélo-palestinien. Quand vous mettez un juif de gauche et un musulman modéré dans un espace confiné, il n'en ressort souvent que des choses très positives, des espèces d'unions sacrées façon "on est tous frères", genre donne-moi ton keffieh, j'te file ma kippah, et on mange un bon kebab. En plus, il est vraiment drôle, et c'est le seul qui croit en moi. Qui croit que je peux être un conducteur décent, j'entends. La phrase qu'il dit le plus souvent (accompagnée d'un franc éclat de rire) :"Ah, tu l'avais pas vu cette priorité à droite ?!?".

Martine, enfin. Je la vois tout le temps parce qu'elle est souvent à la réception. Elle fait un mi-temps monitrice, et l'autre à s'occuper des affaires courantes. Martine, c'est le genre de nana qui n'a pas eu de chance dans la vie : un mari qui picolait et qui est décédé prématurément, un employeur qui l'a payée à moitié au black pendant des années avant de s'en débarrasser comme une vieille chaussette. Mais, c'est la gentillesse même. Elle passe son temps à prendre des nouvelles de Romane, d'LN, de ma vie, mon oeuvre. Elle est douce au volant. Enfin, c'est moi qui conduit, mais elle m'engueule toujours avec beaucoup de tendresse. Son refrain : "Je ne peux pas te valider l'étape 3, mais c'est pour bientôt".

P'tin, quand je serai grand, ils vont me manquer.

mercredi 25 janvier 2006

En janvier, j'arrête de paresser

Après quinze mois d'inactivité sans réserve, dont treize largement occupés par cette idiote de leucémie, j'ai retravaillé.

Vous avez bien lu. J'ai de nouveau activé mes méninges pour un employeur qui a consenti à m'accorder quelque menue monnaie pour fournir une prestation professionnelle. Je veux dire, réalisé par un professionnel. Un très grand professionnel.

Je ne sais pas ce qui m'a pris. J'ai vu passer une opportunité, et paf je l'ai saisie. Au collet, sans forcer. Elle n'a pas résisté. Il faut dire que j'avais le vent dans le dos, que mon employeur n'a même pas cherché à me rencontrer, et a validé ma candidature par e-mail en louant la qualité de mes propositions. Classe.

Bon, je mets un terme à ce suspense insoutenable et dépourvu du moindre intérêt : après un septennat de pause journalistique, j'ai renoué avec mes premières amours, et écrit un article qui me tenait à coeur, à paraitre fin février dans un magazine qui n'existe pas. Pas encore, du moins.

Une trentaine d'heures de travail (dont vingt d'enquête) pour cinq malheureux feuillets. C'est que j'ai pris le sujet très à coeur, et mon clavier à deux mains. Mes doigts et mon cerveau, aussi gourds l'un que l'autre, ont du se réhabituer à une écriture dite objective. Dieu que j'étais rouillé. J'ai néanmoins terminé le papier deux jours avant le délai exigé par le rédac' chef, ce qui, je crois bien, ne m'était jamais arrivé.

C'est la première fois que j'achève un article sans stresser. Cela n'est pas sans m'inquiéter.


PS : l'ANP-euh, toujours en mal de popularité, a exigé que je postule à un poste de formateur commercial payé le tiers de ce que je gagnais du temps où je bossais. Sinon, ils menacent de me radier. Je leur ai torché une jolie lettre pour leur dire que je n'étais pas formateur, que je n'avais jamais occupé un poste à vocation commerciale, et qu'ils pouvait donc se carrer leur proposition dans les fondements de leur imagination débridée.

vendredi 20 janvier 2006

Vendredi, c'est googleries

Bon, mes vélléités batailleuses semblent se fracasser sur plusieurs écueils : en premier lieu, mon message précédent n'a guère suscité d'échos. Garfieldd, lui-même, tout en appréciant le soutien des blogueurs (plus d'infos chez Embruns) ne souhaite pas médiatiser l'injustice dont il est victime, et préfère attendre de meilleures nouvelles de son recours en grâce. Well done, n'est pas de Gaulle qui veut.

