mercredi 14 décembre 2005
Tout ça pour ça
Par Ari, mercredi 14 décembre 2005 à 12:35 | Ma fille
Alors que je donnais à manger à ma fille, je l'ai vu soudainement s'agiter. Les muscles de son visage se sont figés, et elle a commencé à pousser.
Je ne suis pas scato pour un rond, mais j'adore quand ma fille pousse, tout son petit corps tendu dans cet effort gigantesque. Le temps suspend son vol pour Romane, elle pousse comme les shadoks pompent. La seule différence, c'est qu'on sait pourquoi elle pousse (si quelqu'un a pigé pourquoi les shadoks pompaient, je suis preneur). Rien ne saurait la déconcentrer de sa noble tâche, elle pousse, elle pousse, elle pousse.
Aujourd'hui, elle a poussé si fort que j'ai cru que la terre allait s'arrêter de tourner. Elle a du penser que c'était les épreuves de fin d'année d'évacuation, ou un truc comme ça. Peut-être même croyait-elle que j'allais lui donner une note technique et une autre artistique. Enfin, je la regardais, un peu ébloui, fier d'être le papa d'une petite fille qui pousse aussi bien, aussi fort. A un moment, j'ai quand même pensé qu'il serait temps qu'elle s'arrêtât de pousser. Mais non, elle poussait compulsivement, sans retenue, en proie à quelque tourment intérieur, Romane n'en finissait pas de pousser.
Au bas mot, cela a duré cinq minutes. Ce qui est très long, vous en conviendrez. Pour pareille activité.
Alors, je suis allé la changer. Curieux, forcément curieux, du résultat. J'étais convaincu d'assister en direct live au record du monde de libération de caca. J'envisageais déjà de faire appel à un huissier dûment assermenté pour inscrire ma fille au Guiness Book des machins. En guise de quoi, j'ai juste débarassé le popotin de ma fille d'un étron de rien du tout, un truc minable, minuscule pesant à peine quelques grammes. Dur comme la pierre, solide comme le roc.
Je pense que ma fille est (juste) constipée.
On était en train de bouquiner avec ma soeur, assis sur le canapé du salon. A moi les Possédés, à elle Version Fémina ou Elle, je ne sais plus. Mais je vous interdis de dire du mal de ma soeur. Moi-même, il m'arrive de lire un ramassis de conneries (j'envisage d'acheter Choc un de ces jours prochains).
Au petit matin, c'est rigolard que j'ai vu LN se précipiter pour allumer la télévision. Non je n'avais pas rêvé. Et ma chérie était bien décidée à me rabattre le caquet à grand renfort de preuves journalistiquements assenées. Et là, j'ai assisté hilare à la plus belle déconvenue de l'année : tous les titres y sont passés, jusqu'au plus insignifiant (en vrac un nouveau médicament pour lutter contre le tabagisme, la baisse du CAC 40, la qualification des bleuets à l'Euro 2006, les banlieues, mythe ou réalité ?). Et rien, nada, peanuts sur nos amis les martiens ! J'ai pris mon air le plus indigné et regretté avec amertume la médiocrité de LCI, incapable de hiérarchiser l'information convenablement. Alors quoi, des OVNIS nous rendaient visite en cet automne 2005, et on continuait benoitement à nous causer actions en berne et voitures brûlées. Ca a fait moyennement rire ma chérie qui a réalisé, avec à peine quatre heures de retard, qu'elle avait été victime d'une supercherie montée de toute pièce par un épigone d'Orson Welles avec la complicité involontaire d'un chauffeur de taxi crédule. Enfin, aussi crédule que ma chérie, quoi.
- Des détails ? Euh, quels détails ? demandai-je à LN toujours aussi fasciné.
Je suis supposé porter un masque à chaque fois que je vais chercher Romane à la crèche ou que j'emprunte les transports en commun. Partout où folâtrent des miasmes, à chaque endroit où le corps d'un autre (de 7 à 777 mois) a laissé trainer en chemin une foultitude de virus séduit par mon immunité encore faible. Je les vois roucouler d'ici, ces misérables microbes, arriérés et contagieux. Oui, je les vois (pour un peu, je crois les entendre) : s'enorgueillir de leur capacité jamais démentie à ruer dans les brancards pour mieux contaminer le vain peuple et le conduire tout droit au Père Lachaise à plus ou moins brève échéance. Je suis le Don Juan des bacilles, le tombeur de ces germes. Mais je ne me laisserai pas faire, mézigue. Car j'ai mon masque, moi. Celui qui vous fait ressembler à un dentiste sans sa fraise ou celui qui vous fait passer pour un Hannibal Lecter en période d'apprentissage (à gauche sur la photo). Je porte le masque, diantre. Sans peurs et sans reproches. Ici, là et ailleurs.
Fermeture de la parenthèse idéale, la réalité est beaucoup plus triviale. JE NE PORTE JAMAIS CE PUTAIN DE MASQUE ! Je déteste jusqu'à l'idée même de porter un masque. Je suis opposé, réfractaire, indocile, rétif, insoumis, récalcitrant, rebelle à la cause, contre. Tout contre. Très con(tre) ? Oui, sans conteste. Mais je ne veux plus porter de masque. Vous m'entendez ? PLUS JAMAIS porter cet attribut de la déreliction, cet emblème de la maladie, cet accessoire de bandit pestiféré. Je veux être invisible dans le regard des autres, guéri - complètement guéri - dans celui des miens. La transparence rachète mon existence. Je vous expliquerai un jour cet ambitieux concept que j'ai dévoyé.