En attendant de retourner à la mine et d'éventuellement battre le pavé pendant qu'il est encore friable, je vais rendre ici un petit hommage à mon proviseur préféré en me livrant moi aussi au petit jeu des googleries.

En stock (car moi aussi, j'ai du stock), j'ai donc "deux garçons qui se caressent", "tous les zizis du monde", une "fille crade" qui n'est jamais très loin de la "couche caca adulte" et une question existentielle qu'aucun philosophe, aucun sociologue, aucun psychologue n'a jamais osé aborder de front : "pourquoi jane birkin porte un soutien-gorge ?".

Oui, pourquoi ?

mercredi 18 janvier 2006

Où l'impéritie de l'Education nationale me fait sortir (provisoirement) de mon nombrilisme douillet

En lisant hier mon Libé quotidien puis les quelques blogs que je ne lâche pas d'une semelle (cf. ma blogroll en bas à droite), j'ai décidé de consacrer aujourd'hui un billet - exceptionnel, qu'on se le tienne pour dit - à un sujet qui dépasse le cadre de mon égotisme autolâtre chronique.

C'est donc l'histoire d'un proviseur-blogueur qui s'est fait révoqué de l'Education nationale au motif que :

  • son blog était accessible à tout le monde, sur Internet.
  • le dit proviseur précisait qu'il officiait dans une ville de 12.000 habitant ne comptant que deux lycées.
  • "la nature de son blog était incompatible avec ses fonctions" (dixit un certain Paul Desneuf, directeur de l'encadrement à l'Education nationale, qui ne précise pas la teneur de l'incompatibilité en question).

Je n'avais jamais entendu parler du blog de ce monsieur (qui a fermé depuis la suspension de son auteur, en octobre dernier), et c'est donc mu par une saine curiosité que j'ai retrouvé la trace de ses carnets grâce à http://www.archive.org, la mémoire officielle et ô combien précieuse du Web. Le blog à Garfieldd (c'était son nom) aborde avec sensibilité, humanisme et ironie le quotidien et les vicissitudes de la vie de proviseur. En ces temps un peu bousculés pour l'Education nationale, c'est une bouffée d'oxygène que je vous invite à découvrir. Dire que j'ai été séduit par ces carnets relève de l'euphémisme, et c'est pour cette raison que l'injustice me semble d'autant plus criante. Le début du commencement de l'origine de cette triste histoire est lié au fait que Garfieldd ne fait pas mystère de son homosexualité, et gratte ici et là quelques notes sur le sujet sans toutefois jamais mêler dans un même billet les considérations relatives à sa profession et les arcanes de son orientation sexuelle.

Le proviseur-blogueur avance à découvert (comme précisé plus haut, son lycée est aisément identifiable), et cite à l'occasion - c'est un rituel couru chez les blogueurs - les requêtes Google les plus loufoques qui ont permis à des internautes d'accéder à son site. Cela donne ainsi, sur un billet écrit le 2 mars 2005, le paragraphe suivant : «J'ai un vrai pervers qui, lui, rêve de remonter son survêt, j'ai en stock du fantasme sur les super queues de blacks et les bites de beurs que l'on décline en rebeu en maillot et en un délicat j'aime les pénis arabes... Mais aussi du fantasme de la sonde urinaire.» L'extrait a été repris in extenso dans Libération d'hier, sorti de son contexte, sans plus d'explications, ce qui laisse évidemment à penser qu'il s'agit là des fantasmes de l'auteur, plutôt que d'un catalogue amusé des recherches les plus abracadabrantes qui conduisent à son blog. Je n'en veux pas à Libé ni à son journaliste : le droit à la connerie est imprescriptible, et il est probable qu'ils s'excuseront de leur coupable légèreté. Par ailleurs, je n'ai pas pour habitude de tirer sur une ambulance, et ces mois-ci, j'achète quotidiennement Libé en me disant que c'est peut-être la dernière fois.

Mais c'est probablement cette phrase (ainsi que des photos présumées pornographiques dont personne, à ce jour, n'a vu la trace) qui a conduit le proviseur à la case Révocation. Cette phrase que quelques fonctionnaires un peu hargneux et ignorants auront aussi mal interprêté que mon quotidien favori pour en arriver à la conclusion laconique autant que définitive que "ce blog présentait des photos et écrits à caractère pornographique, ce qui constituait un comportement incompatible avec l'exercice de la responsabilité d'un chef d'établissement". Toutefois, le sujet n'est pas réellement là (même s'il n'y avait pas "l'affaire Google", la décision de révoquer le proviseur est totalement disproportionnée). Au pire, Garfieldd a fait preuve d'une certaine maladresse en ne veillant pas à la dissimulation totale de son identité. A tout le moins, on peut lui faire crédit de sa bonne foi. S'il avait craint un seul instant d'essuyer les foudres de son administration, il aurait agi dans l'anonymat le plus strict, pour ce que j'en dis.

Je ne vais pas m'étendre sur les tenants et aboutissants de l'affaire. D'autres blogueurs l'ont déjà fait, et souvent mieux que moi. Je vous invite à lire les contributions sur le sujet de Kozlika, Dangereuse trilingue, Ron l'infirmier ou Eolas. La première y explique notamment pourquoi elle aimait le blog de Garfieldd et quelles sont les conséquences d'une révocation pour un proviseur (interdiction de retravailler dans la fonction publique, pas d'Assedic... etc). Eolas, lui, se fend d'une lettre ouverte joliment troussée à Gilles de Robien.

Ce qui m'intéresse à ce stade, c'est d'examiner les recours possibles à la révocation de mon nouvel ami. Je pense que la blogosphère n'a pas fini de jaser, et c'est très bien ainsi. Je crains néanmoins qu'à l'instar des images des journaux télévisés, un scandale succède à un autre scandale, un fait d'hiver à un autre fait divers et que la bulle éclate aussi rapidement qu'elle a gonflé. Cela m'intéresse moins de dénoncer (même si cela est nécessaire) l'iniquité d'une administration archaïque et homophobe que de voir comment on peut sauver la peau - et le métier - de ce proviseur.

Alors quoi ? Tous à Grenelle !

Je ne suis qu'un néophyte de la cause bloguienne. Je couche mes humeurs cyclothimiques sur la toile depuis quelques mois seulement. J'en appelle aux vieux de la vieille, les Embruns, Kozlika, Veuve Tarquine et tous les autres. Ceux dont la voix porte haut et fort dans la blogosphère. Et je propose ni plus ni moins qu'une manifestation joyeuse et bruyante de blogueurs (ça aurait de la gueule, peuchère !) et même de non-blogueurs devant le Ministère de l'Education Nationale. Vite et bien. Avant la fin du mois, et en rameutant un maximum de monde. Je ne suis pas contre une pétition en bonne et due forme ou, comme d'autres blogueurs le proposent, de spammer le journaliste de Libé pour son enquête baclée, mais une bonne vieille manif' des familles me parait plus efficace pour inverser le cours affligeant des choses.

Et si on sauvait le soldat Garfieldd ?

lundi 16 janvier 2006

Billet en construction ou la décortication d'une angoisse primitive

Je reviendrai sur ce billet, mais permettez-moi d'en ébaucher dès maintenant les grandes lignes.

Il a(ura) trait au commentaire laissé par Dada, sur la note précédente. Elle y grattait quelques lignes peu amènes sur les dangers de la neuneuisation. Cela jurait avec le reste des commentaires, et cela m'a interpellé à plusieurs égards :

  • J'aimais bien mon billet, mais j'aime Dada largement autant. Et même beaucoup plus, convenons-en.
  • Comme tout un chacun, je suis sensible à la critique. Et comme presque tout le monde, j'ai tendance à ne voir que les critiques, fussent-elles noyées dans un océan d'éloges.
  • J'ai décidé il y a une bonne quinzaine d'années que jamais ô grand jamais je ne me justifierai. C'est quelque chose que je voudrais vous expliquer.

En deux mots, je compte bien revenir sur ce billet pour expliquer pourquoi je ne me justifierai pas. Ce qui, cela ne m'a pas échappé, constituera une justification en bonne et due forme.

A tout à l'heure, donc.


Mise à jour : ou l'angoisse primitive se précise

Alors voilà, c'est l'histoire d'un chromosomé XY, mais ça pourrait être l'histoire de n'importe quel mammifère.

Quand j'étais môme, j'étais terrassé par le moindre reproche, anéanti par la moindre critique. Je caressais sans le savoir l'idée incongrue que ma destinée n'avait de sens que dans la reconnaissance générale (à l'exclusion de toute remise en cause) de mes qualités, voire de mon existence. Je concevais la possibilité que j'avais ici et là quelques défauts bien partagés, mais je ne souffrais qu'on les mette à jour, a fortiori qu'on les stigmatise. J'étais caricatural : un écorché vif sur pattes prêt à bondir à la moindre récrimination. C'est que je me sentais acculé, nié dans mon être au premier grief. Que celui qui n'a jamais été vexé me jette la première pierre.

J'évoluais bon an mal an, très sérieusement handicapé par cette susceptibilité envahissante. Il ne fallait pas simplement m'aimer ; il fallait m'aimer complètement, entièrement. J'étais lourd, j'étais chiant. Mon amitié devenait rapidement effrayante pour les récipiendaires de mes débordements affectifs et hypersensibles. Si bien qu'un beau matin, alors que rien n'annonçait pareil changement, j'ai décidé que plus rien ne serait comme avant. J'avais dans les 17 ans, et j'en avais marre de mettre ma santé mentale en péril. Mon esprit critique était largement développé, et j'ai alors compris/décrété que les gens - notamment mes intimes - qui partaient à l'assaut de ma citadelle chatouilleuse et un tantinet paranoïaque avaient raison, du moins avaient leurs raisons. Que ces raisons-là n'étaient pas contestables, et que, partant, rien ne servait de les contester.

De ce jour, et sans qu'il m'en coûte, j'ai cessé de me justifier, cessé de prétendre à la perfection. Cessé de croire que le monde entier était un consensus voué à valider mon aura charismatique et la pureté absolu de mon être intime.

Il s'est avéré que je m'en suis porté nettement mieux. Que les gens autour de moi, sans nécessairement le remarquer, ont salué à leur manière ce changement à 360 degrés. Que j'aimais mieux les gens que j'aimais déjà, et que ces derniers ne m'aimaient pas moins, loin de là. J'ai appris à aimer mes failles, et même à les cultiver. J'ai compris que les failles, il n'y avait que ça de vraiment chouette dans l'humain. J'ai compris une autre chose essentielle : quelqu'un qui n'est pas d'accord avec vous, qu'il le manifeste avec tact ou non, avec force arguments ou sans justification, celui-là a toujours une raison de ne pas être d'accord. Que les critiques, qu'elles viennent de Mamie Dada ou d'ailleurs ne sont pas nécessairement constructives (il n'y a pas matière à s'améliorer à chaque fois qu'on vous remet en cause !) mais qu'elles sont. Ontologiquement.

Ce que je dois à la vérité, c'est qu'on ne change jamais vraiment. Et qu'un reproche qui m'est adressé est toujours une souffrance. Mais voilà, j'ai appris à vivre avec cette souffrance, à ne pas en avoir peur.

Je ne sais pas pourquoi, aujourd'hui, j'ai eu envie de vous parler de cela.


PS : "Mon papa est vraiment trop sérieux, là. Je préfère quand il joue avec moi à "Caché-Coucou" et quand il dissimule mon doudou sous le lit. Là, au moins, on se marre."

vendredi 13 janvier 2006

Message de la part de mon papa

Dans la catégorie "Son nombril".

Bonjour,

Mon papa me dit de vous dire qu'il a beaucoup de travail en ce moment (hum, je le vois passer beaucoup de temps à rien faire, moi. J'dis ça, j'ai rien dit, hein), et qu'il n'a pas trop le temps ni la tête à tenir son blog à jour.

Il dit que je fais rien qu'à l'embéter à vouloir taper sur toutes les touches du clavier. C'est même pas vrai : j'ai une préférence nette pour le "h", le "j", le "k" et le "l". Je peux faire plein de mots rigolos comme hjkjllkhjk kljlh jkjhjkhllkkhhllhhjk que mon papa il ne comprend pas et qu'il efface toujours.

Il me dit aussi de vous dire qu'il kulphabilise un peu de ne pas vous donner de nouvelles, mais qu'à l'exception d'une rhino-pharyngite des familles (mon papa, il dit souvent "des familles" après à peu près tout et n'importe quoi), son état de santé est aussi bon que possible. Perso, ça m'arrange quand même un petit peu. Comme mon papa, il ne sent rien, il en a rien à faire de me changer quand j'ai fait caca.

Voilà, mon papa vous dit tout ça. Et bien des choses enkhore.

hjhkj jkj hkjklklk jjllllll kkhhhlklj

Romane


PS : mon papa a encore râlé parce qu'il n'a pas gagné à l'Euro Million ni au super tirage du Loto. Maman a dit que ça servait à rien de râler vu que de toutes façons, il avait même pas joué. Mon papa, desfois, il est pas très logique.

vendredi 6 janvier 2006

Pa-Pa

Elle l'a dit !

RomaneCa s'est passé hier, en fin d'après-midi alors que je lui faisais prendre son bain, et que nous jouions avec le thermomètre (Water 50 centimeters resist) qui mesure la température de l'eau (pas plus de 38 degrés, damned !).

Elle m'a regardé dans le blanc des yeux. Elle était comme elle est toujours quand elle prend son bain et qu'aucun incident notable n'a bousculé le cours de sa petite vie : sereine. Elle m'a regardé, donc. Et elle a détaché les deux syllabes, et dit distinctement : "Pa-Pa". Elle l'a dit et redit, parce qu'elle voyait que j'étais aux anges.

J'étais tellement ému que j'ai eu un énorme coup de barre, et que je me suis demandé un instant si j'allais être capable de la sauver des eaux et la rhabiller fissa après qu'elle eut procédé à ses ablutions.

Un tout petit pas pour Romane, un grand pas pour son Pa-Pa.

jeudi 5 janvier 2006

Vovadic et Gonozum sont dans un bateau

Depuis une quinzaine de jours, je suis poursuivi par un bataillon d'assaillants qui ont décidé de pourrir sans merci ce billet de leurs commentaires abscons. Quoiqu'il m'en coûte, je ne céderai pas à leurs assiduités. On ne me la fait pas à moi, je ne suis pas né du dernier tsunami !

Ces bretteurs de l'impossible s'appellent Vovadic, Gonozum, Musamom ou encore Shizokum. Ils s'expriment en des termes cabalistiques pour promouvoir une foultitude de produits dont je me passe fort bien depuis que ma digne génitrice m'a donné le jour, un joli vendredi de juin, dans une clinique baignée par le soleil éclatant qui dardait, ce jour-là, ses rayons sur la bourgade grise de Fontenay-sous-Bois.

Ce que je ne m'explique pas, c'est la monomanie de ces spammeurs sans vergogne. Pourquoi se concentrent-ils sur un seul billet ? Et Pourquoi celui-là ? Cette innocente note qui indique à mes dizaines de millions de lecteurs que mon blog prend quelques jours de vacances, afin de recharger ses accus et prendre quelques réserves d'égomanie.

Non, je ne me l'explique pas. Si quelqu'un a une idée, ou même le quart de l'embryon du commencement d'une idée, je suis preneur.


PS : en attendant fébrilement leur prochain passage, j'ai effacé les dits commentaires. Vous ne ratez rien, je vous le promets.

mardi 3 janvier 2006

Va, voeux, vie, veau, vu

Amis lecteurs, je vous souhaite en vrac :

  • Un très chouette 3 janvier
  • Un mois de février pas trop longuet
  • Un mois de mars (c'est si vite arrivé)

...

  • Des zygomatiques bien musclés pour le reste de l'année.


Ici, les jours me semblent remplis d'inexplicables promesses.

lundi 19 décembre 2005

Bon anniversaire mon ange

Un an, toujours pas de dent, mais vachement dedans.

Dedans moi et ta maman.

Rhaaaa, c'est bon d'être un peu niais.

vendredi 16 décembre 2005

La trève

C'est un livre magnifique de Primo Levi. La suite, narrée sur un mode burlesque, du génialissime "Si c'est un homme". Un beau cadeau pour les fêtes.

C'est aussi le début des vacances, les premières depuis l'année dernière. On dépose la Fille chez mes beaux-parents, on célèbre son premier anniversaire et on file en Normandie nous remplir la panse, faire des grasses mat' à en déchirer le sommier et nous balader sur les plages de Deauville, d'Honfleur et d'ailleurs.

On file. Là, maintenant, tout de suite.

jeudi 15 décembre 2005

L'an 1

Compte-rendu de la journée où tout a basculé. C'était il y a un an. J'ai écrit ce texte dans la foulée des premiers événements, et l'avais déjà fait lire à quelques uns de mes potes connectés sur le forum d'un chanteur presque mort.

Pas faché de l'enregistrer à la caisse des souvenirs datés.

J'adresse cette note à la fille d'une amie qui est actuellement en chimio. Dans quelques années, on échangera des souvenirs de vieux combattants grabataires. Mais vivants.


15 décembre 2004

Ca fait huit jours que je suis malade comme un chien. J'ai deux énormes litchies sous la gorge que je cache sous une écharpe grise même quand je suis chez moi. Ma mère, médecin de son état, a longtemps cru que c'était une mononucléose. Je me rappelle avoir pensé – et même dit : « ah non, pas une mononucléose à un mois de la naisance de la petite ! ». En plus des ganglions, je souffre d’une oppression respiratoire quasi-permanente qui devient totalement invalidante quand je suis en position allongée. Les tentatives d'horizontalisation viennent inexorablement se fracasser sur l'écueil d'une quinte de toux qui m'étouffe. Résultat : je dors assis depuis huit jours, et hier j'ai normalement pété un câble. Du coup, je n'ai pas accompagné LN à une soirée chez des amis qui me sont pourtant chers. Les bilans sanguins ne montrant rien d’anormal (notamment pas la mononucléose tant redoutée), ma mère m'a dégoté un rendez-vous d’urgence pour un scanner. Ce sera ce soir à 20h, dans le quartier Montorgueuil. Je dois rester à jeun six heures avant et amener un produit (de l’iode) qu’ils m'injecteront pour mieux voir ce qui se trame dans mon petit corps meurtri.

A 20h, j'arrive sur place, et suis surpris d'y trouver mon père, arrivé quelques minutes plus tôt. J'y vois un mauvais signe : celui que le pire est à craindre et que mes parents ont décidé que je ne devais pas rentrer seul ce soir. Après une bonne demi-heure d'attente, je passe dans les mains du radiologue. Le scanner dure en lui-même assez peu de temps, mais est très désagréable. L’injection d'iode procure une sensation étrange de chaleur et donne la nausée. Et ils m'ont piqué comme des bouchers, un énorme hématome se promenant désormais sur mon bras droit.

Dans l'attente des résultats, mon père et moi allons manger un jambon-beurre sur le pouce. J'ignore à ce moment combien le pain va bientôt me manquer et devenir un objet de phantasme alimentaire. De retour au cabinet médical, je suis assez rapidement alpagué par le radiologue qui me demande le numéro de portable de ma mère afin de pouvoir la tenir au courant de ses investigations. Je lui demande ce que j'ai. Il me répond : "il va falloir un traitement assez lourd pour se débarrasser des petites cochonneries que vous voyez ici". Il suspecte un lymphome, l'équivalent d'un cancer des ganglions en langage non médical. Enfin, suspecter, c’est une façon de parler. J'apprendrai plus tard que le scanner à toujours raison quand il s’agit d’une mauvaise nouvelle potentielle. Les précautions oratoires étant ce qu'elles sont (la communication médicale est un art), le mot cancer ne sera jamais prononcé, mais je retourne paisiblement dans la salle d’attente et annonce à mon père (dont je comprends et ressens à ce moment-là, physiquement, la nécessité) : "Papa, j'ai un cancer des ganglions". C’est là tout ce que je suis capable de dire, et lui tout ce qu’il est capable d'entendre. Mon père, cet homme pudique à l'extrême, incapable ou presque de partager une émotion, ne comptant que des amis qui le vouvoient et ne veulent rien savoir de plus sur lui, sa vie, son œuvre. Mon père, cet homme à qui j’ai reproché cent fois cette incapacité chronique à communiquer, à mettre des mots sur des joies et des douleurs, à extérioriser ses sentiments, mon père, cet homme fiable et responsable, syndicaliste et militant repectés, toujours là quand on a besoin de lui, enseignant adulé par ses élèves, mon père qui ne dit jamais je t'aime mais le montre tout le temps à sa façon, mon père, ce héros, me prend dans ses bras… et ne dit rien.

Pendant que nous cherchons un taxi, je pense à Hélène qui m'attend avec son optimisme légendaire et ses certitudes d'angine mal soignée (t'as déjà vu une grosse angine sans fièvre, chérie ?) qui va bientôt passer. Je ne l’appelle pas. Je lui annoncerai la nouvelle mes yeux dans les siens. Je suis perdu dans mes pensées, un peu écrasé par l'événement : j'ai l'impression d’avoir reçu un trois-tonnes de plein fouet sur le coin du crane. Un cancer, c'est un truc qui n’arrive qu'aux autres. Merde.

Après quelques minutes qui me paraissent interminables, le taxi arrive enfin. "Rue Lepic, s’il vous plait, et soyez gentil, j’ai un cancer". La deuxième partie de la phrase, je ne fais que la penser. J’ai un cancer, j’ai un cancer. A 33 ans. Un mois avant la naissance de Romane. Enfin un mois… Un problème n’arrivant jamais seul, on vient d'apprendre que le placenta d'LN s'est nécrosé et que le foetus ne grandit ni ne grossit plus in utero ; et qu'en toute logique un accouchement anticipé doit être envisagé d’ici une dizaine de jours. Romane naitra finalement le 19 décembre, soit trois jours après ma première hospitalisation.

J’ai un cancer, donc. C’est moins dangereux qu'une leucémie (ironie de l'histoire, mon "cancer à moi" se muera en leucémie aiguë quelques semaines plus tard), mais c'est plus connoté. Je fais désormais partie de cette population de gens qui font quand même un peu peur, qu'on met souvent inconsciemment à distance. Je suis l'homme qu'on va peut-être enterré dans six mois, un ans, trois ans. Je suis l'image de la mort, de toutes les morts. J'ai un cancer, mais les lymphomes, il y en a des tonnes. Il y en a qui vous laissent six mois à vivre, d’autres qui vous laissent luxueusement 90% de chances de guérison. Tali (ma soeur, médecin aussi) dit que de tous les cancers, c'est celui dont on guérit le mieux.

Il n'empêche, j'ai un cancer, et je vais peut-être mourir plus tôt que prévu. Je vais peut-être crever sans avoir vu ma fille grandir. Ca serait vraiment pas de bol. J'ai un cancer, c'est quand même très, très con. Je me souviens que lorsque j'étais môme, je paradais en expliquant qu'étant natif du signe du cancer, il était par conséquent rigoureusement impossible que j'ai un jour moi-même un cancer. J'y croyais dur comme fer, et ma mère, jamais en rade d'un mot tendre à l'égard de sa progéniture, m'avais conforté dans mes certitudes zodiacales. C'était ma mère, elle ne pouvait pas dire de conneries, quand même.

Le taxi prend son temps, il ne nous vole pas, c'est la rue des Abesses qui nous bloque depuis plus de dix minutes. Un camion Houra qui fait sa livraison. Les livreurs prennent leur temps. Ils ont l’air de s’en foutre grave que j'ai un cancer. Salauds ! C'est fou cette envie de le dire à tout le monde, à commencer à des inconnus. Moi qui déteste me plaindre, moi qui déteste être plaint, me voilà pris en flagrant délit d'auto-complaisance infantile.

- C’est incroyable cette situation, quand même, dis-je à mon père
- Oui, ces camions sont vraiment pénibles.
- Non papa, je parle de mon lymphome. Il y a dix jours, je me réveille avec un début de virose, et aujourd'hui, j'ai un cancer. C’est incroyable !

On s’échange un sourire contrit, mais sincère. Arriver à se mélanger les pinceaux dans ce contexte, ça a quelque chose de presque savoureux.

J’arrive enfin à la maison, je claque une bise à mon père, et pense en entrant dans la cour de l'immeuble que décidément, ça aurait été chouette d'avoir une mononucléose. Même une mononucléose qui fait mal, hein. Qui crève pendant trois mois, vous laisse sur le flan et ne vous épargne aucune misère. J’aurais pris. Et avec plaisir encore !

Hélène m'attend sur le pieu, en train de lire le Libé du jour. Il est 21h45, et depuis qu'elle est enceinte de plus de sept mois, 22h, c'est un peu son heure limite.

- Alors…
- Alors chérie, il va falloir être courageux.
- Qu’est-ce qui se passe ?
- Je la regarde, je la prends dans mes bras et je fonds en larmes : j’ai un cancer, mon cœur.

Les heures qui vont suivre resteront à jamais gravées dans mon esprit. Je découvre ce que c'est que la communion de crise avec un être qu'on aime. J'apprends que cela peut-être bon, chaud et doux de partager une grande douleur avec une grande chérie. L'intensité de ces heures est telle que rien que l'écrire me brûle encore les doigts. On se fait des câlins, on parle d'avenir après ma guérison, on fait l'amour, on s'aime comme deux amants éperdus. On est deux et on va s'en sortir.

Dans l'intervalle, j'aurai reçu des coups de fil de mes parents et de ma sœur. Ma mère m'a trouvé un lit dans le service de médecine interne du professeur P., un de ses amis de fac. Rendez-vous demain à 9h à la Pitié-Salpétrière. Mes ganglions, c’est de l'hémato, mais c'est toujours ça de gagné avant qu'un lit ne se libère en hématologie. A l'approche des fêtes, c’est la croix et la bannière pour trouver un lit à l'hopital et je mesure la chance que j'ai d'être entouré de médecins : ma mère, généraliste depuis trente ans et qui a un réseau long comme un jour sans pain, ma soeur qui est chef de clinique en médecine interne à l'hôtel-Dieu. Nous parlons assez longuement. Pendant la conversation, je frime comme un porc (les porcs sont de sales frimeurs), je leur dis que j'ai confiance en la médecine et en moi, que je sais que je vais guérir, et que je me sais suffisament courageux pour affronter pareille épreuve.

Les deux fois, après avoir raccroché, je pleure.

Hélène se couche, je reste avec elle jusqu'à ce qu'elle s'endorme, puis je rejoins le salon et bouquine jusqu'à deux heures du matin. Je me connecte ensuite sur SE, et préviens Mélanie, Lorna, Nath, Carole, Stéphanie et Benoit en titrant mon message "Apocalypse Now". Je n'attends pas leur réponse, prends juste deux minutes pour changer ma signature ("Vivant." : on exorcise comme on peut) et retourne terminer ma BD culte - Watchmen. Je finis par m'endormir assis avec le coussin de femme enceinte de LN qui maintient un semblant de confort.

Demain, je commence une nouvelle vie.